Les écoles populaires
Les Volksschulen. — Les Volksschulen, ou écoles populaires, prennent les enfants de 6 à 14 ans, période pendant laquelle rinstruction est en principe obligatoire. Ces écoles sont généralement établies par les districts scolaires ou par les villes, mais c'est l'État qui organise l'instruction, qui nomme les instituteurs et les inspecteurs.
Comme toutes les écoles primaires, les Volksschulen ont pour but de donner une instruction utilitaire générale, mais elles doivent, en outre, cultiver le patriotisme chez l'enfant. Ayant en main un outil aussi puissant que l'école, l'État n'a pas pu résister à la tentation de s'en servir pour former des sujets obéissants. Malheureusement les procédés employés ne consistent que trop souvent à élever l'Allemagne en rabaissant les autres peuples. D'autre part, le bon instituteur comme le bon père de famille, aime à faire régner l'ordre et à user dans ce but de pratiques plus ou moins terroristes, ce qui tend à déprimer les caractères.
On prépare aussi à la discipline militaire, notamment par une gymnastique appropriée.
L'ÉDUCATION ET L'iKSTHUGTION 163
Dans certaines villes, pendant la dernière année, l'étude d'une langue étrangère est obligatoire, anglais ou français. Il n'en faudrait pas conclure que les élèves sont capables de s'exprimer dans l'une ou l'autre de ces langues. On sait ce qu'il reste dans l'esprit de quelques leçons dogmatiques fugitives, lorsque l'on n'a pas l'occasion d'entretenir les rudiments des connaissances reçues !
Après 1870, on a trop vanté l'école allemande. D'abord, si la puissance de l'instruction est une chose réelle, il ne faut pas l'exagérer. Ensuite, la pédagogie germanique, si méthodique qu'elle soit, n'arrive pas à instruire convenablement nombre de paysans à l'esprit engourdi, et qui, une fois courbés sur la charrue, ont tôt fait d'oublier maintes doctes leçons.
A la vérité, la pédagogie allemande brille surtout par la minutie et le mécanisme de ses procédés. Elle laisse un rôle trop passif à l'enfant. C'est au maître à faire pénétrer la vérité dans le cerveau de l'enfant, et pour cela, il ne se lasse pas de répéter la même chose sous des formes différentes afin d'atteindre toutes les mentalités. L'esprit d'attention est développé par les leçons verbales et les interrogations constantes. Je ne nie pas l'efficacité de ces divers procédés, encore faut-il ensuite savoir passer à l'effort personnel, si l'on ne considère pas que l'instruction doit consister seulement à enregistrer une certaine somme de connaissances.
Les leçons de religion sont obligatoires. Le culte dominant dans la commune est enseigné par l'instituteur lui-même sous la surveillance du pasteur ou du curé.
Au point de vue éducatif, notons une fois pour toutes la pratique des dénonciations. Elle a pour but d'aider le maître à trouver les coupables et à assurer l'ordre,
mais au détriment, hélas ! d'une saine culture morale ! Il est inutile de dire qu'il y a des Volksschulen pour les deux sexes. A part quelques différences dans certains cours pratiques, le niveau de renseignement est à peu près le même.
Les Hilfsschulen. — Quoique les enfants du peuple puissent aujourd'hui fréquenter gratuitement les Volksschulen, on a jugé bon de mettre à part les assistés, et de créer pour eux des Hilfsschulen, ou écoles d'assistés, aussi appelées Armenschulen ou écoles des pauvres. Ceux-ci ont le droit reconnu à l'assistance, mais en revanche, ils sont un peu durement traités par la société qui les considère comme des parias.
Les Hilfsschulen sont établies par les villes, et l'enseignement est un peu plus sommaire que dans les Volksschulen, et les maîtres d'école ne sont naturellement pas choisis dans l'élite des instituteurs et des institutrices.
La ville d'Elberfeld possède une Hilfsschule depuis 1879. Lors de ma visite, cette école possédait 11 classes avec 315 enfants. Un certain nombre de ceux-ci viennent des campagnes environnantes, mais dans ce cas, les communes doivent payer pour eux un écolage de 60 marks par an et par tête. Remarquons en passant qu'aucun enfant juif ne fréquente la Hilfsschule d'Elberfeld, bien que ce soit une ville où la confection à domicile soit très répandue, mais nous savons * que ce travail se fait électriquement, ce qui exige une attention soutenue dont les Juifs d'Orient sont peu capables.
Les Fortbildungsschulen. — L'un des buts de
i, Voir supra, p. 28,
l'école, avons-nous dit, est la culture du patriotisme, et par là il faut entendre Tadmiration des institutions existantes, par conséquent le dénigrement du socialisme, considéré comme un élément dissolvant. Pour mettre les jeunes cerveaux à l'abri de ce foyer d'infection, l'État voudrait les avoir sous sa coupe jusqu'à l'époque de leur maturité complète. Or, il y a un hiatus entre la sortie de l'école primaire et l'entrée au service militaire.
L'idée a donc germé de combler ce vide par des cours d'adultes. Us portent le nom de Fortbildangsschulen, c'est-à-dire d'écoles de continuation ou de perfectionnement. La tendance est de chercher à rendre ces écoles obligatoires de 14 à 18 ans^ mais on n'y arrive que peu à peu et par étapes. Nous avons exposé plus haut l'état actuel de la question*.
Naturellement, on n'a pas présenté ces écoles comme une œuvre destinée à encadrer les jeunes gens. On a prétendu faire œuvre utile pour ceux-ci et aussi pour les patrons qui doivent en supporter les frais. C'est pourquoi on a voulu rattacher les écoles de perfectionnement à la question de l'apprentissage, et, chaque fois qu'on a pu, on a laissé l'organisation des cours aux corporations patronales ; les villes qui ont usé de la faculté que leur donne la loi de rendre cet enseignement obligatoire ont été amenées à fonder de plus en plus des écoles de continuation. La ville de Berlin est entrée dans cette voie en 1893.
Les programmes varient selon les besoins locaux.
A Berlin, on apprend beaucoup l'anglais ; aux employés, on enseigne la comptabilité, le droit commer-