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L'ÉDUCATION ET L'INSTRUCTION fôl

nord? Les causes principales sont vraisemblablement ailleurs, mais ne connaissant pas les États du sud, je ne puis donner aucune indication à ce sujet.

En ce qui concerne le nord, voici ce que j'ai pu constater. Dans les classes supérieures, un certain nombre de parents sont enclins à adopter une attitude plus douce envers leurs enfants, et ils éprouvent le besoin de la justifier à l'aide d'une théorie. Il est évident que cette théorie est conditionnée — puisqu'elle en est la contrepartie — par celle sur laquelle s'appuyait préalablement l'autorité du genre fort. Or, celle-ci, nous l'avons dit, emploie des procédés artificiels, vise à répandre l'effroi et recourt volontiers à l'aide d'un Dieu vengeur. A l'inverse, les partisans de la manière douce repoussent à la fois les punitions corporelles, le régime de la terreur et ridée religieuse.

Ce fait m'a été confirmé par des personnes des deux clans, les uns vantant les bienfaits de la canne et de la fréquentation du temple, les autres ceux de la mansuétude et de l'adoration de la nature ou des grands hommes.

Dans le premier clan rentre tout ce qui soutient l'ordre des choses actuel. Le noyau en est formé par les fonctionnaires grands et petits, y compris les officiers et sous-officiers, les prêtres et certains professeurs. Le mode de recrutement que nous décrivons plus loin tend à maintenir l'union entre eux et la pratique du culte. Ajoutons-y encore les hobereaux et leurs auxiliaires qui dirigent de grands domaines par la manière forte, n'ayant eu que trop souvent à dresser un peuple peu travailleur descendant des anciens Vendes.

Dans l'autre clan, on trouve d'abord les esprits délicats, que révolte la vue de punitions corporelles appliquées avec brutalité et souvent sans discernement. En

effet, contrairement à ce qui passe en Angleterre, ces punitions corporelles ne viennent pas après que l'on a réussi à faire comprendre à Fenfant la faute qu'il a commise et après que les autres sanctions ont échoué ; il ne s'agit que de réprimer immédiatement, souvent dans un moment de colère, tout ce qui trouble l'ordre.

Dans ces conditions, une réaction était fatale, et il est certain qu'elle fait constamment des progrès, apportant avec elle l'indifférence religieuse.

Parmi les fonctionnaires, c'est dans le monde professoral que l'on rencontre le plus d'adeptes des théories nouvelles. Moins rare qu'on ne croit est le type du professeur peu sévère, naïvement confiant dans la bonté des enfants, peu enclin à redresser leurs défauts, et fermant les yeux sur tout ce qui l'environne. Sans doute, il exige que ses élèves soient respectueux en sa présence, mais il est disposé à accepter sans contrôle tout ce qu'ils veulent bien lui raconter. S'il héberge des pensionnaires chez lui — ce qui est le cas général — ou s'il a des enfants, il ne songe guère à surveiller l'emploi de leur temps.

Par sa manière de concevoir l'autorité paternelle, ce type se rencontre avec les juifs, et cela explique comment ces derniers pourront trouver place dans la société prussienne. Ce rapprochement n'est pourtant que superficiel, et les Allemands du genre doux n'en sont pas moins des Germains.

La brutalité n'est pas le seul procédé qui engendre la terreur. Des histoires effrayantes souvent racontées peuvent avoir le même effet, lorsque l'âge est très tendre. La bonne peut avoir recours à des contes de revenants pour que les enfants restent tranquilles ; la mère peut leur faire peur en les menaçant de la police ou de la prison, que sais-je encore! Un pouvoir enclin

à la mansuétude peut être en même temps très tracassier; tout en se contentant de discuter avec ses enfants, presque sur un pied d'égalité, un père peut intervenir sans relâche, jetant le doute qui paralyse toute action. Avec des procédés en apparence opposés, les mêmes effets essentiels peuvent subsister.

Si maintenant nous descendons dans le peuple, il ne faut plus chercher un accord entre les procédés d'éducation familiale et une théorie quelconque. Cela n'empêche nullement qu'il y ait des parents d'humeurs diverses et qu'on puisse rattacher leurs procédés ordinaires à l'une des deux variétés précédentes. Cela semble prouver que les théories sont plutôt des effets que des causes réelles; tout au plus produisent-elles des actions en retour.

