CHAPITRE XIII De quelques procédés assimilables
Style ample et style concis. — Les épithètes. — L'emploi des épithètes. — Le choix des épithètes. — Les épithètes vagues — Les épithètes de Bossuet. — Les substantifs de Bossuet.
Au point de vue de la structure et de l'architecture des phrases, certains auteurs ont divisé le style en style ample et en style concis. La diffusion est le défaut de l'ampleur. La sécheresse est le défaut de la concision. On peut également être bon écrivain en employant la phrase courte ou la phrase longue. Tacite, Montesquieu dans Grandeur et décadence des Romains et son Esprit des lois, sont des exemples de concision. Cicéron est, au contraire, nous l'avons vu, le type de l'abondance et de la pompe. Chez nous, c'est Bossuet qui représente le grand style à période.
Les procédés de concision ne garantissent pas toujours de la prolixité, Michelet, qui écrivait haché menu, a souvent des longueurs. Sénèque est souvent monotone.
Bufîon a tiré de beaux effets de la pose drapée et majestueuse.
Voici un de ses morceaux, écrit en style assez ample et qui pourtant ne manque pas de vie :
Rien n'égale la vivacité de ces petits, oiseaux, si ce n'est leur courage, ou plutôt leur audace. On les voit poursuivre avec furie des oiseaux vingt fois plus gros qu'eux, s'attacher à leur corps, et, se laissant emporter par leur vol, les becqueter à coups redoublés jusqu'à ce qu'ils aient assouvi leur petite colère. Quelquefois même ils se livrent entre eux de très vifs combats : l'impatience paraît être leur âme ; s'ils s'approchent d'une fleur et qu'ils la trouvent fanée, ils lui arrachent les pétales avec une précipitstion qui marque leur dépit. Ils n'ont point d'autre voix qu'un petit cri : screp I screp ! fréquent et répété ; ite le font entendre dans les bois dès l'aurore, jusqu'à ce qu'aux premiers rayons du soleil tous prennent l'essor et se dispersent dans les campagnes.
(Bufîon, Hist. nat., Oiseaux.)
Voici maintenant la même description prise dans Michelet. Le style en est tout différent.
La vie. chez ces flammes ailées, le colibri, l'oiseaumouche, est si brûlante, si intense, qu'elle brave tous les poisons. Leur battement d'aile est si vif, que l'œil ne le perçoit pas ; l'oiseau-mouche semble immobile, tout à fait sans action. Un hour ! hour ! continuel en sort, jusqu'à ce que, tête basse, il plonge le poignard de son bec au fond d'une fleur, puis d'une autre, en tirant les sucs et pêlemêle les petits insectes : tout cela d'un mouvement si rapide, que rien n'y ressemble ; mouvement âpre, colérique, d'une impatience extrême, parfois emporté de furie, contre qui ? contre un gros oiseau qu'il poursuit et,