CHAPITRE VII
Préformation et Épig'enèse.
Isotropie et Anisotropie de l'œuf.
Spécificité des Feuillets.
La théorie ancienne relative à la préformation de toutes les parties de l'embryon dans l'œuf est complètement abandonnée et n'a plus aujourd'hui aucun partisan; mais, si tout le monde accorde que les parties du futur embryon ne sont jpas préformées, beaucoup d'auteurs [Roux, Weismann, etc.] admettent volontiers qu'elles sont à tout le moins prédéterminées et qu'à chacune correspond une quantité de substance spéciale concentrée en un endroit particulier : de telle façon que d'après cela on devrait pouvoir dans Tœuf, en enlevant une de ces régions définies, supprimer l'organe qui y était préfixé.
En dehors des combinaisons théoriques que nous avons exposées p. 241, cette manière de voir parait trouver un certain appui dans quelques faits très intéressants, et il faut en faire une assez délicate critique pour montrer que son fondement n'est pas très stable.
Dès 1886 L. Bard* avait appelé l'attention sur ce que, les cellules du corps provenant toutes de la cellule œuf par des bipartitions répétées, le processus morphogénique fondamental peut être figuré par une sorte d'arbre généalogique à ramifications dichotomes, de telle façon qu'en jetant les yeux sur cette représentation on se rend compte de quelblastomère du stade 2, 4, 8, 16, etc. proviennent tels ou tels groupes d'organes. De la sorte l'on peut imaginer que si le blastomère origine avait été supprimé le groupe cellulaire dérivé l'aurait été aussi. Si cette supposition était fondée, ce qu'il s'agit de savoir en fait, il en résulterait que de très bonne heure, dès le stade 4 ou 2 par exemple, les blastomères, quoique identiques en apparence, seraient déjà spécifiés ou spécifiques. On ne doit ni admettre ni rejeter cette conception sans préciser exactement les questions de méthode qui doivent intervenir.
D'une façon statique, en négligeant l'accident ou la variation, on
1. L. BA.RD. La spéci/icUé cellulaire et Vhistogenèse chez H embryon. Archiv. de Physiologie, 1886.
CINEMATIQUE
conçoit que les œufs de chaque espèce animale se développent dans les mêmes conditions moyennes, et subissent d'une façon normale, c'est-à-dire très fréquente, la même segmentation donnant le même nombre de cellules; et de chaque cellule, fixée par la pensée à un moment donné, procèdent normalement les mêmes organes dans tous les cas. Il est donc exact dans une vue statique de dire que chaque
blastonière est spécifique, puisqu'il donne ^ I toujours les mêmes parties de l'embryon.
Mais cette spécificité de fait, est-elle simplement le résultat ordinaire des conditions moyennes, ou bien est-elle une né- ^ cessité fondamentale, essentielle, qui
doive même prendre place dans le concept germel Ce second aspect de la question est plus intéressant que le premier, et cl; l'on doit rechercher dans les données éta-
[ blies à l'heure actuelle la réponse qu'il est
d; possible d'y faire.
Chabry, le premier, tenta au cours de
la segmentation de crever un blastomère
sans léser les autres : il avait choisi
^ comme objet de ses études les œufs de
j Tuniciers. Les résultats indiscutables de
ses minutieuses expériences furent que si l'on supprime un blastomère du stade 2 l'évolution du blastomère restant continue, et donne naissance seulement à un demi-embryon (fig. 541). Si l'on crève un blastomère du stade 4, on supprime du même coup 1/4 d'embryon.
En 1888, W. Roux opère sur des œufs de Grenouille, et tuant avec une aiguille chaude un blastomère du stade 2 obtient avec le blastomère restant une demi-morula, une demi-gastrula et un demi-embryon.
De ces expériences il paraît légitime de conclure que l'œuf n'est pas une sphère indifférente, dont toutes les parties sont susceptibles du même avenir : qu'en un mot il n'est pas isotrope. Le premier sillon de la segmentation ne fait, semble-t-il, que d'écarter des matériaux qui étaient déjà placés, et traduit seulement aux yeux que l'œuf avait une moitié droite et une moitié gauche correspondant chacune à une moitié de l'embryon.
On peut déjà objecter à ceci que le premier sillon de segmentation n'est pas tellement fixe par rapport à l'orientation normale de
Fig. 541. — Embryon d'Ascidie dont un blastomcrodu stado II est mort spontanément (CuA-