‹ La forme chrétienne de l'assurance populaire [microforme]Chapitre 8 sur 12 · DS AA ET · texte numérisé non relu

DS AA ET

l'opération de ce système peut prèter à certains abus. Il est du devoir des associations intéressées de se pourvoir contre ces abus, par toutes les précautions que de droit. C’est ce que s’est occupée de faire, à sa dernière convention annuelle, L'Union Franco-Canadienne, qui adhère à ce système de la centralisation; tout comme l’Ordre Indépendant des Forestiers, tout comme l'Ordre des Forestiers Canadiens, lequel, après avoir eu, douze années durant, le système de décentralisation, a cru devoir, depuis deux ans, revenir à celui de centralisation, devant les récriminations unanimes de ses adhérents contre la décentralisation.

La recherche, sinon du meilleur des deux systèmes, du moins des plus sûres méthodes de lappliquer efficacement, voilà un sujet qui mérite l'attention sérieuse et les soins constants, non-seulement des mutualistes, intéressés au premier chef, mais de tous les économistes catholiques consciencieux.

Il me reste à dire comment les associations de mutuadité traitent leurs malades dont l’incapacité devient permanente, la classe de ceux qu’elles appellent leurs invalides. Quand un malade, durant deux années consécutives, a épuisé la somme de secours que représente le maximum du nombre de semaines au cours desquelles l’association accorde son assistance, il est rangé dans la catégorie des incurables et officiellement déclaré invalide, après un examen spécial à cet effet devant le médecin en chef de l'association. Le Bureau de direction ayant ratifié cette décision de son médecin en chef décrète le paiement à cet invalide, comme secours efficace et permanent à

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son incapacité, de la moitié du montant total de son certificat d’assurance (v. g. $500 sur $1,000 }, la balance étant payable à la mort du sociétaire frappé d’inva: lidité, ou lorsqu'il aura atteint l’âge de soixante-dix ans. L'association continue à lui payer de plus, dans la plupart des cas, les secours périodiques du nombre maximum de semaines, chaque année, selon que lautorisent ses règlements. Quelques fois, les associations profitent de cette circonstance d'invalidité pour opérer ‘‘un rachat, comme elles appellent cette opération qui consiste à faire se désister le sociétaire de son certificat total de dotation, moyennant paiement immédiat d’une somme un peu supérieure à la moitié, soit, par exemple, $600 ou $700 sur $ 1,000. C'est que cette avance de 50% du certificat de dotation, plus les secours du nombre maximum de semaines, chaque année, constituent une rude charge pour les associations, pour peu que les cas d’invalidité se multiplient. Aussi, certaines associations, éclairées par l'expérience, ont-elles jugé prudent de s’éviter cette lourde corvée. L'Alliance Nationale s’en épargne une partie, «: pourvoyant à ne payer qu’une seule fois les secours du nombre maximum de semaines (vingt, en son cas) pour la même maladie. L'Union. Franco-Canadienne y échappe plus complètement encore par ses nou-

veaux règlements, en vertu desquels les secours en maladie

cessent, de même que les contributions à cette ‘‘Caisse’”,

‘sur la déclaration d’invalidité, tout comme à l’âge de

soixante-dix ans, et de plus, le paiement de la moitié du certificat n’est effectué que si le bénéficiaire consent à payer, sur cette avance qui lui est faite, l'intérêt à 5%.

On assure mme que le gouvernement de notre province songe à prohiber, comine trop risqués, ces bénéfices d'invalidité, dans la prochaine législation qu’il veut proposer sur la mutualité. Nous estimons qu’il serait sage de prendre cette détermination, à moins qu’il n’oblige les associations à exiger l’intérêt de 5% sur ces avances, qui devien lraient alors de véritables placements des capitaux de la réserve.