Les écoles nouvelles. — La plus grande partie de l'enseignement étant entre les mains des pouvoirs publics, s'inspire toujours, malgré des atténuations, de la manière forte. C'est donc dans des écoles libres que l'autre courant a dû chercher à réaliser ses idées, et dès le début, c'est de ÏÉmileàe Rousseau qu'il cherche à s'inspirer.

Je passe rapidement sur l'école que Pestalozzi fonda en Suisse, et d'où devait dériver, par l'intermédiaire de Frœbel, le mouvement des Kinder g àrlen^. Il y a, en Allemagne, beaucoup de Kindergârten pour les enfants de 4 à 6 ans, et dans lesquels de petits travaux amusants sont le prétexte d'un enseignement. Le système est aujourd'hui trop connu pour que nous nous y arrêtions davantage.

Dès l'époque de Pestalozzi, un Philanihropinum est

1. Le premier Kindergârten fut fondé à Keilhau (Thuringe) par Frœbel, vers 1815.

194 LES INFLUENCES INTELLECTUELLES ET RELIGIEUSES créé en 1774, à Dessau, par Basedow, et un autre à Schnepfenthal (près de Gotha), en 1784, par Salzmann. Ils ne vécurent que quelques années, mais le D' Ausfeld a fait revivre le second de ses cendres, il y a peu de temps. Un Philanlkropinam est un pensionnat établi de préférence à la campagne et dans lequel les élèves sont traités avec bienveillance. Les travaux manuels tiennent une place importante et l'on essaie de réaliser un système pédagogique méthodique basé sur l'emploi de la méthode concrète dans les sciences, et de la méthode directe dans les langues.

Toutefois, c'est l'exemple de l'Angleterre, qui devait créer définitivement outre-Rhin le mouvement des écoles nouvelles ou, comme on dit en Allemagne, des Landerziehungsheime, c'est-à-dire des maisons familiales d'éducation à la campagne. Le D'' Lietz, fils d'un paysan de l'île de Rùgen, après avoir été pendant plusieurs années le collaborateur du D*" Reddie, fonde successivement, en s'inspirant de l'exemple d'Abbotsholme, les trois écoles suivantes :

Ilsenburg, dans le Harz, en 1898, pour les garçons de 8 à 13 ans;

Haubinda, près de Streufdorf (Thuringe), en 1901, pour ceux de 13 à 15 ans;

Bieberstein, près de Fulda, en 1904, pour ceux de 15 à 18 ans environ.

Le D' Lietz a eu de nombreux imitateurs, à tel point qu'il y a aujourd'hui, en Allemagne, une quinzaine de Landerziehungsheime pour garçons, trois ou quatre pour filles, sans compter celles où Ton essaye la co-éducation*. Le mouvement des Landerziehungsheime semble

1. A ma connaissance, la co-éducation n'a véritablement réussi nulle part en Allemagne. Les écoles que l'on cite sont en réalité des écoles de garçons avec 3 ou 4 jeunes filles seulement. On n'y

répondre à un besoin réel en Allemagne. Non seulement, c'est le pays où les écoles nouvelles se sont le plus rapidement répandues, mais elles ont réussi à impressionner l'État prussien lui-même, puisque celui-ci ouvrait, en 1908, un Gymnasium dans le Giùnewald, près de Berlin, avec l'organisation extérieure des Landerziehungsheime. Enfin, l'Allemagne est à peu près le seul pays où les écoles nouvelles de filles aient eu un certain succès.

Il ne faut pas oublier que, jusqu'en ces derniers temps, l'aristocratie protestante en était encore réduite à l'éducation à la maison. Or, celle-ci rencontre des obstacles croissants du fait de l'urbanisation exagérée et de l'extension rapide des besoins de luxe.

D'un autre côté — et cela dans différentes classes de la société — il y a une dissatisfaction croissante vis-àvis de l'école officielle : le fait que celle-ci essaie d'expérimenter le nouveau système n'en est-il pas la preuve ?

Je parlerai d'abord des écoles du D' Lietz, car j'ai pu passer une journée complète à Ilsenburg, et y rencontrer le fondateur lui-même, ce qui n'est pas toujours commode, vu la dispersion de ses trois écoles, à la direction desquelles il prétend apporter une part personnelle assez méticuleuse. 11 a exposé lui-même ses idées dans un article de la Revue L'Éducation *, auquel nous renvoyons volontiers le lecteur.

