‹ La formation du radicalisme philosophiqueChapitre 121 sur 239 · INDIVIDUALISME · texte numérisé non relu

INDIVIDUALISME

consiste en une idée, < l'idée de ce que j'appelle Moi-même est, nous dit-il, toujours inséparablement combinée avec elle » **. Il n'est pas cependant nécessaire, pour que la théorie de l'association soit vraie, que cette association déterminée d'idées se produise, et Mackintosh en fait justement lobjectionà James Mill : si l'idée du moi est une idée complexe, produit d'un très grand nombre d'états de conscience, il ne faut pas dire que j'ai l'appétit ou le désir d'une chose, mais qu'il y a en moi appétit d'une chose, désir d'une autre. Mais l'individualisme de James Mill se révolte contre cette façon de concevoir et d'exprimer les phénomènes psychologiques. « A moins de parler au figuré, dire qu'un désir a un objet, c'est dire une absurdité. Lorsque, du désir d*un homme, on dit qu'il a un objet, le vrai sens, le seul sens de cette expression, c'est que l'homme désire... Mackintosh n'a-t-il jamais réussi à comprendre, que e'est seulement l'homme qui agit? Tous les actes de l'homme qui reçoivent des noms abstraits pour la commodité du discours, ses désirs, ses volitions, etc., jie sont pas des choses qui agissent, elles sont les actes de l'homme »*^. Bref James Mill lui-même, le restaurateur de la psychologie associationiste, le philosophe de la morale utilitaire, veut que le problème soit posé dans les termes que nous avons dits d'abord, et que le moraliste, étant donnés des individus primitivement et fondamentalement égoïstes, poursuive la conciliation de rintérêt individuel avec l'intérêt collectif. James Mill nous suggère, dans sa réponse à Mackin-

tosh, une première manière de résoudre le problème ainsi posé. Mackintosh, discutant Hobbes, le fondateur du « système égoïste », lui reprochait de toujours représenter la considération réfléchie de rintérêt personnel comme le seul mobile existant de Tactivité humaine, et de ne pas admettre que les plaisirs de la moralité fissent eux-mêmes partie de Tintérèt que poursuivent des êtres raisonnables. — C'est mal comprendre, réplique James Milî, le rôle et les effets de Tanalyse. Avoir décomposé un rayon blanc en sept rayons diversement colorés, savoir par suite que la lumière blanche n'est pas une couleur simple, cela n'empêche pas la couleur blanche de continuer à paraître, ou, ce qui revient au même, à être blanche. De même, avoir montré que les affections humaines se ramènent à des états simples de plaisir et de peine, ne foit pas que ces affections soient détruites, et que le seul mobile de l'intérêt personnel subsiste pour agir à leur place. La gratitude demeure la gratitude, le ressentiment demeure le ressentiment, et chacun de ces sentiments conserve sa nature, produit ses effets normaux, après comme avant l'analyse qui en a expliqué la formation *•. — L'analyse ne fournira-t-elle pas du moins le moyen d'opérer, quand nous voudrons, la décomposition de ces sentiments complexes ? Sans doute, il ne suflSt pas, pour dessécher l'océan, de savoir que l'eau est chimiquement décomposable : l'analyse chimique ne nous permet-elle pas cependant, à volonté, de transformer une certaine quantité d'eau en certaines proportions

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