Cf. Appendice II, le sens de ce terme
ciation des couches sociales par quartiers ^ La maisoncaserne est trop coûteuse pour qu'un même propriétaire puisse bâtir une rue entière. Des familles d'un niveau social différent habitent ainsi côte à côte. Bien plus, dans la même maison on trouve souvent des appartements d'un prix différent, de sorte que la matérialisation extérieure de la séparation des classes sociales est moins frappante que dans les villes anglaises.
A Barmen-Elberfeld, pour la classe ouvrière, la maison-caserne est la règle. 11 nous faut en chercher les causes.
Ce serait résoudre la question trop facilement que de dire : le cottage correspond toujours d'une façon absolue à la formation particulariste, et l'appartement à la formation communautaire. Il y a cependant dans cette formule une part de vérité, mais une part seulement. Le phénomène est conditionné par bien d'autres causes. Ce qui est vrai, c'est que le particulariste a une tendance moins grande à l'agglomération que le communautaire, mais il serait paéril de mesurer le degré de particularisme d'après le seul phénomène de la disposition de l'habitation.
Or, une cause qui a certainement agi à Barmen- Elberfeld est la nature montagneuse du pays. Les citésjumelles sont bâties le long de la vallée de la Wupper, et cette vallée est très encaissée. Aussi, s'étendent-elles en longueur. Pour peu que l'on s'éloigne de la rivière, les maisons vont en s'étageant, et on comprend les difficultés qui surgissent, soit pour la construction, soit pour la voirie, soit pour les transports.
Cette répercussion des conditions géographiques sur l'habitation est, du reste, prouvée par ce fait que le
cottage est plus fréquent dans la plaine voisine, et même dans la vallée de la Ruhr, moins encaissée que celle de la Wupper. Sans doute, les deux types existent ici et là, mais la villa est plus rare dans la Wupper que dans la Ruhr.
La même différence s'observe entre TÉcosse et l'Angleterre. C'est pourquoi il conviendrait de comparer Barmen-Elberfeld à une ville écossaise plutôt qu'à une ville anglaise.
L'un des reproches que le particulariste peut faire à la maison-caserne, telle qu'elle est conçue généralement en France, est la diminution de son indépendance, par suite des attributions importantes données ou prises par le concierge. Or, sous ce rapport, le rôle du portier allemand est tout différent de celui du concierge parisien. En tout cas, il en est ainsi dans toutes les villes que je connais, de Cologne à Hambourg, de Dùsseldorf à Berlin.
Ainsi, par exemple, le facteur ne remet pas les lettres au portier, mais il les porte lui-même dans chaque logement.
Ensuite, chaque locataire possède la clef de la porte de rue, de sorte qu'il peut entrer et sortir à toute heure sans avoir à demander le cordon.
De plus, le portier n'a pas une loge à l'entrée, d'où il peut inspecter les allées et venues; il habite dans une chambre quelconque. Il n'est du reste, à aucun titre, le mandataire du propriétaire, et n'a pas qualité pour toucher les loyers. Son occupation principale est le nettoyage des escaliers et des couloirs.
On le voit, ce système laisse une grande indépendance aux locataires. Je ne prétends pas toutefois que le souci de sauvegarder cette indépendance soit le moteur initial du système dans toutes les cités allemandes
que j'ai visitées, comme nous le verrons plus loin*. Ne retenons pour Tinstant que ce fait, c'est que le système menace moins l'indépendance vis-à-vis du voisinage, et qu'à ce titre, un particulariste peut plus facilement s'en accommoder.
L'appartement Schneider. — Entrons maintenant chez les Schneider. Le père est rubanier et gagne en moyenne 30 marks par semaine, c'est-à-dire 37 fr. 50, près de 2 000 francs par an. Il a neuf enfants : l'aîné fait son service militaire ; les trois suivants travaillent en fabrique, à savoir : un garçon qui vit dans une famille étrangère en qualité de pensionnaire, et deux filles ; trois petits vont à l'école primaire, et il en reste encore deux en bas âge, soignés uniquement par la mère. Il y a donc sept enfants vivant au foyer.
Pour loger à peu près décemment une telle famille, il faut évidemment forcer un peu la dépense de loyer. Schneider paie pour l'appartement qu'il occupe une somme de 90 marks par trimestre, soit 450 francs par an, près du quart de son salaire. La part du budget réservée à l'habitation est donc plus élevée qu'en Angleterre, oii elle ne dépasse guère un cinquième ^ Cela ne signifie nullement — nous allons le voir à l'instant — que l'ouvrier de Barmen est plus exigeant que celui de Leeds. Cela veut dire simplement que les loyers sont plus chers, et c'est là, en partie, la conséquence de la rareté de l'espace disponible, dans une vallée encaissée comme celle de la Wupper.
Pour la même somme environ — 450 francs par an — on a, à Leeds, une maison entière comprenant qua-