‹ La formation sociale du Prussien moderneChapitre 63 sur 96 · Réforme sociale, août 1910, p · texte numérisé non relu

Réforme sociale, août 1910, p

ployés, ingénieurs, etc. Quant aux limites du revenu indiqué, la limite inférieure, 900 marks, est celle en dessous de laquelle on est exempté de l'impôt sur le revenu et la limite supérieure nous paraît plus ou moins arbitraire : la première est certainement trop basse, et la seconde ne doit être retenue que comme une indication très vague, d'autant plus qu'en Allemagne, la question de revenu n'est qu'un élément très secondaire de classification sociale, ainsi que nous le constaterons plus loin.

D'après M. Franz Oppenheimer, de Berlin, le Mittel- 5/aAit/ comprendrait les gros cultivateurs (non nobles), les petits industriels et les artisans aisés ^ Il ne tient pas compte des professions libérales, et il range tous les employés dans la classe inférieure, ce qui nous semble exagéré.

D'autres auteurs indiquent, en effet, outre les éléments précédents sur lesquels tout le monde paraît être d'accord, les employés, les médecins, les avocats, les professeurs, tout au mî^iûs cçux dont les revenus moyens oscilleraient autour de 3 600 marks.

La vérité pour nous est que le MUlelsland existe dans les hiérarchies locales, au moins dans les villes et dans certaines campagnes, mais, dans Tensemble de la nation, le MUlelstand apparaît subdivisé en deux parties, dont l'une a acquis des privilèges qui la rapprochent de l'aristocratie.

Les hiérarchies locales sont d'ordre privé; la hiérarchie prussienne est basée sur des privilèges octroyés par l'État. Une certaine concordance doit pourtant s'établir entre les deux, et c'est là le point sur lequel nos recherches vont porter.

1. L'État, ses origines, son évolution et son avenir, trad. de W. Horn (Giard et Brière, 1913), p. 197.

Mais, on le conçoit, les hiérarchies locales ne sont pas partout similaires. On peut distinguer, en gros, une hiérarchie urbaine et deux hiérarchies rurales: celle de l'Est et celle de l'Ouest. Nous aurons à rechercher la concordance entre la hiérarchie proposée par la Prusse et chacune de ces trois hiérarchies particulières.

La hiérarchie urbaine. — D'après les renseignements que nous avons pu recueillir personnellement, la classe populaire dans les villes se compose essentiellement des familles ouvrières et des petits fonctionnaires ; on pourrait y ajouter les petits boutiquiers et les petits employés, mais ces derniers tendent de plus en plus à passer dans la petite bourgeoisie.

D'une façon générale, \e peuple comprend les familles qui ne veulent s'imposer aucun sacrifice particulier pour leurs enfants. Ceux-ci vont dans les écoles primaires gratuites jusqu'à 14 ans, après quoi ils sont mis en apprentissage pendant deux ou trois ans, mais un apprentissage rémunéré aussitôt que possible, de façon qu'ils ne soient plus une charge pour la famille vers 16 ou 17 ans.

La petite bourgeoisie commence là où l'on cherche à fuir le contact du peuple à l'école et à la caserne, ce qui suppose quelques sacrifices, surtout pour l'année du volontariat. Les jeunes filles ont une dot correspondante, à savoir 1000 ou 2 000 francs consistant surtout en mobilier, linge, etc. Les enfants vont dans les Mittelschulen, puis dans les écoles techniques ou commerciales. Cette classe comprend les petits patrons, les employés, les techniciens de second ordre et les moyens fonctionnaires. Les jeunes gens ne se suffisent guère qu'après l'année de volontariat vers 20 ans. Les jeunes filles en attendant le mariage, sont dactylographes,

institutrices, employées. La femme mariée n'est plus désignée sous le nom de Frau comme dans le peuple, mais de gnàdige Frau, Gracieuse dame.

La haute bourgeoisie, nous le savons, comprend les personnes qui recherchent les titres officiels honorifiques ou les hautes fonctions. Gela suppose que les garçons vont à l'école jusqu'à 22 ou 24 ans et ne se suffisent pas avant 25 ou 26 ans ; le volontariat coûte quelques milliers de marks, et les années d'université de 10 à 12 000 marks. Ils entrent ensuite dans les professions libérales ou dans les affaires.

Les jeunes filles ne vont dans les écoles supérieures que jusque vers 18 ans, mais, en compensation, elles ont une dot en argent de 10 à 15 000 marks, outre le trousseau. La femme mariée porte le titre du mari, et d'une façon générale elle est gnàdigsle Frau (Très gracieuse) ou Wohlgeborene (Très bien née).

Enfin, V aristocratie comprend, outre la noblesse, les fortunes considérables et stables datant de plusieurs générations. Ge sont, d'après M. F. Oppenheimer*, les grands magnats de l'industrie et les princes de la finance. Ils visent les plus hauts titres honorifiques de' l'Empire, comme celui de Conseiller intime de Sa Majesté. Tout en recevant à peu près la même formation que les jeunes gens de la haute bourgeoisie, ceux de l'aristocratie cherchent à se tenir à l'écart, en faisant leur volontariat dans un régiment sélect et en s'affiliant à un Korps universitaire, tout cela suppose une dépense de 30 ou 40 000 marks en quelques années, et une dot équivalente est donnée aux jeunes filles. Elle est même souvent plus considérable, s'élevant à plusieurs centaines de mille marks, lorsque les fils, de leur côté,

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