‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 81 sur 141 · UINE DESCRIPTION DE PLINE · texte numérisé non relu

UINE DESCRIPTION DE PLINE

qualité des détails qui ne peuvent figurer que là. Il ne cherche ni à étonner ni à terrifier. Il dit ce qu'il a vu. Ce qu'il eût écrit de plus n'eût rien ajouté à sa peinture. Le superflu ne pouvait être que du banal. Marmontel et les autres ont exploité le cliché d'un sujet. Pline en donne la vie.

Voilà comment il faut décrire.

Mais, dira-t-on, on n'assiste pas tous les jours à l'éruption d'un volcan. Comment ferai-je, si j'ai besoin de peindre ce phénomène ?

Il faut étudier les descriptions qui ont été faites sur nature, et appliquer ensuite à votre sujet artificiel les procédés de facture vraie. C'est le seul moyen de donner l'apparence de la vie à ce qui est imaginé. La lettre de Pline était connue. Si les écrivains dont nous parlons l'avaient eue devant les yeux, ils auraient rougi de leur rhétorique.

Pour atteindre cette intensité, efforçons-nous de ne pas dire ce que les autres ont dit, ou du moins disons-le autrement l ; cherchons la vérité par l'originalité sans excès ; observons et peignons le

1. Dans Chateaubriand ei son groupe littéraire (t. II, p. 67) Sainte-Beuve cite ces vers de Fontanes :

Plein de courage, il se relève Et, tenant sa lyre et son glaive, Du destin brave tous les traits.

Et Sainte-Beuve ajoute :

« Braver les traits du destin... expression commune, usée... Voilà en quoi l'ancien style poétique avait besoin d'être renouvelé. » C'est, en grand, et pour tout le style, le conseil qu'il faut suivre.

réel ; trouvons des traits similaires à ceux que nous admirons ; si un auteur tire un effet de tel détail, tirons nous-mêmes un effet semblable de tel autre détail, etc.

Suivons enfin l'excellent conseil de Voltaire : « Quant aux peintures, dit-il, leur effet dépend de la grandeur, de l'éclat et de la manière neuve de voir un objet, et d'y faire remarquer ce que l'œil inattentif n'y voit pas. »

Ces qualités vous frapperont dans cette description de naufrage, extraite de Bernardin de Saint- Pierre, digne du naufrage de Paul et Virginie :

Comme le roulis m'empêchait de dormir, je m'étais jeté sur mon lit en bottes et en robe de chambre : mon chien paraissait saisi d'un effroi extraordinaire. Pendant que je m'amusais à calmer cet animal, je vis un éclair par un faux jour de mon sabord, et j'entendis le bruit du tonnerre. Il pouvait être trois heures el demie. Un instant après, un second coup de tonnerre éclata, et mon chien se mit à tressaillir et à hurler. Enfin un troisième éclair, suivi d'un troisième coup, succéda presque aussitôt, et j'entendis crier sous le gaillard que quelque vaisseau se trouvait en danger ; en effet, ce bruit fut semblable à un coup de canon tiré près de nous, il ne roula point. Comme je sentais une forte odeur de soufre, je montai sur le pont, où j'éprouvai d'abord un froid très vif. 11 y régnait un grand silence, et la nuit était si obscure que je ne pouvais rien distinguer. Cependant ayant entrevu quelqu'un près de moi, je lui demandai ce qu'il y avait de nouveau. On me répondit : « On vient « de porter l'officier de quart dans sa chambre ; il est « évanoui, ainsi que le premier pilote. Le tonnerre est a tombé sur le vaisseau, et notre grand mât est brisé. »

Page 1