Voici encore qui n’est point de minime importance, ce placement judicieux des capitaux du fonds de réserve, tant pour la ‘‘Caisse de dotation’” que pour la ‘‘Caisse des” malades”, de façon à les faire fructifier, et rapporter un intérêt propre à garantir le rendement complet qui est attendu de ces capitaux, dans le calcul des obligations des

associations. Comment assurer ainsi la sécurité de ces capitaux et leur liquidation facile, en tout ou en partie, dans des cas d’urgente nécessité: c’est un problème économique dont se préoccupent à bon droit les mutualistes expérimentés, et pour la solution duquel ils ont lieu de compter sur le concours précieux des économistes catholiques. Il est également question, pour notre gouvernement provincial, de ne point omettre cette importante matière, en légiférant sur la mutualité

On prétend aussi que les pouvoirs publics se proposent d'exiger un dépôt de garantie, comme gage de bonne foi et de sûreté dans les opérations, de toutes les associations de mutualité fonctionnant dans notre province. Ce dépôt: de garantie serait, croit-on, de une piastre par chaque membre admis dans ces associations, ce qui paraîftrait consti-

tuer une proportion raisonnable, pour les plus petités comme pour:les plus fortes de ces associations. Celles de deux cents membres déposeraient $200, celles de dix mille membres, $10,000 au trésor public, sous le contrôle d’un inspecteur spécial de la mutualité, et sous celui du public, au moyen de statistiques officielles publiées chaque année. Une rareille réforme, sans aucunement gêner la mutualité de bon aloi, aurait l’heureux effet de paralyser les fausses organisations qui s’affublent du masque de la mutualité pour exploiter le public, râflant sans pitié les épargnes du peuple pour enrichir certains lanceurs de projets aussi futiles que mirifiques. Ces lanceurs cyniques trouvent toujours moyen de déclarer banqueroute avant que n'arrive le moment de remplir au moins quelquesunes des obligations extravagantes qu’ils avaient assumées pour allécher les gogos, dont ils ont, entre temps, audacieusement empoché les économies. De tels cas ne sont, malheureusement, que trop fréquents, même parmi nous. On verrait avec satisfaction l’Etat y mettre bon ordre. Enfin, ilest assez probable que le gouvernement de Québec jugera apportun d’interdire aux associations de mutualité lapplication de cette clause, assez générale dans leurs règlements, en vertu de laquelle un sociétaire qui se retire après dix ans de sociétariat se voit rembourser la moitié, et s’il se retire après vingt ans, le montant total des contributions qu’il a versées à la ‘‘Caïsse de dotation” de lassociation, Les compagnies d’assurance régulière offrent un avantage analogue, sous l’appellation de “polices acquittées””; mais on est généralement d’avis que les associations de mutualité, avec les taux réduits

qu’elles chargent pour l’assurance sur la vie, pourraient très-profitablement ne point se priver du bénéfice des confiscations de ce chef, ce qui grossirait d'autant les ressources des renoncements (lapses), lesquelles sont appelées à couvrir, dans la plus grande mesure possible, les frais de la mortalité courante.

Je crois avoir exposé, du moins en ses traits principaux, le fonctionnement de la mutualité, dans sa ‘Caisse des malades”, et signalé en même temps quelques-unes des réformes que l'Etat pourrait avantageusement y opérer. Passant outre à des détails de moindre importance, je elos ici ce chapitre.

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Du rôle social de la mutualité

La présente étude n’a point la prétention d’offrir une revue complète de l’inépuisable sujet dont elle s'occupe. On en a écrit et parlé déjà passablement, de ce sujet, surtout en ces dernières années; on en parlera et écrira encore bien davantage, grâce au prestige qu’il commence à exercer sur les esprits dirigeants: on n’aura pas de sitôt réussi à dire le dernier mot sur cette féconde et progressive question.

Ce à quoi l’auteur du présent travail a surtout visé, c’est à l’intégrité et à la sincérité, dans l’exposition des caractères les plus saillants de la mutualité, de sa genèse, de ses développements, de son opération, en Amérique spécialement, du rôle de plus en plus important qu’elle est appelée à jouer dans notre monde économique et social.

