‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 123 sur 141 · STYLÉ. AMPLE ET STYLE CONCIS · texte numérisé non relu

STYLÉ. AMPLE ET STYLE CONCIS

chasse à mort, contre une fleur déjà dévastée à qui il ne pardonne pas de ne point l'avoir attendu. Il s'y acharne, l'extermine, en fait voler les pétales. (Michelet, L'Oiseau.)

Il n'y a pas de raisons pour conseiller l'emploi du style à longues phrases de préférence au style à phrases courtes. La nature du sujet guide le goût. Le meilleur est de mêler les deux genres.

<f La littérature, dit un critique, est une des branches de l'art qui ne se peuvent pas apprendre par spéculation seulement et qui exigent pour le classement des écoles et 1 intelligence des styles une pratique longue et réfléchie. Indépendamment de tout ce que fait acquérir l'étude des théories et la méditation attentive des modèles, il faut encore s'astreindre et s'astreindre longtemps à ce qu'on pourrait appeler le doigté du style, c'est-à-dire à l'examen détaillé et minutieux de la structure des phrases, de leurs attaches, de leur superposition, dans l'édifice général du discours. On reconnaît bien vite les écrivains qui n'ont pas sérieusement étudié les procédés élémentaires du style, à des phrases boiteuses, molles, lézardées, sans proportion dans la structure et sans accord dans l'harmonie x ».

Nous avons longuement parlé du style abstrait ou d'idées et du style descriptif ou de couleur. L'idéal serait d'employer tour à tour le style copieux et le style concis. Mais il y a peu d'écrivains qui aient tous les dons.

!. Granier de CafSagnac, Portraits littéraires, p. 230.

Si les limites de cet ouvrage étaient plus étendues, nous pourrions revenir ici sur bien des points intéressants de la composition littéraire. Un des plus importants est la qualité des épithètes et des images, qui tirent tout leur mérite de leur nouveauté et de leur vérité.

J. de Maistre a dit très justement :

« Les épithètes significatives sont le talent qui distingue le grand écrivain et surtout le grand poète. L'heureuse imposition d'une épithète illustre un substantif, qui devient célèbre sous ce vocable. Les exemples se trouvent dans toutes les langues... Quel homme lettré ignore l'avare Àchéron, les coursiers attentifs, le lit effronté, les timides supplications, le frémissement argenté, le destructeur rapide, les pâles adulateurs, etc. * ».

« Faites la guerre dit M. Sayous, non aux épithètes, mais à l'excès, à l'habitude routinière des épithètes, et vous-même, ne vous laissez pas surprendre par l'espèce de charme poétique et musical qu'elles donnent à la phrase, charme décevant, charme de la première minute, qui, en se prolongeant, a procuré à plus d'un orateur le silence et la froideur, là où il avait compté sur des applaudissements.

« A propos de l'usage à faire des épithètes, je prends sur moi de vous recommander la distinction

1. J. de Maistre, Essai sur le principe générateur des Consiitutions politiques, LUI.

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