‹ La formation du style par l'assimilation des auteursChapitre 93 sur 141 · I. Marmontel, Éléments de littérature, t. I, p · texte numérisé non relu

I. Marmontel, Éléments de littérature, t. I, p

LA rOBMATIOR DU STTXB

Prenons cette antithèse de Montaigne :

Les princes me donnent beaucoup, s'ils ne m'ôtent rien, et me font assez de bien, quand ils ne me font point de mal.

Il y a bien là deux pensées qui « s'opposent l'une à l'autre et qui se donnent du jour » ; mais l'antithèse est plus que cela.

C'est une méthode de création d'idées par les contraires.

En d'autres termes, l'antithèse est Vart de tirer d'une pensée le contraire de cette pensée, et d'engendrer ainsi une série de contrastes et d'oppositions.

Saint Paul a dit :

On nous maudit et nous bénissons ; on nous persécute et nous souffrons ; on nous dit des injures et nous répondons par des prières. (Corinthiens, I, iv.)

On peut constater ici l'engendrement de la seconde pensée par la première. Chaque seconde pensée était contenue- dans la première.

Diderot écrit à Rousseau qu'il croit devoir lui donner un bon conseil, même en pensant qu'il ne le suivra pas. Un peu de réflexion lui fait trouver l'accouplement des contraires de son idée, et il écrit ceci :

J'ai cru devoir vous donner un conseil, et j'ai mieux aimé risquer de vous en donner un que nous ne suivriez pas, que de manquer à vous en donner un que vous devriez suivre. (Diderot, Lettre à J.-J. Rousseau, 1757.)

Il s'agit, on le voit, de pousser une pensée pour

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