Il convient d'appuyer encore un peu sur ce dernier point, d’en montrer même un commencement sérieux de mise en pratique, par l’une de nos meilleures associations de mutualité catholique et française, avant que je puisse

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me rendre le témoignage d’avoir présenté une image adéquate de la sphère d’action embrassée par la mutualité.

Je dis done que la mutualité, bien comprise et bien conduite, peut devenir un agent social et économique de premier ordre, entre les mains des philanthropes catholiques, dignes de leur nom, et voulant se dévouer, par le moyen de cet agent, à la régénération sociale selon l'esprit de l'Evangile.

Nous avons déjà étudié la mutualité dans l’une des plus belles attributions de son rôle économique et social: l'exercice de la solidarité chrétienne dans la bienfaisance et le secours mutuel. .L\, elle apprend aux humbles individus du prolétariat à faire régulièrement des épargnes sur leurs gains quotidiens; elle amène les personnalités des classes plus aisées à grossir de leurs surplus ces modestes épargnes, et tous ensemble, frate‘nellement, elle les fait combiner leurs ressources pour fournir ainsi, à conditions faciles, des secours précieux aux veuves et orphelins des familles pauvres, après le décès du chef ; des secours non moins précieux à ce chef lui-même, quand la maladie vient l'arrêter dans l’acw d'assurer l’existence à ceux aont Dieu lui confia la garde et la responsabilité.

Nous allons, maintenant, voir et admirer la mutualité sous d’autres aspects, non moins édifiants, de son rôle économique et social, religieux même oserais-je écrire.

Au point de vue économique, la mutualité non-seulement provoque l’épargne, mais elle remplit encore les fonctions d’une véritable Caisse d’épargnes, en faisant fructifier les montants qui lui sont ainsi confiés, et de la façon la plus avantageuse. En effet, elle paie à ses dépo-

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sants, quand leurs certificats de dotation viennent à maturité, ou que la maladie les réduit à la nécessité de solliciter des secours, beaucoup plus que l'intérêt ordinaire des Caisses d’épargnes (3%) sur l’argent qu'elle à reçu d'eux. C’est au double, souvent au triple, assez fréquemment dans des proportions bien plus fortes encore, qu’elle leur rembourse les sommes qu'ils lui ont versées aisément, sans se gêner, au lieu de les dépenser en futilités, comme il serait infailliblement arrivé dans la plupart des cas, si toutes ces petites sommes leur fussent restées entre les mains. Qui songerait, en effet, à se rendre résulièrement, chaque mois, verser à la Caisse d’épargnes, un montant de $1.00, $1.50 ou $2.09? Une fois agrégé à quelque association de mutualité, on s’accoutuine assez facilement à respecter l'obligation prise d’y verser mensuellement cette petite somme de $1.00, $1.50 ou $2.00. A la fin de sa vie, ou bien aux jonrs de maladie, où se retrouve ainsi en face d’épargnes, dont la bienfaisante accumulation nous surprend nous-mêmes ; épargnes que l’association de mutualité a, petit À petit, ramassées à notre crédit et qu’elle met généreusement à notre disposition, à l'heure du: plus réel besoin.

N’est-il pas vrai de dire, devant ce spectacle, que le rôle économique de la mutualité est digne des plus sincères louanges ?

Son rôle social n’est pas moins beau, dans son complet développement. Non-seulement elle contribue à développer la solidarité chrétienne, la fraternité entre les diverses classes de la société, mais encore elle aide puissamment à

