A. RonfMet. L'art d'écrire, p. 413 (L. Vives, édit
traiter par séries, et l'on obtient différents genres d'antithèses :
1° L'antithèse par phrases entières ;
2° L'antithèse énumérative ;
3° L'antithèse symétrique ;
4° L'antithèse-portrait ou le Portrait ;
5° L'antithèse-parallèle ou le Parallèle.
i° l'antithèse par phrases
C'est le développement continu de l'antithèse par choc de mots :
Comme il n'y a point de peuple qui n'ait à se garantir des violences étrangères quand il est faible, ou à se rendre sa condition plus glorieuse' par ses conquêtes quand il est puissant ; comme il n'y en a point qui ne doive assurer son repos par la constitution d'un bon gouvernement, et la tranquillité de sa conscience par les sentiments de la religion... (Saint-Évremond, Les Historiens.)
Fléchier a souvent exploité ce balancement d'idées, comme dans ce passage :
11 prenait des mesures presque infaillibles ; et pénétrant non seulement ce que les ennemis avaient fait, mais encore ce qu'ils avaient dessein de faire, il pouvait être malheureux, mais il n'était jamais surpris. Il distinguait le temps d'attaquer du temps de défendre. Il ne hasardait jamais rien que lorsqu'il avait beaucoup à gagner, et qu'il n'avait presque rien à perdre. Lors même qu'il semblait céder, il ne laissait pas de se faire craindre. Telle enfin était son habileté, que lorsqu'il vainquait, on ne pouvait en attribuer l'honneur qu'à sa prudence ; et lorsqu'il était vaincu, on ne pouvait en imputer la faute qu'à la fortune. (Fléchier, Oraison funèbre de Turenne.)
l'antithèse énumérative 209
2° l'antithèse énumérative
On peut comprendre, sous le nom d'antithèse énumérative, celle qui consiste à présenter deux pensées opposées à développements parallèles indéfinis.
Deux idées avaient soulevé le moyen âge hors de l'informe barbarie : l'une religieuse, qui avait dressé de gigantesques cathédrales et arraché du sol les populations pour les pousser sur la Terre Sainte ; l'autre séculière, qui avait bâti les forteresses féodales et planté l'homme de cœur debout et armé sur son domaine ; l'une qui avait produit le héros aventureux ; l'autre qui avait produit le moine mystique ; l'une qui est la croyance en Dieu ; l'autre qui est la croyance en soi. Toutes deuxexcessives, avaient dégénéré par l'emportement de leur propre force ; l'une avait exalté l'indépendance jusqu'à la révolte ; l'autre avait égaré la pitié jusqu'à l'enthousiasme ; la première rendait l'homme impropre à la vie civile, la seconde activait l'homme, de la vie naturelle ; l'une, instituant le désordre, dissolvait la société ; l'autre, intronisant la déraison, pervertissait l'intelligence. Il avait fallu réprimer la chevalerie, qui aboutissait au brigandage et réfréner la dévotion qui amenait la servitude. La féodalité turbulente s'était énervée comme la théocratie oppressive ; et les deux grandes passions maîtresses, privées de leur sève et retranchées de leur tige, s'alanguissaient jusqu'à laisser la monotonie de l'habitude et le goût du monde germer à leur place et fleurir sous leur nom. (Taine, Littérature anglaise, I, p. 168.)
L'antithèse ne consiste plus ici dans le choc bref des mots, mais dans la longue opposition des faces réciproques de deux idées.
L ANTITHESE SYMETRIQUE
Au lieu d'être purement énumérative, l'antithèse peut se morceler, se saccader et devenir symétrique par petites oppositions, comme dans cette belle définition d'une armée :
C'est un corps animé d'une infinité de passions différentes qu'un homme habile fait mouvoir pour la défense de la Patrie; c'est une troupe d'hommes armez qui suivent aveuglément les ordres d'un chef dont ils ne sçavent pas les intentions ; c'est une multitude d'âmes, pour la pluspart viles et mercenaires, qui sans songer à leur propre réputation, travaillent à celle des Rois et des Conquérants ; c'est un assemblage confus de libertins qu'il faut assujettir à l'obéissance, de lâches qu'il faut mener au combat, de téméraires qu'il faut retenir, d'impatiens qu'il faut accoutumer à la constance.
(Fléchier, Éloge de Turenne.)