‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 73 sur 141 · OPINIONS SUR TÉLÉMAQUE · texte numérisé non relu

OPINIONS SUR TÉLÉMAQUE

Voici la fameuse grotte tapissée de vigne, de cette vigne devenue vierge au cours des années ; voici les mille fleurs naissantes qui émaillent toujours les vertes prairies ; voici le doux nectar, la vie lâche et efféminée, la jeunesse présomptueuse ; voici « le serpent sous les fleurs ». Oui, lalet anguis in herba : tout cela en somme est traduit du latin. Sans doute, mais Télémaque eut cependant une grâce qu'il eût conservée, si les imitateurs avaient été moins empressés à effacer sous leurs grossières caresses le velouté du fruit 1. »

M. de Gourmont est trop indulgent. Le style de Télémaque était déjà lui-même une imitation et un cliché. On le retrouve dans la Clélie, Cyrus et surtout dans YAstrée. Seulement, dans Télémaque, ce style est manié par un homme qui savait écrire, comme suffirait à le prouver sa Lettre à V Académie.

1. Remy de Gourmont. Esthétique de la langue française, p. 298. — L'imitation de Télémaque a été fatale à notre littérature. C'est à ce genre de description que nous devons Bélisaire et les Incas de Marmontel, Gonzalve de Oordoue et Numa Pompilius de Florian, les Natchez, toute la partie caduque des Martyrs, Antigone de Ballanche, les oeuvres de Marchangy et d'Arlincourt, et les Voyages de Cyrus de Ramsay (2 vol.) qui ne sont qu'un décalque de Télémaque. (Voir notamment, pour avoir une idée du genre, le tome I, p. 122). Ramsay avait aussi publié (1717) un Discoure sur la poésie épique.

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