Pinloehe, loc. cit. p
i^8 LES INFLUENCES INTELLECTUELLES ET RELlGIËUSEb
absences, et il a le droit de faire emmener de force à Técole un enfant par la police.
Si l'on en excepte les villages écartés, on peut dire que la loi fut efficace, et que le nombre des illettrés diminua assez rapidement. La fréquentation scolaire est aujourd'hui entrée dans les mœurs, et les membres du Schulvorstand n'ont plus guère à s'en occuper. Aujourd'hui, l'instituteur se contente de signaler les absents directement à la police qui fait les enquêtes et applique les amendes.
L'obligation scolaire devait fatalement entraîner tôt ou tard la gratuité. Depuis longtemps, il y avait des écoles d'assistés gratuites, et lors de la révolution de 1848, une loi éphémère établit la gratuité dans toutes les écoles populaires. La réforme fut réalisée peu à peu dans les grandes villes dans la seconde moitié du siècle dernier. Enfin, une loi de 1888 l 'étendit à tout le royaume.
Il y a également une tendance à rendre obligatoire l'enseignement post-scolaire pour les classes inférieures de la population. Il se fait dans les écoles de continuation ou Fortbildungsschulen.
Dès 1869, une loi prussienne permet aux villes d'organiser des cours d'adultes, et en 1883, une loi d'Empire oblige les patrons à laisser leur personnel fréquenter ces cours. En 1891, une autre loi d'Empire autorise les États et les villes à rendre cet enseignement obligatoire jusqu'à dix-huit ans. Enfin, une loi prussienne de 1904 permet aux communes rurales de la Hesse d'user de cette faculté. Partout ailleurs, dans les campagnes du royaume, il n'existe que des cours facultatifs.
On peut dire, au contraire, que toutes les villes ont adopté le principe de l'obligation, mais jusqu'à seize ans seulement, exceptionnellement jusqu'à dix-sept.
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La mesure concerne tous les apprentis, non seulement ouvriers, mais aussi employés. Nous avons vu que la gratuité a été réalisée en mettant les frais d'écolage à la charge des patrons. Ceux-ci, sous peine d'une amende de 20 marks, doivent, sur les heures de travail, accorder le temps nécessaire aux apprentis.
La laïcisation de l'administration scolaire. — On assiste à une évolution graduelle dans le sens de la laïcisation des organismes chargés de l'administration des écoles publiques, mais le mouvement s'accomplit d'une façon différente de celui que l'on a vu en France. Il ne s'agit pas d'un acte d'hostilité envers les Églises, mais plutôt d'un changement dans l'organisation des services pubhcs.
Les universités ont été fondées par l'État sous le régime que nous avons décrit, mais au début, elles étaient surtout les séminaires des cultes reconnus. Par la suite, principalement à partir du xvii'' siècle, les autres Facultés prirent une importance croissante. C'est de cette façon détournée, et dans cette mesure seulement qu'on peut dire qu'elles se sont laïcisées.
Quant aux écoles latines, elles sont depuis la Réforme surveillées par les autorités ecclésiastiques agissant au nom de l'État. On peut donc considérer comme un simple progrès de la division du travail, la création d'un bureau scolaire spécial, ou Oberschulkollegium, en 1787, qui, après 1807, fut englobé dans le ministère des Affaires intérieures, qui avait également à s'occuper des questions ecclésiastiques. En 1817, un nouveau progrès de la division du travail amena la création d'un ministère des Cultes, de l'Instruction publique et des Affaires médicales.
11 faut remarquer que les bureaux scolaires (Kolle-
gien) aussi bien que les bureaux du culte officiel {Konsistorieiï) comprennent des juristes et des ecclésiastiques.
Les réformes ont donc consisté en des remaniements des services bureaucratiques, mais dans les nouveaux bureaux, des fonctionnaires laïques apparaissent à côté des fonctionnaires ecclésiastiques. Jusqu'à présent dans renseignement secondaire les cours de religion sont toujours faits par des prêtres sous la surveillance des autorités ecclésiastiques du culte auquel ils se rattachent.
En ce qui concerne les écoles primaires, elles étaient depuis la Réforme sous la surveillance immédiate du prêtre paroissial. Lorsque plus tard 1 État voulut uniformiser ces écoles, des bureaux départementaux furent créés, mais les prêtres conservèrent leur droit d'inspection, et lorsque le poste d'inspecteur d'arrondissement fut créé, il fut rempli obligatoirement par un ecclésiastique. Ce n'est qu'en 1872 que cette fonction fut laïcisée, mais les Églises conservèrent le droit d'inspection des cours de religion.
En Angleterre, la marche vers la laïcisation se retrouve également, mais elle a agi d'une façon différente. Quoique l'Église anghcane soit liée à l'État, ses prêtres n'ont jamais eu le caractère de fonctionnaires^; une laïcisation opérée par des modifications bureaucratiques n'était donc pas possible. En outre, des sectes nombreuses complètement indépendantes ont fondé des écoles. De plus, ces écoles ont toujours laissé une part à Faction des fidèles. Ce qui est nouveau, c'est donc moins la laïcisation que l'intervention des pouvoirs
i. La formation de l'Anglais moderne, p. 319 et 321,
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publics, mais celle-ci ne s'est produite que dans la mesure où Ton a eu besoin de leurs subsides.
Conclusion. — En résumé, le patronage de l'État a eu des avantages et des inconvénients. Son intervention a rendu plus aisée la solution du problème financier, et par contre-coup a permis très tôt de répandre les bienfaits de l'instruction dans toutes les couches de la société. En respectant les anciennes traditions de décentralisation, l'État a assuré sur de bonnes bases la vitalité de l'enseignement supérieur.
A côté de cela des défauts peuvent être signalés. L'exagération de l'esprit systématique a amené une uniformisation trop grande des types d'écoles et des programmes. Les cadres trop rigides ne permettent pas toujours une adaptation facile aux changements que réclament de nouveaux besoins. Malgré l'esprit d'initiative indéniable de l'administration prussienne, la plupart des expérimentations nouvelles ont été faites, comme nous le verrons, en dehors d'elle.
Enfin, ce qui est plus grave, le patronage de l'État n'a pas été complètement désintéressé. Il a entendu faire de l'école une machine à chauffer artificiellement le patriotisme, ou plutôt l'admiration béate de la grandeur germanique. C'est ce que nous verrons dans le prochain chapitre.