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DIFFÉRENCIATIONS RÉGIONALES

cie le type vertébré du type arthropode, la lame impaire sert de godille ayant pour effet la propulsion du corps en avant, et la lame paire fonctionne comme un appareil de direction ou plus exactement de station à la façon de ce que les bateliers appellent une drômey pièce flottante disposée de part et d'autre d'un bateau mal lesté pour l'empêcher de chavirer. La lame impaire n'a pas tardé par son fonctionnement même à se développer davantage dans la région postérieure, et c'est pourquoi celle-ci est devenue de plus en plus musculaire, perdant son intestin, presque entièrement sa cavité générale et devenant ainsi une queue. Par un balancement naturel, la lame paire a pris son développement maximum dans la région antérieure pour disparaître presque dans la région postérieure.

La partie restante de la lame paire subit d'ailleurs en ses deux extrémités des influences différentes : dans sa partie postérieure voisine de la région locomotrice, elle concourt avec celle-ci à la propulsion, tandis que la partie antérieure se spécialise de plus en plus non seulement pour la simple station mais pour une direction compliquée, d'autant mieux que l'hydrostation simple se trouve assurée par le développement d'un appareil nouveau, la vessie natatoire, agissant dans le corps du Poisson h Tin verse d'un lest et produisant les mêmes effets de station que celui-ci. Il est aisé, si on observe un Poisson qui nage doucement, de voir sa nageoire caudale animée de mouvements d'hélice et ses nageoires pectorales, qui sans doute peuvent à l'occasion lui imprimer un mouvement en avant, agir surtout pour orienter sa course.

Pour les Vertébrés terrestres, le rôle propulseur de la queue se trouve fort réduit; elle n'est plus qu'un organe inutile traînant à la remorque et alourdissant extrêmement l'animal : sa masse musculaire, qui n'a presque plus jamais occasion d'exercer sa force, s'atrophie et régresse presque totalement d'une façon dont on suit les progrès des Batraciens urodèles aux Reptiles et aux Mammifères.

Les membres pairs au contraire acquièrent d'autant plus de puissance qu'ils s'efforcent non seulement à mouvoir l'animal, mais encore à le soulever de terre, et dans tous les cas le membre postérieur reste le plus expressément propulseur en acquérant une musculature puissante, mais simple quant aux mouvements dont elle est susceptible. Le membre antérieur, au contraire, capable évidemment de prendre part à la propulsion, demeure néanmoins spécialement directeur, et sa musculature, moins forte que celle du membre postérieur, est beaucoup plus compliquée et capable de mouvements beaucoup plus variés. Il y a entre les ceintures scapulaire et pelvienne des Vertébrés les mêmes rapports qu'entre

celui-ci étant plus

Tavant-train et rarrière-train d'une voiture robuste, celui-là étant plus machiné.

En m(^nrie temps que se poursuit toujours dans le même sens une différenciation réglée par les conditions du milieu et les

efforts de Tanimal, on voit survenir dans l'allure de celui-ci une modification corrélative.

Les ondulations latérales du corps, en usage pour la marche aquatique (Kg. 601) et qui ont imprimé sur la forme de l'être de puissantes transformations musculaires, persistent d'abord en raison même de ces transformations, et nous voyons encore les Batraciens et les Reptiles se déplacer à terre en ondulant latéralement comme ils le feraient dans l'eau (fig. 602). C'est ce qu'on appelle la marche rampante. Les Mammifères, au contraire, fléchissent dans leur plan de symétrie même, ondulant à chaque foulée de haut en bas et non plus de droite à gauche et de gauche à droite. Il est intéressant de noter qu'ils ont gardé cette attitude enre- * prenant la vie aquatique. Un Cétacé qui nage se déplace avec l'attitude d'un Chien qui galope et non avec celle d'un Poisson.

On peut chez les Vertébrés invoquer un certain nombre de données embryologiques ou anatomiques bien nettes, en faveur de l'interprétation que nous venons d'exposer :

1* L'ébauche des membres pairs s'étend d'abord sur un nombre de métamères extrêmement grand. En faveur de cette proposition

Fig. 601. — Marche d'un Squalo (I) et d'un tôtard de Grenouillo (II), (Marey).

Fig. 602. — Marche d'un Gecko (Maivpy).

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plaide Tobservation de Balfour que nous rappelions plus haut. De plus chaque myotome du corps envoie un prolongement dans les lames latérales, et nous avons relativement au nombre de segments qui se comportent ainsi une donnée précise de Guitel, qui compte pour la nageoire du Cycloptère des prolongements musculaires provenant, comme on le voit par la figure 603, des onze premiers métamères postérieurs à la tète.

2® Pour le rôle primitif de simple station que nous attribuons h la lame paire, nous croyons pouvoir indiquer le développement du squelette dans le membre et la ceinture, tel qu'il résulte notamment des recherches de Wiedkrsheim.

C'est dans la lame latérale que se montre, en premier lieu, l'appareil de soutien sous forme d'un épaîssissement cartilagineux qui d'abord n'intéresse pas le tronc, (fig. 604, /). Puis le cartilage gagne le mésenchyme du tronc (fig. 604, II) du côté dorsal oii il produit la lame scapulaire

Fig. 603. — Développcmont des nageoires dans CyclopUrus luinpiis (Guitiîl).

ûP, œil, a«, oreille; iVD, nageoire dorsale; JVF, nageoire ventrale; m^^ mg, //'io> prolongements des myotomes concourant à la formation du membre.

JII

Fig. 604. — Développement du squelette du membre et de la ceinture chez les Vertébrés, d, musculature dorsale; i^, musculature ventrale; m, os du membre; 5, scapulum; C, coracoïdo .

ou iliaque, s, et du côté ventral où il donne la lame coracoïde ou ischiopubienne, c. Tout ceci constitue encore un appareil rigide

quî peut jouer un efficace rôle de station par sa rigidité même. C'est dans la suite seulement que Ton voit, dans les deux régions

où se sont localisés les ]*^ hd appendices, se faire

une fragmentation et apparaître entre les trois pièces désormais séparées une articula- - tion, résultat de mouve-

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