CHAPITRE V
Parasitisme.
Parmi les diverses manières de vivre qui impriment aux animaux des habitudes, et qui par suite leur imposent Tusage exagéré de certains organes et le manque d'usage de certains autres, le parasitisme en est une qu'il convient d'étudier spécialement.
Les modifications qu'il entraine en effet sont extrêmement importantes, capables de bouleverser entièrement une forme et de la rendre méconnaissable. En outre, ces modifications se manifestent sur des êtres très nombreux et très variés.
Le parasitisme chez les animaux qui s'y livrent présente des degrés; et naturellement aussi les effets qu'il produit sont gradués de la même manière. C'est cette gradation concomitante qui permet justement de rattacher les effets à leur cause. De là résulte cependant qu'il est difficile de donner une formule brève pour définir les parasites et le parasitisme, par le fait que cet état n'est pas une seule chose fixe, mais comporte une série de manifestations dont on peut seulement dire qu'elles sont plus ou moins éloignées d'un phénomène étalon, le prédatisme, qu'il est aisé de caractériser.
Un animal prédateur est celui qui fait sa proie d'un autre être vivant, s'en saisit, le tue d'un seul coup et s'en repaît. Sont prédateurs également les animaux qui, incapables de tuer une proie, s'emparent de celles qu'ils rencontrent mortes d'un accident quelconque.
Le parasite s'écarte des deux catégories précédentes parce que sa proie n'est pas morte et qu'il ne la tue pas. Sans aller jusqu'à détruire, au moins rapidement, sa proie, que dans ce cas particulier on appelle son hâle, le parasite vit soit de la substance de celle-ci, soit des aliments qui ont été élaborés pour entretenir cette substance.
Le parasitisme est donc assez facile à distinguer du prédatisme. Il se relie au contraire par une série très continue à une autre catégorie de phénomènes qui en semblent au premier abord beaucoup plus différents, à savoir : l'association et la symbiose.
Les phénomènes d'association avec aide réciproque sont très répandus chez les animaux; leur étude mériterait d'être faite en détail, mais elle appartient plutôt à la Psychologie, à la Morale et à
la Sociologie comparées qu'à la Zoologie proprement dite ; aussi ne comptons-nous pas en parler longuement, si ce n'est dans la mesure
où les habitudes sociales ont pu avoir un retentissement prononcé sur la forme*.
Pour le chapitre particulier que nous écrivons, les sociétés de deux membres seulement sont au reste plus intéressantes que les grandes sociétés.
Nous n'en voulons citer que quelques cas, juste assez pour faire com-
Fïg. BIS. — AdamsiapalUata et BenuirdVErmite{\îiDRRs). prendre la faÇOn dont
/vn, filets mësentéroïdes de l'Actime. \q parasitisme s'v rat-
tache*.
Parmi les plus connues de ces associations, il faut signaler celle du Bernard r Ermite et d'une Actinie du genre Adamsia. Le Bernard l'Ermite {Pagurus) est un Crustacé qui vit dans des coquilles de Gastéropodes rencontrées vides ou dont il a mangé le propriétaire; très souvent sur cette coquille se fixe une Adamsia. On a vu le Crustacé la nourrir en lui passant avec ses pinces des débris d'aliments ; lui-même dissimule ses appétits carnassiers à l'aide de cet animal peu suspect dont il porte parfois deux ou trois bien plus volumineux que celui dont notre figure donne la représentation (fig. 618). Quand le Bernard, à l'étroit dans sa coquille, s'introduit dans une autre plus grande, il en informe l'Actinie qui se déplace avec lui. Il s'agit donc là d'une véritable symbiose ou d'un consortium avec bénéfices réciproques.
Il en est de même dans le cas de la Moule et du Pinnothère, sorte de petit Crabe qui vit à l'abri entre les valves de la coquille du Mollusque. Il en sort pour rechercher sa nourriture; mais à la moindre alerte il rentre à l'abri, et pince le Mollusque qui profite de l'avertissement pour fermer les valves garantissant les deux associés.
A côté de ces associations symbiotiques, où le bénéfice est pour l'un et l'autre et que l'on pourrait appeler équitables, s'en trouvent d'autres où les profits ne sont plus retirés que par l'un des participants, sans toutefois que l'autre ait à en souffrir.