‹ La forme et la vieChapitre 215 sur 243 · SV · texte numérisé non relu

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Fig. 718. — Af larve de Doliolum MiiUeri; jB, larve plus Agée de Doliolum EhrenbergU (Uljam>). e/*, enveloppe de Tœuf; iV, ganglion nerveux; c, cœur; ch^ urocordc; sd^ stolon dorsal; svy r(sv)^ stolon ventral, organe en rosette.

sont le siège ainsi que les Bryozoaires et généralement tous les animaux fixés qui bourgeonnent. Nous avons suffisamment dit (p. 585) en définissant rigoureusement le terme génération que ces phénomènes ne présentent pour nous rien qui puisse justifier le terme d'alternance de générations.

Chez les Salpes, la période de liberté larvaire se trouve plus réduite encore, car ils se développent attachés à l'organisme maternel par un tissu nommé placenta (voir p. 775) Ils sont donc vis-à-vis des Doliolum dans le même rapport que les Molgulidés

vis-à-vîs des autres Ascidies. Les embryons n'ont jamais de vie libre ni d'organes locomoteurs, ils n'ont donc point à perdre ceux-ci en devenant flottants; leur vie indépendante est tout de suite immobile et aussitôt ils présentent les phénomènes du bourgeonnement.

La vie larvaire de l'embryon du Pyrosome existe à peine parce que non seulement l'œuf se développe dans l'intérieur de l'organisme maternel, mais de plus parce

qu'il est surchargé de vitellus nu- . CL

tritif. La segmentation donne un blas- (*K toderme dans lequel commencent à se différencier les tissus. Sur l'être inachevé qui s'ébauche et qu'on nomme le cyathozoïde (fig. 719), se -t développent immédiatement quatre bourgeons, dont chacun reproduit la c^ forme d'un petit Tunicier. Nous voyons dans ce fait l'exagération seulement des phénomènes dont nous .

venons de suivre la série, et, si ^' curieux qu'il soit, il reste très étroitement attaché à tous ceux que

nous avons exposés. Il est le ré- -.y / /

sultat dernier de l'immobilité par ^

n .. • .s ' Fig. 719. — Cyathozoïde (Kowalewsky).

flottaison, poussée a son maximum, ^ ,. ... ^^ , ^„ ,.

' r , ^ ' Cyathozoïde :C£, cloaque; CiV, ganglion

chez des animaux dont la vie ne nerveux ; i?C, ectoderme ; r,vitellu8;Cr,

comporte aucune époque de liberté l^::^^Xt^:nr:::^

active. styles; fby fentes branchiales.

Dans tout ce qui précède, nous avons indiqué le bourgeonnement comme consécutif à la métamorphose régressive, laquelle elle-même a pour déterminisme l'immobilité. Nous n'avons trouvé dans les faits énoncés rien qui s'oppose formellement à cette manière de voir. Il faut maintenant signaler le cas très curieux de certaines Ascidies composées, appartenant aux familles des Didemnidee et des Diplosomidœ y dans lequel les phénomènes semblent être intervertis et où l'on voit apparaître le bourgeonnement d'une façon très précoce. De jeunes bourgeons se forment en effet, ainsi que Kowalewsky l'a reconnu le premier, sur la larve libre et encore pourvue de son appendice caudal. Ces bourgeons précoces présentent les remarquables phénomènes de concrescence et de confusion organique que nous avons décrits (p. 594). Mais ceci n'est pas en question pour l'instant; le point embarrassant pour nous est que nous voyons des bourgeons se former sur un être libre, tandis que nous inter-

prétons dans le cas général Timmobilité comme la cause du bourgeonnement. La considération des formes flottantes et très peu mobiles, Pyrosomes et Salpes, nous suggère pour explication que sans doute, vers la fin de leur vie larvaire, au moment où elles bourgeonnent et un peu avant de se fixer, les larves de Didemnum et de Diplosomum ne sont plus guère actives. Elles doivent le plus souvent se laisser flotter et n'utiliser leur queue que dans des circonstances tout à fait exceptionnelles, par exemple quand elles sont prises sur un filet fin. Cette paresse supposée, état précurseur de rimmobilité totale, peut déjà permettre l'apparition des premiers bourgeons.

Les Crustacés fixés comme les Cirripèdes subissent une métamorphose peu importante relativement à toutes celles dont nous venons de parler. La disparition des organes sensoriels que portait la larve Cypris concorde du reste entièrement avec les phénomènes généraux.

Les Échiures, êtres peu mobiles, éprouvent une transformation dans laquelle il faut voir une métamorphose régressive qui les fait descendre de la forme annélidienne, c'est-à-dire des Polymétaméra, h une forme aussi simple sinon plus que celle des Paurométaméra. Chez les Echiures, en effet, d'après les données de Hatscheck, la larve Trochophore se développe d'abord en un organisme sur lequel on compte jusqu'à quinze somites mésoblastiques, séparés les uns des autres par des dissépiments. Puis, tout ceci régresse, et il ne reste plus qu'une seule grande cavité générale communiquant avec le dehors par deux paires de néphridies, dont l'une est décrite comme glandes anales.

Disons encore pour clore ce chapitre que les animaux fixés ont une tendance marquée à devenir hermaphrodites, même s'ils appartiennent à un groupe où les sexes sont ordinairement séparés. Des phénomènes semblables se manifestent aussi chez les parasites, et nous serions d'après cela tentés d'en rapporter la cause à l'immobilité qui est une circonstance connexe de leur état parasitaire.

Il est intéressant de remarquer que dans les cas où l'hermaphroditisme n'est pas atteint, la forme mâle est extrêmement différente de la femelle. D'une façon générale elle est beaucoup plus petite, d'où le nom de mâle pygmée qu'on lui donne; elle est en outre moins dégradée par l'immobilité à nutrition active ou parasitaire que ne l'est elle-même la femelle.

Nous parlerons avec détail de ces remarquables phénomènes dans un chapitre suivant ; indiquons seulement ici qu'on les rencontre à des degrés divers chez des animaux flotteurs comme l'Argonaute, chez des animaux peu mobiles comme la Bonellie, chez des êtres

tout à fait fixés comme les Cirripèdes^ ou encore comme une conséquence de rimmobilité parasitaire chez les Copépodes et chez les Isopodes.

La variété des embranchements (Mollusques, Vers, Arthropodes) où ces phénomènes surviennent nous indique assez que la cause doit en être cherchée dans l'état actuel commun à tous ces animaux.

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