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fournir un foyer de chaleur au patriotisme, une sphère de ralliement, en dehors et au-dessus des divisions de partis, dé coteries, de groupes, aux concitoyens que divisent les misères de la politique. C’est que, dans son sein, les chicanes du monde où l’on intrigue, où l’on rivalise, où Pon joue des coudes, des pieds et des mains, pour se frayer une route vers le pouvoir, pour s’accaparer les jouissances de la domination, des honneurs, de l’argent, toutes ces chicanes et le cortège d’infortunes qu’elles traînent à leur suite ne sont point de mise. La mutualité bien entendue, c'est un sanctuaire où ne pénètrent que ceux qui sentent le besoin de s'unir pour se protéger plus efficacement, en compagnic de ceux qui ont soif de se dévouer, selon les recommandations du Père commun des fidèles ou les appels de leur propre conscience, au soulagement de l'humanité qui souffre. Ces deux classes ne fournissent guère d’intrigants, quand les individualités qui les composent sont vraiment sincères en leurs aspirations. D'où il suit que la mutualité devient le terrain par excellence d’union sociale, A telle enseigne que de graves penseurs ont pu exprimer lespoir qu’elle deviendrait peut-être la plus satisfaisante solution aux divisions funestes de la politique, particulièrement parmi les patriotes convaincus de notre Canada français, le jour où elle sera plus complètement généralisée chez les nôtres, qui s’y enrôlent en grand nombre déjà; plus parfaitement comprise, en son hor sgénéité nécessaire, aussi bien qu’en son essence véritable, que résume avec assez de précision cette formule: ‘* S’aimer et s’aider les uns les autres ”’. Faisons des vœux pour que ce jour béni ne tarde pas à luire!

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Mais la mutualité nese borne point encore à offrir un terrain d'union sociale et patriotique: elle présente de plus un signe, un gage de ralliement religieux, catholique. A la voix du Saint Père, nous l'avons vue naître ou plutôt prendre, tout d’un coup, de merveilleux développements, dans le vieux monde et dans le nouveau. Dans l’unet l’autre, mais dans ce dernier surtout, les catholiques s’en sont emparés pour combattre la franc-maçonnerie, ennemie jurée de l’Eglise, avec les propres moyens de

‘propagande inventés par cette secte infernale-et ses innom-

brables satellites; pour organiser des associations honnêtes qui ouvrent leurs rangs aux prolétaires de la foi catholique et les empêchent ainsi de s’enrôler dans les organisations mauvaises, devenues si nombreuses. Mais il se trouva que sur ce point, comme sur bien d’autres, pour éprouver la confiance de ses enfants, Dieu avait permis que l'œuvre de Satan prît notableinent de l’avance sur la sienne. Comme il n’en agit ainsi, cependant, que pour mieux montrer sa puissance et sa bonté, il arriva, une fois de plus, que le terrain perdu pût être reconquis, ou, du moins, qu’il se trouve en voie de l'être, lentement mais sûrement. En Amérique, la secte maudite avait jeté de profondes et multiples racines. Pendant longtemps, seule maîtresse du terrain social, au point du vue de la mutualité, elle avait réussi à faire d’innombrables adeptes. De ce nombre, une quantité considérable de nos coreligionnaires, habitués à vivre en contact perpétuel avec des citoyens d’autres croyances et ne soupçonnant pas d’arrière-pensée aux organisations de bienfaisance que ceux-ci mettaient à leur

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disposition; inconseients, pour la très-grande partie, des desseins pervers que dissinulaient les loges, sous le masque d'organisations mutuelles prétendues neutres, accordaient libéralement leur patronage à ces frères perfides. Ts recherchaient candidement, dans les rangs de ces sectaires, les secours ct la protection de la mutualité, dont le catho: licisme n'avait pas encore songé à tirer parti pour «on compte.

Le mal devint même si grand, sous ce rapport, que V Eglise, en sa maternelle sollicitude, jugea opportun d’intervenir pour mettre en garde ses fidèles contre certaines de ces organisations, plus ouvertement dangereuses. C’est ainsi que furent condamnées nommément, et interdites aux catholiques, avec toute la rigueur que pouvaient permettre les circonstances, quelques-unes de ces sectes ou sociétés à base et à tendances maçonniques, telles que les Odd Fellows, les Chevaliers de Pythias, les Templiers, etc,