Chacune des écoles du D"" Lietz renferme de 50 à 70 élèves, dont un certain nombre d'exotiques, Mexicains, Sibériens, etc. Le prix de la pension est de 1 500 à 2 000 marks, et des réductions sont accordées dans cer-

est donc pas tout à fait aux prises avec les véritables difficultés de la co-éducation. — Dans les écoles du D"" Lietz, il y avait S ou 4 jeunes filles à Ilsenburg et une à Bieberstein. 1. Numéro de mars 1909, p. 103 et suiv.

tains cas particuliers ; mais, nous le verrons, le régime est très frugal, et la simplicité frise parfois le manque de confortable. Le lever a lieu vers 6 heures, et les cours commencent à 7, immédiatement après la douche et le premier déjeuner. La matinée est réservée à l'enseignement, mais les classes sont entrecoupées de longues récréations. D'une façon générale, du reste, on est plus matineux en Allemagne qu'en Angleterre, et on estime que le travail du matin est le plus profitable.

Après les classes, le D"^ Lietz laisse encore une heure de liberté aux jeunes gens jusqu'au dîner qui a lieu à 1 heure. L'après-dîner, de 2 à 4, est consacrée aux travaux pratiques, aux arts d'agrément ou aux sports. Après le goûter, vient l'étude, mais les petits ont encore une heure de jeu en plein air.

A la suite du souper, qui a lieu à 7 heures, on se réunit à la Kapelle et le coucher a lieu entre 8 et 9 heures, selon l'âge des enfants.

J'attire d'abord l'attention du lecteur sur l'importance des temps libres : deux heures et demie avant le dîner, en comptant les récréations ; de plus, deux après-midi par semaine. Les garçons ont donc tout loisir de se livrer à des occupations diverses selon leur goût personnel : photographie, musique, menuiserie, littérature, promenades, etc. Quoiqu'un certain nombre d'entre eux ne songent qu'à rêver ou à abuser du tennis ou du ski, j'approuve assez cette institution, importée d'Angleterre, et qui seule peut permettre la formation de la personnalité.

J'approuverai moins le choix des jeux. Les sports qui disciplinent sont trop peu en honneur ; deux après-midi par semaine, soit 4 heures, pour les grands seulement. Pour le reste, ce sont de purs exercices physiques : patinage, luge, ski, course, etc.

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De même, la formation pratique du sens de la responsabilité est négligée, pour deux motifs : d'abord on a imité plutôt le système du Philanthropinum que celui de Thomas Arnold, de sorte que l'éducateur ne dispose d'aucune sanction pour punir les mauvais instincts ; ensuite, le système monitoral n'a pu être maintenu. Nous reviendrons tout à l'heure sur ces deux points, qui me paraissent communs à toutes les Landerziehungsheime. Il y a toutefois des capitaines de dortoirs et de sports, mais il n'y a pas de capitaine de maison ou d'école. Aucune hiérarchie véritable parmi les élèves. Pour la vie commune, les garçons sont groupés par dix sous la conduite immédiate d'un professeur.

Le D' Lietz attribue une grande importance à la Kapelle. Il faut savoir que le fondateur d'Ilsenburg est un ancien pasteur réformiste, qui voulait fonder une religion de paysans. C'est dire qu'il a toujours été loin de l'orthodoxie luthérienne. En réalité, il laisse beaucoup de liberté aux élèves sous le rapport religieux ; le dimanche il fait lui-même la « Kapelle » à 9 heures du matin et laisse toute faculté d'assister aux offices des paroisses voisines. Par contre, il y a « Kapelle » tous les soirs, et j'ai tenu à assistera cette réunion, qui, à Ilsenburg, doit théoriquement avoir lieu de 7 h. 1/2 à 8 heures.

J'avoue n'avoir rien compris à la cérémonie jusqu'au moment où l'on m'a dit que la Kapelle n'était pas une chapelle, mais un salon, et ensuite que ce salon n'était pas un salon, mais une salle de conférences. C'est, si l'on veut, un salon Spartiate, ne contenant aucun siège, de sorte que les garçons s'accroupissent pour écouter. Quelques favorisés, il est vrai, peuvent trouver place sur un petit banc, contre le mur, mais si un professeur n'en avait chassé un gamin pour me tailler une place,

j'en aurais été réduit à me contenter de la chaise Spartiate ! Heureusement, car le discours dura deux heures. Je Yoyais peu à peu les malheureux élèves s'appuyer les uns contre les autres, s'étendre par terre, essayant de combattre la fatigue par une meilleure position du corps. En compensation, il est vrai, la conférence avait une grande portée morale, mais je me permets de douter qu'elle ait été écoutée jusqu'au bout... J'ajouterai que, à l'école des grands, c'est souvent un élève qui doit prendre la parole devant toute l'école et ceci me paraît une bonne pratique.

