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LA DESCRIPTION GÉNÉRALE : MIGNET

Peindre un pays n'est pas faire de la description générale. Le sujet est plus vaste, mais c'est un sujet. Témoin la belle description de la France dans Michelet. On doit seulement y mettre ce qui se rapporte à la France et écarter, en principe, ce qui se rapporte à une autre contrée. En peignant les savanes d'Amérique, Chateaubriand nous a ravis par des images qu'on n'avait pas vues ailleurs. De même Bernardin de Saint-Pierre dans Paul et Virginie. Quand Chateaubriand (Itinéraire) décrit la Palestine : « Au premier aspect de cette région désolée, etc. », la majeure partie de ce qu'il va dire ne peut s'appliquer qu'à ce sujet (terre travaillée par les miracles, etc.). Si les détails eussent convenu à n'importe quel pays, il aurait fait précisément de la description générale.

Sans doute, il y a des choses qui sont communes à tous les sujets ; mais elles ne doivent pas constituer le fond même d'une description. Tout cela, évidemment, est affaire de tact. La règle, c'est qu'on doit montrer le plus d'originalité possible pour spécialiser et individualiser la description. On peut peindre des sujets généraux, mais jamais avec des généralités, des clichés, des lieux communs, des passe-partout.

Le pire, c'est de décrire artificiellement et par généralités des sujets qui n'existent pas. La tempête, l 'ouragan, le lever du soleil, la nuit, l'aurore n'ont pas de réalité en soi. Il y a seulement des tempêtes, des ouragans, des levers de soleil, des nuits, des

aurores déterminés et particuliers, qu'il faut présenter comme tels.

Si un écrivain ayant à peindre une femme se contente de dire qu'elle a de beaux yeux, la fraîcheur du teint, des cheveux noirs, la taille souple, qu'elle est ravissante, qu'un charme inexprimable se dégage de sa personne, etc., il n'aura rien montré, et sa description ne sera pas bonne, parce qu'elle s'appliquera à des milliers d'autres femmes non définies, et parce que l'auteur n'aura pas eu devant ses yeux une femme, mais le type général féminin, qui n'a rien de commun avec un portrait individuel.

Voici un portrait de Luther par Mignet :

Luther avait trente-quatre ans. Sa stature était moyenne, sa poitrine large, son front vaste, ses yeux pleins de feu, d'énergie et de fierté. Sous cette vigoureuse enveloppe, il y avait une intelligence puissante, un cœur indomptable, une âme ardente et profonde. Luther alliait les caractères les plus contraires. Il était violent et bon, austère et enjoué, convaincu et adroit, persuasif et impérieux, etc.

Ce portrait est bien celui de Luther ; mais il pourrait aussi bien s'appliquer à un autre. Mirabeau aussi avait « le front vaste, la poitrine large, les yeux pleins de feu, l'enveloppe vigoureuse, l'intelligence puissante, un cœur indomptable, une âme ardente, etc. 1 ».

Mais justement, dira-t-on, si je veux peindre la

1. Voir ce que nous disons plus loin, dans le chapitre de l'antithèse, au sujet du Portrait.

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