CHAPITRE SECOND
Ici, aucune trace de spasme. Seuls interviennent des facteurs mécaniques qui, en réduisant considérablement la cavité gastrique ou en apportant une gêne à la pénétration des ingesta, produisent secondairement des phénomènes dysphagiques qui, juxtaposés aux autres troubles et au mauvais état général du malade, font croire à un cancer de l’œsophage.
Le travail initial qui isola et mis au point du premier coup cette variété clinique fut la communication de Soupault, du 27 juin 1902, à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris. Soupault y rapportait quatre observations identiques. Ce sont des malades à passé gastrique, atteints de troubles dysphagiques progressifs, définitifs menant à l’intolérance absolue et à l’inanition et pour lesquels le premier diagnostic porté est celui de cancer de l’œsophage. Ils n’éprouvent pas de véritables douleurs, ni la sensation d’arrêt rétro-sternal que l’on trouve dans les
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rétrécissements, surtout spasmodiques : mais ressentent une sorte de pesanteur égigastrique avec sensation de plénitude. Le cathéter passe tout à fait normalement, et à ce propos, Soupault donne un signe qui est pathognomonique de cette affection.
S1 à l’aide de la sonde qui a cheminé sans aucune résistance jusqu’à plus de cinquante centimètres, on fait pénétrer de l’eau ou tout autre liquide, on constate qu’on ne peut y faire pénétrer qu'un très petit volume. Lorsque la limite de capacité très restreinte du viseère est dépassée, il se produit des efforts de vomissement qui font refluer le liquide dans l’œsophage et dans la bouche le long des parois externes de la sonde au fur et à mesure qu’on lintroduit.
Chniquement, ce sont des estomacs extrêmement diminués de volume, sans sonorité ni clapotage. Le chimisme montre que la fonction secrétoire est aussi totalement anihilée. À l’autopsie, on trouve un estomac de capacité extrèmement réduite, moignon épais, inextensible, incontractile avec un orifice pylorique rigide, plutôt rétréci, tandis que le cardia se trouve béant, facilement perméable, se continuant avec l’œæsophage largement ouvert et de dimensions normales.
Nous rapportons, ci-dessous résumée, une de ces quatre observations de Soupault, pour servir de type à cette variété mécanique
Mme P.., 56 ans, entre pour troubles dysphagiques accentués. Malade depuis quatre mois. Difficulté, puis impossibilité de manger des aliments solides : dans ces cas, sensation de barre au creux de l'estomac et rejet une demi-heure après, A l'entrée, aspect cachectique. Appétit conservé avec tenta-
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tives d'alimentation continues, de sorte que toute la journée se passe à vomir et à cracher. Les liquides rendus sont neutres et le lait n'est pas caillé. Le diagnostic de rétrécissement œsophagien s'imposait. Le cathéterisme fait dans la suite montre que cinquante-cinq centimètres de sonde passe sans la moindre difficulté.
Au creux épigastrique douleur, ni clapotage, ni sonorité ; induration diffuse. Au bout de 25 jours d’hospitalisation la malade meurt. À l’autopsie : estomac petit, masse située à la partie supérieure du creux épigastrique. Surface externe lisse, pas d'adhérence. Parois épaissies et sclérosées. Cavité extrêmement réduite, parois presque accolées. Surface interne mamelonnée de dosités peu saillantes. L'œsophage est perméable, la cardia béant.
— Faisant ensuite une incursion dans la littérature médicale, Soupault relève quelques observations présentant des analogies avec les siennes et paraissant relever du même complexus symptomatique (Observations de Raoult, de Deguy, de Caussade et Rénon).
Brühl, dans la même séance, rapporte un Cas qui rappelle ceux que Soupault vient de décrire : c’est un homme atteint depuis dix ans de troubles dysphagiques avec vomissements et qui semble atteint de gastrite atrophique.
Depuis, tous les auteurs qui se sont occupés de la question ont confirmé les dires de Soupault. Mathieu et Roux insistent sur le rôle de la microgastrie dans la dysphagie ; la linite plastique étant nrise comme type de microgastrie. Bard note le cancer cylindroïde sous-muqueux ou linite plastique de Brinton, qui substitue des symptômes d’apparence @sophagienne aux symptômes pyloriques ordinaires :; et le cancer juxta-cardiaque avec sténose secondaire qui simule le cancer de l’œsophage. Hayem et Lion concluent de même. Cade décrit longuement et dans tous leurs détails « les symptômes œsophagiens et pseudo-