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CHAPITRE XI

Assimilation du style abstrait par l'antithèse.

Décomposition de l'antithèse. — Valeur de l'antithèse. — Mécanisme de l'antithèse. — La phrase-antithèse. — L'antithèse énumérative — L'antithèse symétrique. — L'antithèseportrait. — Le portrait « général » et « banal >'. — Le portrait « banal » : Massillon. — Le vrai portrait : Bossuet. — Le parallèle. — L'esprit d'antithèse. — Mauvaises antithèses. — Défaut de l'antithèse : V. Hugo. — Antithèses faciles. — L'antithèse vraie. — Exemples. — Opinion de Taine. — L'antithèse chez les Grecs

Nous avons étudié dans les chapitres précédents les procédés d'imitation par lesquels on peut acquérir le style descriptif, la couleur, le relief, l'image.

Mais il y a des auteurs qui ne se proposent pas de montrer des scènes ou de peindre des tableaux. Ce sont les écrivains de style abstrait ou style d'idées.

Voltaire, Montesquieu, Saint-Évremond, Gués de Balzac, Montaigne, Rousseau (dans la plus grande partie de son œuvre), peuvent être considérés comme des écrivains d'idées.

Nous avons appris à imiter descriptivement.

Ilnous reste à apprendre la façon abstraite d'écrire.

En d'autres termes, nous allons chercher quel est le procédé- type pour acquérir le style abstrait dans ce qu'il a d'original et de saillant.

Lorsqu'on lit attentivement Montaigne ; lorsqu'on s'efforce de décomposer le mécanisme de sa phrase ; lorsqu'on fait le même travail sur Gués de Balzac, Saint-Évremond, sur la partie abstraite de Bossuet, Rousseau, Fléchier, Massillon, Montesquieu, La Rochefoucauld, La Bruyère, Duclos, en un mot sur tous les bons écrivains quels que soient leur genre ou leurs goûts, on arrive à cette conclusion que le procédé intrinsèque de leur style, ce qui fait la variété de leurs phrases, la raison de leur force et de leur éclat, c'est Y antithèse.

Les cours de littérature se contentent de présenter l'antithèse comme une figure de pensée, qu'ils opposent aux figures de mots. On ne lui accorde pas plus de valeur qu'au parallèle, à l'allusion, à la périphrase ou à l'hyperbole.

Il faut rompre avec cette routine.

L'antithèse ne doit pas être considérée comme un simple et occasionnel artifice de pensée. C'est un procédé d'écrire, une façon d'enfanter, de dédoubler et d'exploiter des idées, procédé qui s'applique à tout le style abstrait, et par lequel on peut traiter n'importe quel sujet, mettre en relief n'importe quelle suite de phrases.

L'antithèse est la clef, l'explication, la raison génératrice de la moitié de la littérature française,

DÉCOMPOSITION DE l'aNTITHÙSE 193

ou, si l'on veut, du style français écrit par nos meilleurs auteurs, depuis Montaigne jusqu'à Victor Hugo.

La Bruyère a défini l'antithèse : « Une opposition de deux vérités qui se donnent du jour l'une à l'autre ».

C'est insuffisant. Donner du jour à deux vérités l'une par l'autre n'est pas nécessairement faire une antithèse.

Le P. Bouhours la compare au mélange des ombres et des clairs dans la peinture.

C'est encore inexact. Comme le remarque Marmontel x, il y a dans le style des oppositions de couleurs, de lumière et d'ombres, et des diversités de tons, sans aucune antithèse. Souvent même il y a antithèse sans ce mélange.

Il est difficile de bien définir l'antithèse, parce qu'elle revêt mille formes.

Marniontel l'appelle « un rapport d'opposition entre des objets différents ou dans un même objet entre ses qualités ou ses façons d'agir ». Ce qui revient à dire qu'elle consiste à opposer les pensées les unes aux autres pour leur donner du relief.

D'une façon générale, c'est bien là l'antithèse ; mais il faut préciser, si l'on veut bien comprendre cette façon d'écrire, qui n'est pas un moyen artifi ciel de style, mais en quelque sorte une culture et une habitude d'esprit.

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