Toutefois, si les associations les plus indubitablement condamnables purent être frappées d’interdit, d’autres restaient, qui furent assez habiles pour se soustraire aux censures de Rome, par de savantes manœuvres qui dissimulaient suffisamment l’odieux de leurs opérations, sans en changer, pourtant, le caractère faux et dangereux. De nouvelles, surtout, se fondèrent en grand nombre, quand on s’aperçut que l'Eglise organisait la réaction, et que, d'autre part, la mutualité se popularisait aussi rapidement. De ces organisations non ouvertement condamnées, mais assurément équivoques, bon nombre de nos coreligionnaires s’obstinent à faire partie, jusqu’au jour où l Eglise devra de nouveau, intervenir d’autorité, et contraindre

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tous ces imprudents à sacrifier, où les Sommes d'argent ainsi énzlouties à si miivaise enseigne, ou les e msolations de leur foi. ins |

Il est bien vrai que, déjà à l'heure de ces plus récentes fondations de 11 secte maçonnique, I mutualité catholique avait conimencé À maltiplier partout, en Amérique, mais surtout dans le Cana:la français, d'excellentes associations de secours mutuel. Les sociétés St-Jean-Baptiste, les Unions St-Joseph, St-Vincent, ete. ,ete., se fondaient à l’envi et commengçaient à exercer parmi nous leur bienfaisante influence. Elles comptèrent bientôt leurs adeptes, heureusement, par milliers.

Néanmoins, comme il lear manquait le prestige des capitaux, et puis, cette funeste attirance des choses étranzdres, des institutions du dehors, les organisations sectaires, plus ou moins mitigées, avec lauréole dorée, souvent factice, que leur donnent les capitaux plus abondants dans le monde maçonnique ou protestant, continuèrent de fasciner plusieurs d’entre les nôtres et de les attirer à elles invinciblement. Le charme, hélas! est loin d’être rompu, même aujourd’hui encore.

Pour l’entretenir, la mutualité maçonnique a tiré profit du fait que les premières associations de mutualité catholique étaient menacées de s’étioler et de péricliter, à eause de leur nombre restreint d’adhérents; à cause, surtout, du principe de mutualité absolue, printipe fanx et compromettant qu’elles avaient adopté au d‘but. C2: principe avait servi également de point de départ aux organisations sectaires. Mais pouren avoir aperçu plus tôt les périls; pour avoir su, grâce à la force que leur donnait leur mul-

DD impr ne) rond Dé métige

70 LA FORME CITRÔTIENNE

titude d’adeptes, leurs capitaux plus solides en conséquence, rectifier à temps ce faux système, elles en. arguaient de leur supériorité sur la mutualité catholique et vouaient celle-ci à la ruine, alors même que malgré son défaut d’origine, elle était encore en pleine vitalité. Et les nôtres

tournaient aveuglément le dos à leurs institutions religieu-

ses et nationales pour suivre ces enchanteresses trompeuses et leur réserver leurs suffrages.

En vain, de lamentables faillites se produisaient-elles parmi les organisations neutres où maçonniques, pour faire ouvrir les veux à nos gens en leur causant des pertes sensibles de leurs économies péniblement amassées; en vain, les institutions sectaires des Etats-Unis on des provinces anglo-protestantes du Canada, après s'être faites obséquieuses pour racoler les nôtres, devenaient-elles tyranniques ou décevantes dans les directions qu’elles leur imposaient ensuite, le courant qui entraînait nos gens sous leur joug s'était établi irrésistiblemeñt. Encore aujourd’hui, il continue de sévir, en dépit d’un travail de réaction persistant et généreux, poursuivi sous l'impulsion et avec l’encouragement du Saint Père, L'on ne fait que de commencer à entrevoir le jour de salut où il: se trouvera, espérons-le, définitivement endigué.

Il a fallu, pour en arriver là, que la mutualité catholique réalisât des fondations nouvelles, qui la missent sur un pied de parfaite égalité, au point de vue des avantages matériels, avec les organisations rivales de la mutualité sectaire, gardant, d’un autre côté, la supériorité incontestable du cachet national et catholique. De ce moment; mais de ce moment-là seulement, la mutualité catholique

avait atteint à la hauteur de sa mission de ralliement patriotique et religieux. Elle l’a, depuis, eonsciencieusement poursuivie et développée.

