DESCRIPTION ACCUMULATIVE
La description accumulative consiste à entasser inutilement les détails.
On cherche l'effet ; on n'atteint que l'ennui ; il est plus difficile de bien employer son talent que d'avoir du talent.
Sans citer les interminables hors-d' œuvre critiqués par Boileau chez les auteurs de son temps, nos poètes et prosateurs contemporains abondent en exemples d'accumulation descriptive.
Emile Zola reste le type de cette manie de décrire qui ravage notre littérature.
Ses livres ne sont qu'un entassement de détails. Il en a pris son parti. C'est son procédé.
La description de Paris fait tous les frais d'Une page d'amour. Il décrit Paris vu des hauteurs de Passy, Paris vu la nuit, l'illumination quartier par quartier, rue par rue, Paris vu sous la pluie, la pluie à droite, à gauche, au fond, dans le lointain, monument par monument, Pais au soleil, sous les nuages. Il enfile la Seine, ce sont les Invalides, les Champs-Elysées, l'Hôtel de Ville ; puis les becs de gaz, puis les étoiles, etc.. etc.
La nuit arrive. Les becs de gaz s'allument. Lisez ceci :
Paris entier était allumé. Les petites flammes dansantes avaient criblé la mer de ténèbres d'un bout de l'horizon à l'autre, et maintenant leurs milliers d'étoiles brûlaient avec un éclat fixe, dans une sérénité de nuit
d'été. Pas un souffle de vent, pas un frisson n'effaraient ces lumières, qui semblaient comme suspendues dans l'espace. Paris, qu'on ne voyait pas, en était reculé au fond de l'infini, aussi vaste qu'un firmament. Cependant, en bas des pentes du Trocadéro, une lueur rapide, les lanternes d'un fiacre ou d'un omnibus, coupait l'ombre de la fusée continue d'une étoile filante ; et là, dans le rayonnement des becs de gaz, qui dégageaient comme une buée jaune, on distinguait vaguement des façades brouillées, des coins d'arbres, d'un vert cru de décor. Sur le pont des Invalides, les étoiles se croisaient sans relâche ; tandis que, en dessous le long d'un ruban de ténèbres plus épaisses, se détachait un prodige, une bande de comètes dont les queues d'or s'allongeaient en pluie d'étincelles ; c'étaient, dans les eaux noires de la Seine, les réverbérations des lanternes du pont. Mais au delà, l'inconnu commençait. La longue courbe du fleuve était indiquée par un double cordon de gaz, que rattachaient d'autres cordons, de place en place ; ou eût dit une échelle de lumière, jetée en travers de Paris, posant ses deux extrémités au bord du ciel dans les étoiles.
Et cela dure pendant des pages, avec un véritable parti pris de monotonie. On voit le péril qu'il y aurait, pour des écrivains ordinaires, à imiter un procédé inadmissible même chez des écrivains supérieurs.