CHAPITRE II Assimilation par imitation
Qu'est-ce que l'originalité ? — L'originahté par l'imitation. ■— L'imitation. Procédés de Virgile. — Formation par l'imitation : Virgile. — Formation par l'imitation : Chénier. — L'imitation. Opinion de Boileau. — L'imitation. Opinion de Racine. — Exemples d'imitation. — L'imitation chez les grands écrivains. — L'exemple de Lamartine. — En quoi consiste la bonne imitation.
L'imitation consiste à transporter, pour les exploiter dans son propre style, les images, les idées ou les expressions d'un autre style.
L'imitation est le procédé le plus général, le plus efficace, le plus courant dans l'art d'écrire. Il est consacré par la tradition. C'est par l'imitation que s'est créée notre littérature française, issue des littératures grecque et latine, et c'est aussi par l'imitation que se forment les talents individuels.
Corneille, Boileau, Molière, Racine, La Fontaine, La Bruyère, tous nos classiques ont puisé leurs sujets, et souvent leurs développements, chez les auteurs de l'Antiquité. Imiter n'est ni copier ni pasticher. Le postiche c'est l'imitation étroite et servilo.
C'est comme nous le verrons, un exercice de style, un moyen mécanique de se faire la main. Quant au plagiat, c'est le vol déloyal et condamnable.
La bonne imitation consiste à s'approprier une partie des conceptions ou des développements d'autrui, et à les mettre en œuvre suivant ses qualités personnelles et sa tournure d'esprit. Loin de supprimer le mérite individuel, ce procédé sert à le créer. L'originalité réside dans la façon nouvelle d'exprimer des choses déjà dites. L'expression modifie complètement les idée». Horace a dit : « Le noir chagrin s'installe derrière le cavalier ». Qui prétendra que Boileau n'a pas été original, en disant à son tour :
Le chagrin monte en croupe et galope avec lui.
L'imitation de Phèdre, d'Ésope et des vieux fabliaux n'a pas empêché La Fontaine "d'être le plus personnel de tous nos écrivains.
S'il est vrai, comme le dit Théophile Gautier, que « la poésie est un art qui s'apprend », il faut bien apprendre cet art quelque part. On ne doit donc pas se moquer du vers paradoxal du poète :
Qui pourrai-je imiter pour avoir du génie ?
Quand Horace dénonçait le « servile troupeau des imitateurs », il signalait la fausse imitation, la copie inerte, la paraphrase froide. Il savait mieux que personne, lui qui devait tant aux Grecs, que
l'assimilation du talent d'autrui est une excellente méthode pour acquérir soi-même du talent.
Il faut partir de ce principe, incontestable pour tous ceux qui ont étudié les origines et la filiation des auteurs, que le talent (et même quelquefois le génie) ne se crée pas tout seul. « Le talent, dit Flaubert, se transfuse toujours par infusion. »
En traduisant une étude d'Edgar Poe, Baudelaire, poète maladif, mais sincèrement épris de forme parfaite, déclarait ceci : « Edgar Poe répétait volontiers, lui, original achevé, que l'originalité était chose d'apprentissage l. »
Dans la Philosophie de la Composition, Edgar Poe ajoute textuellement ces paroles : « ... Le fait est que l'originalité... n'est nullement, comme quelques-uns le supposent, une affaire d'instinct ou d'intuition. Généralement, pour la trouver, il faut la chercher laborieusement ; et, bien qu'elle soit un mérite positif du rang le plus élevé, c'est moins l'esprit d'invention que l'esprit de négation qui nous fournit les moyens de l'atteindre... »
Quintilien n'était pas éloigné d'avoir cette opinion lorsqu'il écrivait :
« On n'en peut douter, en effet : l'art consiste en grande partie dans l'imitation, car, si la première chose, si la plus essentielle a été d'inventer, rien aussi ne saurait être plus utile que de prendre exemple sur ce qui a été bien inventé. Toute notre