C’est au Canada franeais et catholique qu’il était réservé d'appliquer cette formule perfectionnée. de la mutualité catholique, le premier sur notre continent. Les catholiques des Etats-Unis avaient bien pu copier nos adversaires dans leurs premiers.essais et fonder une association puissante comme l’Ordre Catholique des Forestiers, inauguré à Chicago, Illinois, il y à une quinzaine d'années. Mais ils eurent le tort d'adopter l’ancien système, celui de la mutualité absolue, qui est tout à réformer maintenant, sous peine de ruine. Et puis, tout en s#’implantant parmi nous, sous le couvert de la communauté de croyance, cette association catholique n’offrait point à notre patriotisme l'aliment dont il a besoin. Sans compter qu’elle à de plus, cette association des Forestiers Catholiques, ce tort eommun avec les organisations sectaires, qu’elle vient drainer chez nous l’argent de ses nombreux adeptes pour Pamener à l’étranger et diminuer d'autant notre richesse. nationale,

Il y a seulement quelques années, certains esprits dirigeants parmi nos compatriotes s’avisèrent enfin qu’il était possible d'organiser une ou deux bonnes associations de mutualité française et catholique, sur le même type absolument que les meilleures institutions du genre dont dispose la propagande sectaire et maçonnique, et de convier nos compatriotes, plus familiarisés avec la mutualité, plus éclairés sur ses tendances diverses, ses moyens et ses avantages, à en assurer le succès. Il arriva qu’en

LA PORME CHREÉTIENNE

faisant appel au patriotisme françis, à la foi catholique, à la prudence économique et sociale, qui commande de ne point noyer notre influence nationale dans ces institutions anglo-protestantes ou neutres, en très grande majorité; de ne point gaspiller notre richesse nationale, en la livrant, par millions de piastres, chaque année, à des institutions financières de l'étranger, quand il est si facile st si pratique de la conserver chez nous—on a caleulé que de quatre à cinq millions de piastres sortent annuellement, sous cette forme, de notre province—: il arriva qu’on réussit enfin à déterminer les nôtres À se pourvoir d'institutions de mutualité bien à eux, où leur langue, leurs mœurs, leurs aspirations religieuses et nationales pussent s'affirmer à l'aise, sous l’exelusive direction de compatriotes.

L'association pionnière de cette heureuse réforme fut l'Alliance Nationale, fondée à Montréal, en 1892, sous le haut patronage de feu Mgr Edouard Charles Fabre, notre pieux archevêque d'alors, heureux de suivre en cela les instructions de Léon XIIL.

Puis, naquit en 1894, L'Union Franco-Canadienne, pour soutenir et compléter l’œuvre de son aînée. Encouragée et bénie aussi, dès ses débuts, par Mgr Fabre, celleci eut pour fondateur un prêtre aussi zélé qu’intelligent et actif, M. l'abbé Magloire Auclair, curé de la paroisse St- Jean-Baptiste de Montréal et si bien connu par ses nombreuses œuvres paroissiales et humanitaires, qu’a toujours couronnées le succès. Avec lui, pour jeter les premières assises de cette fondation, aux commencements si modestes mais aux progrès si rapides qu’elle semble ce grain de sénc-

vé dont parle le Sauveur et d'où un arbre majestueux devait germer, avec lui collaborèrent des laïques, philanthropes chrétiens du plus haut mérite: tels que M. l'avocat Gustave Lamothe, C. R., président actuel de cette association, M. L.-G. Robillard, l’auteur mutualiste canadienfrançais que j'ai eu occasion de citer souvent, M. le Dr J. I. Desroches, membre de notre Conseil provincial d'hygiène, M. l'avocat Hormisdas Pelletier, un connaisseur et un dévoué, que la mutualité catholique et française espère bien obtenir du gouvernement provincial comme son inspecteur oMiciel et son surintendant de confiance.

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