Établi en 18S9, 2; Établi en
L^ÉDÙGAtlON ET L'INSTRUCTION ifS
diminuer le surmenage scolaire, bien qu'il n'ait jamais eu tout à fait la même acuité qu'en France. On a réduit les devoirs à faire à la maison. Théoriquement on ne doit pas imposer un travail de plus de deux heures, mais la moyenne des élèves a terminé en une heure. Ajoutons qu'il n'y a pas de devoirs deux jours par semaine, par exemple le mercredi et le samedi.
Le niveau des études est moins élevé qu'en France. Ainsi, c'est à l'université seulement que la philosophie est étudiée, et l'on ne vise nullement à rendre l'enseignement encyclopédique. On cherche surtout à développer la mémoire et le raisonnement, mais on n'encourage guère les travaux personnels.
Comme le remarquait déjà M. C. Hippeau^ ce qui fait le plus défaut, c'est le travail sohtaire. La classe est véritablement une société en participation pour le plus grand avantage des études, sans doute, mais j'ajouterai : au détriment de la formation de la personnalité.
Pas plus qu'en France, les études ne sont désintéressées ; il s'agit avant tout de passer des examens qui donneront les privilèges militaires ou qui ouvriront la porte des universités et des écoles spéciales qui conduisent aux professions libérales et administratives.
Aucun progrès n'a été fait dans la préparation pour la vie, et l'éducation est laissée complètement entre les mains des familles. Or, en diminuant le surmenage, on laisse des loisirs aux jeunes gens, et l'école se désintéresse de l'utihsation des loisirs. Ils seront donc employés de diverses façons selon le caractère, et les fréquentations de chacun: lectures, promenades, jeux, beuveries. On pourra avoir une idée de la manière dont
1. L'instruction publique en Allemagne (Didier, 1873), p. 24.
i%^ LÈS INFLaENGES INTELLECTUELLES ET RELIGIEUSES
un grand nombre occupent leurs temps libres en lisant les critiques que le D'" Lietz a adressées à l'école allemande * .
A part la discipline ^ imposée par le maître pendant la classe, la seule chose intéressante à noter, au point de vue éducatif, est l'existence de débats contradictoires, mais, contrairement à ce qui se passe outre- Manche, ils sont dirigés parles professeurs. Il ne s'agit du reste pas de dresser à l'habitude de l'association libre, mais de répandre certaines idées dans la jeunesse, qui ne croit pas encore suffisamment à la supériorité germanique. Elle est encore trop susceptible de se laisser influencer par le point de vue étranger, comme le prouve l'exemple suivant.
Lors de ma visite, un an avant la déclaration de la guerre, et, sans doute en prévision de celle-ci, un mot d'ordre parti d'en haut suggérait à la presse et aux écoles de mener une campagne en vue de déconsidérer la légion étrangère, dans l'espoir d'empêcher les désertions allemandes d'alimenter l'armée française de cette façon détournée. La presse fit un tableau très sombre de la vie et de la situation des légionnaires, allant jusqu'à souhaiter la suppression de la légion!
Ce sujet fut mis en débat dans un Gymnasium, les adversaires de la légion triomphaient facilement, ayant à leur disposition des faits grossis ou supposés pour étayerune argumentation que l'on pouvait difficilement combattre, fautes d'armes suffisantes. Or, parmi les élèves se trouvait, par hasard, un jeune Belge qui entreprit de réfuter la thèse officieuse, sinon officielle, et il réus-
1. J. Garcopino, L'École allemande par un professeur allemand (Science sociale, t. XXVI, p. 437).
2, Gomme punitions, on donne des retenues le samedi, des penaums, parfois des punitions corporelles.
sit à convaincre une partie de l'auditoire, tant il est vrai que ce qui manque à la jeunesse allemande, ce n'est pas toujours la sincérité, mais un enseignement qui vise à atteindre la vérité. Il n'est tel que lorsque la grandeur de la patrie allemande n'est pas en jeu, et je dois dire qu'on considère comme une bonne chose, d'entretenir les illusions nationales à ce sujet. La guerre actuelle montrera si les pédagogues allemands avaient raison.