III. — L'enseignement secondaire
Historique. — Au début, il n'y avait que des écoles latines^ établies par les villes, et, depuis la Réforme, surveillées par l'État. C'est en 1816 qu'elles furent uniformisées et prirent décidément le nom de Gymnasien. Le cycle des études comprit dès lors dix ans. C'est vers cette époque que l'État commence à créer luimême des écoles qui servirent de modèles aux autres.
En 1837, les études secondaires sont réduites à neuf ans au lieu de dix. C'est alors que le français est introduit dans les programmes; en même temps on donne plus d'importance au latin au détriment de l'allemand et des mathématiques.
Pendant ce temps, les grandes villes — les villes industrielles surtout — avaient pris l'initiative de fonder un enseignement réal. Toutefois, sous ce nom, on comprenait des choses diverses. Ainsi, le Kaiser Wilhelm
ï. Appelées aussi Lycées, Pédagogies, Collèges, etc,
Realgymnasinm fondé en 1747 n'était en réalité qu'une espèce d'école moyenne. Ailleurs, il s'agissait plutôt d'écoles industrielles. Pourtant, dans la première moitié du siècle dernier, apparaissent çà et là des écoles secondaires orientées vers les sciences. C'est le cas du Real- ^ymnasiumd'Elberfeld fondé en 1830. C'est le cas aussi de certaines écoles bourgeoises supérieures (hôhere Bûrgerschulerî).
Lorsque le mouvement est créé, et que son utilité est reconnue, l'État prussien éprouve le besoin d'uniformiser les écoles réaies comme il avait uniformisé les écoles latines. C'est en 1859 qu'il réalise cette réforme, et, en même temps, il fonde des établissements types qui serviront de modèles. Il y en avait de trois espèces, suivant que la durée normale des études était de 6, de 7 ou de 9 ans ; dans cette dernière catégorie seulement le latin était enseigné. Aucune d'entre elles ne donnait accès à l'université, mais elles conduisaient toutes à l'examen du volontariat.
C'est qu'en effet à ce moment-là, par suite du développement des transports et de l'apparition du machinisme, la petite bourgeoisie commence à s'enrichir et à devenir plus nombreuse, et elle réclame sa part des privilèges.
Depuis lors, on assiste à un relèvement continuel des écoles réaies. En 1870, les écoles réaies avec latin donnent accès à l'université pour les lettres et les sciences, et en 1890, l'empereur Guillaume II décide que l'enseignement moderne doit être, dans l'esprit du public, aussi considéré que les humanités.
Il faut dire qu'en 1882, une nouvelle transformation des écoles réaies avait eu lieu. Un parallélisme complet avait été établi entre l'enseignement classique pur, l'enseignement réal avec latin et l'enseignement réal
pur, et chacune de ces trois catégories comprit dès lors des écoles de 6 et de 9 ans : comme il y avait des Progymnasien et des Gymnasien, il y eut des Pro-realgymnasien et des Realgymnasien, et aussi des Realschulen et des Oberrealschulen.
En même temps, le programme des Gymnasien subissait des changements importants : la gymnastique devenait obligatoire, le nombre des devoirs était diminué, enfin, on donnait une plus large place à l'étude du français et des sciences naturelles au détriment du latin et du grec.
En 1890, Guillaume II, dans un discours retentissant^ fit connaître ses vues sur la question. On essaya de diminuer le surmenage et de favoriser l'enseignement réal au détriment des humanités. Enfin, la culture du patriotisme et de l'admiration des institutions germaniques ont été plus que jamais à Tordre du jour.
Pour expérimenter la voie nouvelle indiquée par l'empereur, il fut décidé, en 1892, de modifier le programme dans trente établissements qui prirent le nom de Reformschulen. Ils diffèrent des autres Gymnasien en ce que le latin a été supprimé dans les classes inférieures et remplacé par le français.
L'instruction et l'éducation. — Examinons maintenant d'un peu plus près le régime actuel, et voyons d'abord en vue de quels résultats sont dirigées les études.
L'Allemand demande deux choses : l'accès à une profession et l'obtention de privilèges sociaux. L'État essaie de tenir compte de ces deux desiderata, mais il ne les
1. Voir une analyse de ce discours par E. Demolins, dans A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons, livre !•', chap. ii.
L'ÉDUCATION ET L'LNSTRUGTION m
réalise pas toujours complètement. En effet, puisque l'Allemand va à Técolè, d'abord pour les diplômes et les certificats, les programmes pourront être surchargés sans qu'il y ait une utilité réelle quant à la préparation professionnelle pure.
Néanmoins les écoles secondaires, les universités et les écoles spéciales sont toutes orientées vers les examens et les professions. Il y a une filière qu'il faut suivre jusqu'au bout. La fréquentation de telle ou telle espèce d'écoles dépendra donc surtout de l'âge plus ou moins élevé jusqu'où les familles consentent à avoir les enfants à leur charge.
Néanmoins, les écoles préparante plusieurs carrières et poursuivant des buts multiples, le mélange des classes est plus grand qu'en Angleterre, je le répète, mais cela a moins d'inconvénients.
Les programmes différencient plus les écoles qu'outre- Manche. Là, on le sait, les public schools et les grammar schools enseignent les mêmes choses ^, mais les élèves se recrutent dans des milieux différents, à cause surtout de la question de prix. Du reste, ces écoles s'adaptent facilement aux besoins des élèves, et des cours spéciaux sont organisés pour la préparation aux différents examens. En Allemagne, au contraire, c'est uniquement par le programme qu'un Gymnasium diffère d'une Oberrealschule, parce que l'instruction vise beaucoup plus la préparation aux examens que la culture désintéressée de l'esprit.
C'est donc par rapport à l'enseignement supérieur et à l'enseignement technique qu'il faudra classer les écoles secondaires.
Dans toutes les écoles secondaires, après la sixième