Je sais aussi que la Kapelle ne dure pas toujours aussi longtemps que celle à laquelle j'ai eu le plaisir d'assister. La plus grande irrégularité règne à cet effet, l'heure fixée pour le coucher étant purement théorique. Comment, après cela, exiger que les élèves respectent l'horaire, d'autant plus que toute punition est prohibée ? Le seul moyen d'action dont dispose un professeur est la persuasion. Lorsque le temps est doux, beaucoup de garçons aiment à s'attarder dans le bois voisin ; il ne s'agit que d'essayer de les convaincre qu'il est préférable qu'ils aillent se coucher dans l'intérêt de leur santé.

Dans un autre ordre d'idées, si l'enfant travaille d'une façon insuffisante, c'est au maître à changer sa méthode, et à trouver la manière de l'intéresser. Pour les fautes morales, on s'efforce d'amener le délinquant à recon" naître ses torts.

Je ne nie pas qu'il n'y ait une part de sagesse dans ces façons de faire, mais à condition que l'éducateur puisse en venir à une sanction réelle dans certains cas, et en graduant la punition à la faute. L'aveu de l'intéressé est indispensable pour la formation de sa conscience, mais il n'est pas suffisant que le péché soit lavé par l'aveu.

Avec le système en honneur dans les Landerziehungs-

heime, le maître a toutefois un moyen de sanction, c'est de faire continuellement des reproches et des observations ; de « scier » les oreilles du coupable. Il y en a qui se voient forcés d'en user, mais, comme je l'ai dit plus haut, l'exagération de cette pratique ramène à une forme du régime terroriste.

Quant au mode d'existence, on le veut très fruste, pour combattre le luxe ; mais ici encore, il me semble que l'on a dépassé la mesure. Les dortoirs que j'ai vus sont plutôt des greniers que des chambres. Pour la nourriture, on suit les principes du D"^ Lahmann, beaucoup de légumes et de fruits, peu de viande, d'épices et d'alcool. Pour moi, le jour où j'ai eu l'honneur de souper à Ilsenburg, j'ai cru manger du brouet, mais on m'a assuré que c'était un simple mélange de poires cuites et de gruau d'avoine. Je prévois une Allemagne nouvelle plus maigre que l'ancienne. Sans doute, je reconnais qu'une réaction est nécessaire contre l'abus de la Wurst et des sauces grasses, mais est-il nécessaire d'aller à l'extrême opposé ?

C'est hélas ! une loi maintes fois constatée. En réaction contre un système de punitions brutales appliquées trop fréquemment et maladroitement, on en arrive à supprimer toute punition, alors qu'il aurait fallu améliorer le système. De même, en réaction contre l'urbanisation excessive de l'Allemagne actuelle, les Landerziehungsheime vont s'installer, non seulement à la campagne comme les collèges anglais, mais elles recherchent de préférence les sites un peu sauvages : montagne, forêt, lac, etc. N'est-ce pas s'éloigner un peu trop du spectacle du grand mouvement industriel moderne? Évidemment non, si Ton ne vise pas la formation d'une élite capable de prendre en main la direction des affaires. L'expansion économique de l'Allemagne

est encore trop récente pour que la vague d'orgueil soit passée : personne ne croit que la formation des chefs d'industrie et du commerce ne soit parfaite. Nul besoin de rénover l'éducation dans cette direction. Nul besoin donc, dans les écoles nouvelles, de se tenir à proximité des grands bassins industriels ; au contraire, les longues excursions se portent de préférence vers la visite de lieux plus sauvages encore : Eifel, Alpes, Forêt-Noire.

La vérité est que l'on croit à l'influence du site comme agent d'éducation. Cette influence est indiscutable, mais elle est purement esthétique et non sociale. Développer le goût du tourisme ou des voyages d'exploration n'est pas préparer de futurs colons. Ce qui pousse un jeune homme à aller s'établir dans le Far West, c'est tout autre chose que l'attrait du pittoresque.

A la vérité, ce que les écoles nouvelles forment, ce sont des Allemands de la haute bourgeoisie, de futurs universitaires, mais ayant une personnalité plus accusée que celle qu'ont généralement leurs compatriotes, ayant aussi été élevés dans des conditions sanitaires meilleures, et à qui l'on a infusé le goût de la vie simple et de la sobriété.

