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LA DESCRIPTION PAR AMPLIFICATION

L'amplification descriptive est également un procédé d'accumulation, mais plus factice, avec moins de base réelle.

L'accumulation consiste dans l'abondance des détails juxtaposés. On dit trop de choses.

l'amplification descriptive : E. ZOLA 185

1 S amplification exploite la rhétorique écrite, multiplie les comparaisons, dédouble les métaphores, varie les images, épuise les épithètes.

Dans V accumulation, qu'on me permette le mot, on compose son plat a\ec une énorme quantité de petites choses.

Dans Y amplification, c'est la sauce qu'on allonge. Zola est encore le roi du genre.

Dans la Faute de l'abbé Mouret, il décrit un parc. On dirait une classification. Quand il entame les roses, toutes les espèces de roses y passent.

Autour d'eux, les rosiers fleurissaient. C'était une floraison folle, amoureuse, pleine de rires rouges, de rires roses, de rires blancs... Il y avait là des roses jaunes effeuillant des peaux dorées de filles barbares, des roses paille, des roses citron, des roses couleur de soleil, toutes les nuances des nuques ambrées par des cieux ardents. Puis les chairs s'attendrissaient, les roses prenaient des moiteurs adorables... d'une finesse de soie, légèrement bleuie par le réseau des veines. La vie rieuse du rose s'épanouissait ensuite : le blanc-rose à peine teinté d'une pointe de laque, neige d'un pied de vierge qui tâte l'eau d'une source... fleurs en boutons, fleurs à demi ouvertes des lèvres soufflant le parfum d'une haleine tiède. Et les rosiers grimpants, les grands rosiers à pluie de fleurs blanches, habillaient tous ces roses, toutes ces chairs, de la dentelle de leurs grappes, de l'innocence de leur mousseline légère ; tandis que çà et là des roses lie de vin... Il y en avait de petites, alertes, gaies, etc.

Cette débauche d'imagination continue, sans répit, sans variété, pour rien, pour le plaisir d'aligner des phrases.

Puis vient une description de toutes sortes de plantes à noms bizarres, pris dans les Manuels Roret. Et cela recommence, et cela dure pendant des pages sans pitié pour le lecteur.

Des cortèges de pavot s'en allaient à la file, puant la mort, épanouissant leurs lourdes fleurs... Des anémones tragiques faisaient des foules désolées, au teint meurtri, tout terreux do quelque souffle épidémique. Des daturas trapus élargissaient leurs cornets violâtres où des insectes las de vivre venaient boire le poison du suicide. Des soucis sous leurs feuillages engorgés ensevelissaient leurs fleurs, des corps d'étoiles agonisants, exhalant déjà la peste de leur décomposition. Et c'étaient encore d'autres tristesses : les renoncules charnues- La même symphonie recommence pour le jardin potager : description romantique, des pruniers, abricotiers, cerisiers, pommiers, melons, citrouilles, pastèques, framboisiers, arbousiers, aliziers, grenadiers, citronniers, etc.

Puis ce sont les herbes, sainfoin, luzerne, coquelicots, boutons d'or...

Puis c'est la futaie, les grands arbres qui prennent des attitudes voulues, un langage, des poses spéciales, érables, ormes, bouleaux, platanes, mélèzes, chênes, tout cela décrit avec le même procédé que les roses.

Zola n'oublie pas les plantes grasses, si longuement décrites dans un de ses autres livres, La Curée. Passe encore quand cette manie s'exerce sur des fleurs et des plantes ! Mais songez que Zola a applioué la même méthode, dans son Ventre de Paris,

l'amplification descriptive : É. zola 187

à tous les genres de fromages, aux légumes, aux denrées, aux victuailles.

On le voit, il n'y a pas seulement ici accumluation de détails et de sensations ; c'est l'exploitation pure et simple d'une verve d'écrivain, une virtuosité d'images, un pétillement de mots, tout ce qu'on voudra, sauf une vraie description.

En dehors de ces deux excès, accumulatif et amplificatif, il y a d'autres abus descriptifs qu'on ne peut rigoureusement condamner, mais dont l'emploi demande une extrême réserve.

Depuis Flaubert, on trouve commode de traiter la description par alinéa. On s'interrompt, on va à la ligne, et on se met à décrire. Comme le morceau est servi à part, le lecteur le supprime et poursuit sa lecture.

Il faut, au contraire, mêler ses descriptions au récit ; elles doivent l'accompagner, le pénétrer, le soutenir, de façon qu'on ne puisse en omettre une ligne. Rien de factice. Pas de morceau. Tout doit faire corps.

La lecture de YÊvangéliste et de l'Immortel d'Alphonse Daudet sera, à ce point de vue, très utile. Il y a peu de livres où l'élément descriptif soit si étroitement assimilé à la trame du récit.

Un autre défaut consiste à poser les détails côte à côte.

Le soleil se levait. Un coq chantait. La voiture se mit en marche. L'air fraîchissait. Le vent balançait les arbres. Il s'endormit.

Ou encore :

Il était midi ; les maisons avaient leurs volets fermés... Un vent lourd soufflait. Emma se sentait faible eu marchant : les cailloux du trottoir la blessaient. 'Flaubert. )

Ce procédé sent, l'artificiel. Mieux vaudrait faire de bonnes phrases. Mais la littérature contemporaine dédaigne l'architecture du style.

Cette façon de décrire, tirée au cordeau, est évidemment une formule. Mais c'est aussi une formule de bourrer ses phrases pour y mettre ce qu'on aurait pu isoler. Cet entassement de participes, d'incidents, d'épithètes, de bavures, sans gradations, sans perspective, finit par éblouir et par fatiguer. On sait à quel point les Goncourt en ont abusé.

La vérité, c'est qu'il n'y a pas de littérature sans formule, et que toutes sont bonnes, pourvu qu'elles expriment des choses excellentes. C'est le fond qui transfigure la forme.

Ce que nous pourrions ajouter sur la mauvaise description, le lecteur le trouvera dans un chapitre de notre précédent ouvrage.

Il faut aussi l'emploi continu de la description de fantaisie, si voisine de la description-charge, où tombe si souvent Dickens. Un homme gros tourne chez lui au pot à tabac. Si la marmite bout, elle chante, on nous raconte ce quelle dit, etc. Des girouettes se meuvent, comme des marionnettes qui font des signes... Des tourelles ont l'air de causer entre elles parce qu'elles sont rapprochées, etc. On voit le genre.

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