The sociotogical Review, juillet 1912, p
2, Ainsi les Siemens sont issus d'une famille d'agriculteurs hanovriens. D'autre part, beaucoup d'usines de l'Ouest ont été amenées à créer des succursales ou des maisons de vente à Berlin.
nomies locales, notamment au point de vue religieux (p. 207) ; — que Ion est plus libéral dans l'Ouest (p. 216). J'ajouterai aussi, exigeant le maintien des coutumes traditionnelles.
Ce sentiment est surtout accusé chez les paysans de la plaine saxonne, qui ont réussi à maintenir la stabilité de leurs domaines, en faisant reconnaître leur droit de les transmettre intégralement à un seul enfant, malgré les efforts du gouvernement prussien pour introduire le partage égal. Le code prussien fut introduit dans le Hanovre en 1872. Or, en 1875, le gouvernement royal dut faire une loi sur ces domaines ou Hôfegesetz, d'après laquelle tout paysan hanovrien peut, sans testament, avantager son aîné de 1/3, en faisant inscrire son bien sur un registre officiel spécial.
En Westphalie, le droit commun (Gemeinerecht) dérivé du Code de Justinien, fut introduit en 1848; les paysans de la plaine y furent seuls à faire de l'opposition, mais elle fut si tenace qu'un régime spécial dut leur être appliqué peu à peu, et cela à tel point que, depuis 1898, la plaine westphalienne forme une enclave légale dans le royaume: c'est la région de YAnerbengesetz, loi particulière d'héritage, d'après laquelle le fils aîné hérite du domaine et est avantagé de 1/3 dans toute succession ab intestat, sans qu'il y ait besoin de s'inscrire sur un registre spécial.
Dans l'Est, la transmission intégrale n'existe que pour les grands domaines, tout bien rapportant plus de 6000 marks par an pouvant être mis sous le régime des fidéicommis. Cela n'empêche pas de nombreux domaines — surtout les domaines nobles — d'être souvent vendus, tant il est vrai qu'une loi ne peut donner la stabilité aux familles qui ne sont pas capables d'acquérir cette quahté par elles-mêmes.
Toutes ces différences ne s'expliquent que par une constitution familiale différente. L'autonomie des enfants est plus grande et plus précoce dans l'Ouest que dans l'Est, et dans la plaine que dans la montagne. Dans la plaine saxonne, c'est vers 14 ans qu'un fils quitte généralement sa famille pour aller travailler en qualité d'apprenti sur un autre domaine, ou pour aller suivre en ville les cours d'un Gymnasium. En partant, il a coutume de dire à sa mère : « Das ist ein Abschied fur s Lehen ! 5) C'est un adieu pour la vie ! Ce qui veut dire : un départ pour se faire une vie, et non une séparation à jamais.
Dans l'Est, l'émancipation précoce n'existe que dans les familles désorganisées. Elles sont très nombreuses il est vrai, mais l'autonomie n'est pas un acte préparé plus ou moins consciemment; elle ne résulte que d'un laisseraller coupable, ou ne s'impose que par la lutte. Le fils d'un paysan du Centre me disait : « Mon père m'a battu jusqu'au jour où j'ai été plus fort que lui. Après l'avoir battu à mon tour, je suis parti; faisant alors ce qui me plaisait, et j'ai épousé la jeune fille que j'aimais. » Dans les familles qui restent stables, l'autorité paternelle prévaut et reste compressive, et ce sont elles seules qui supportent les cadres de la société prussienne.
Enfin, si la médisance est loin d'être inconnue dans l'Ouest, il est certain que dans l'Est, elle dégénère plus facilement en calomnie. Dans un article sur la Psychologie de V Allemand du Nord paru dans la Revue^, M. Charles Bonnefon exquisse assez justement les traits distinctifs de l'Allemand du Nord-Est, et raconte qu'on peut lire journellement dans les journaux des
1. Année 1901, 4» trimestre, p. 487. A mon sens cet article aurait dû plutôt être intitulé : « La psychologie de l'Allemand du Nord-Est. »
annonces de ce genre : « Mme ou M. Untel retirent la calomnie qu'ils ont inventée sur le compte de Mme ou de M. Untel, leurs voisins, et déclarent qu'ils les considèrent comme des gens honorables. »
Avec des relations de voisinage de ce genre, la discipline ne peut exister que par une contrainte vigoureuse des autorités policières. Il est vrai que dans l'Ouest, les rapports entre voisins sont un peu meilleurs et la discipline est plus naturelle, mais nulle part, elle n'atteint l'aisance et la spontanéité de la discipline anglo-saxonne.
Les Anglo-Saxons, issus des rivages de la mer du Nord, ont continué le développement de leurs qualités primitives, tandis que leurs frères restés au pays d'origine, voyaient se développer leur contact avec les Hauts- Allemands et les Slaves : au fur et à mesure de l'amélioration des moyens de communication, une espèce de fusion tendant à s'établir entre les différentes parties de la Germanie.
Cette fusion, à mon sens, a amené une certaine régression des populations saxonnes. Si dans le royaume de Prusse actuel, c'est l'Est qui semble dominer, cela provient de ce que l'Ouest n'a jamais pu constituer une hiérarchie sociale aussi complète et sortant d'un esprit purement local. Mais le dernier mot n'est pas dit. La grande industrie moderne a permis la formation de nouveaux cadres qui prendront peut-être la place des anciens.