Ces avantages sont loin d'être négligeables, mais il serait désastreux que l'exagération de l'individualisme leur fît oublier les pratiques de l'action collective. Il y a des associations d'élèves, je le sais, mais elles ne m'ont pas paru aussi nombreuses et surtout aussi vivantes que celles que l'on voit dans les collèges anglais. D'après une description faite par M. R. Barotte, il me semble que cette vie collective serait mieux réalisée à TÉcole de Unter-Schôndorf, près d'Ammersee *.

1. Voir le Bulletin de la Science sociale, 106» livraison, p. 112 et suiv.

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Parmi les bonnes choses des Landerziehungsheime, signalons encore les méthodes concrètes d'enseignement, la lecture des journaux et l'étude des problèmes actuels.

Mais peut-être se demandera-t-on comment le gouvernement prussien, si méfiant au point de vue politique, n'a-t-il pas mis son veto à l'éclosion de telles coutumes ? C'est que ses inspecteurs ont pu constater, soyez-en certains, que les Écoles nouvelles présentaient toute garantie à ce sujet. L'enseignement de l'histoire et les conférences économiques vantent la supériorité et la prépondérance de la race germanique ; les discussions politiques jettent le discrédit sur le socialisme et les ennemis de l'Empire. Ni le D' Lietz, ni ses collaborateurs, ni ses émules n'ont eu pour cela à faire violence à leurs sentiments.

Je dois dire, du reste, que je n'ai rencontré en Allemagne personne apercevant la nécessité d'une réaction contre les excès de Timpérialisme et de la centralisation.

En dehors des Écoles nouvelles qui me semblent se rattacher plus ou moins aux idées nationales-libérales, j'ai pu causer avec des personnalités se rattachant aux idées démocratiques. Parmi les réformes qu'elles souhaitaient dans la sphère de l'éducation, j'ai noté la suppression des punitions corporelles, l'augmentation des travaux manuels et des études scientifiques, le développement de la personnalité, même s'il doit être acheté par une diminution de l'esprit de discipline.

C'est naturellement sur ces derniers points que je porte de préférence mon enquête. Je m'informe par quels moyens on compte développer la faculté à la conduite personnelle, au self-government, comme le qualifie l'un de mes interlocuteurs ? — Par la prédication ;

en exhortant les jeunes gens à avoir de la volonté, de l'indépendance.

Si TAUemagne n'est pas, comme la France, dupe de la rhétorique, elle n'en est pas moins dupe du pouvoir des mots I

Le rôle des écoles libres. — Les écoles libres ont un premier rôle à jouer: l'expérimentation des méthodes nouvelles. C'est l'initiative privée qui a créé le mouvement des Kindergàrten, avec Pestalozzi et Frœbel, — celui du philanthropinisme, avecBasedow, Salzmann et Ausfeld, — celui des LanderzlehungsheimCj avec le D' Lietz et d'autres encore ; — celui des Gymnasien de filles, avec M™^ Kettler à Karlsruhe et M"® Lange en Prusse; — celui des écoles de continuation, des écoles d'apprentissage et des petites écoles commerciales par les corporations de métier.

Pourtant les pouvoirs publics ont eu, dans cet ordre d'idées, plus d'initiative qu'ailleurs, mais les villes plutôt que l'État, et en général elles ont agi sous l'impulsion d'une nécessité utilitaire immédiate : enseignement réal, enseignements technique et commercial. Il ne s'agit donc pas d'une rénovation des méthodes ou d'un essai d'amélioration morale.

Une exception doit toutefois être faite en faveur de la ville de Charlottenbourg, qui fait partie de l'agglomération berlinoise. En 1904, elle a fondé la première Waldschule ou école en foret, mais il est bon de dire qu'il s'agit d'une école pour les enfants anémiques, nerveux ou atteints de maladies non contagieuses. C'est un instrument de lutte contre la tuberculose qui se rattache au service d'hygiène bien plus qu'à une préoccupation pédagogique.

Le rôle véritable de l'État prussien a été celui d'un

organisateur et non d'un pionnier. Il systématise et répand les améliorations qui ont été expérimentées par les parti( uliers, les corporations ou les villes. Sa seule initiative provient de ce qu'il est à l'affût de tout ce qui se fait, et qu'il est très prompt à réglementer ou même à adopter ce qui réussit. Il cherche à attirera lui toutes les forces vives de la nation. C'est de là qu'il tire sa principale puissance, mais cette politique n'est pas sans danger pour l'ensemble de la nation.

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