‹ La forme et la vieChapitre 58 sur 243 · TERS · texte numérisé non relu

TERS

A la suite de longues recherches, GoLGi avait cru pouvoir substituer à la précédente l'interprétation générale suivante (fig. 137) :

1« Les prolongements protoplasmiques courts et ramifiés ne s'anastomosent pas entre eux;

2^ Les prolongements de Deiters portent, la plupart du temps, des ramifications latérales parfois assez compliquées ;

3^ Les ramifications latérales sont anastomosées avec celles qui proviennent des cylindres axes voisins. De telle sorte que, pour cet auteur, le courant nerveux passe de cylindre axe à cylindre axe, sans jamais traverser le corps cellulaire, qui est ainsi placé hors du circuit et n'a plus dans l'appareil entier qu'un rôle trophique.

Plus récemment, Ramon y Cajal confirme les deux premières propositions de GoLGi, à savoir : que les prolongements protoplasmiques courts ne s'anastomosent pas entre eux et que les cylindres axes ont des ramifications latérales; mais il conteste que ces ramifications aient entre elles aucune anastomose (fig. 138). La conception relative au passage du courant nerveux devient alors tout autre que celle de GoLGi : elle fait rentrer dans le circuit nerveux le corps cellulaire et elle remplace le parcours continu par un parcours discontinu, où se font seulement des contiguïtés provisoires. Elle supprime, en un mot, l'assimilation du courant nerveux h un courant électrique, et

Fig. 137. — Schéme dos idées do OoLoi sur les rapports des cellules nerveuses.

c, corps cellulaire; pp, prolongements plasmiques ; cy, cylindre axe ; ac, anastomoses de ses collatérales ; V, vaisseau sanguin.

lui substitue la conception de contacts légers que se transmettent

les cellules de proche en proche.

La plupart des hîstologistes contemporains ont adopté cette manière de voir; quelques-uns cependant s'en défendent encore, et, parmi ceux-ci, Apàthy continue à soutenir qu'il y a entre les prolongements cellulaires de nombreuses et fréquentes anastomoses.

Pour notre part, nous pencherions h considérer comme vrais tous les faits recueillis par ces observateurs habiles et consciencieux, d'autant plus qu'ils ne nous paraissent pas contradictoires. Le protoplasme qui forme les éléments nerveux n'est point entouré d'une membrane, et se montre particulièrement fluide par la raison qu'il coule en innombrables filets ramifiés. Rien de surprenant à ce que ces filets, s'ils en rencontrent d'autres, puissent confluer avec eux Rien de surprenant encore à ce que, si quelque contraction survient, les minces continuités qui viennent de s'établir puissent être rompues, en sorte que, suivant les régions, suivant

les moments, suivant la rapidité d'action des réactifs employés pour

l'étude, etc., etc., on peut voir tantôt des

continuités et tantôt des discontinuités ; et

les phénomènes de la vie nerveuse ne sont

probablement que l'alternance des soudures

et des ruptures qui se succèdent.

Dans tous les centres nerveux, mêlés

avec les éléments fondamentaux, existent

des cellules dont les prolongements ramifiés paraissent tous de la même nature

(fig. 139) : on les appelle cellules de névro-

gliey et on leur attribue un rôle de soutien

ou peut-être d'isolement. Jamais personne

en effet n'a décrit d'anastomoses entre elles ^.^ ^3^ __ ^^,j^j^ ^^ névrogiic

et les cellules nerveuses ; les deux protoplasmes pouvant n'être pas miscibles. Nous ne nous étendrons pas

Fig. 138. — Schémc des idées de Ramon y Cajal sur les rapports des cellules nerveuses, c, corps cellulaire; pp, prolongements

plasmiques cellulipétes ; cy, cylindre axe

cellulifuge; et, rapports de contiguïté

entre les cellules.

davantage sur les cellules de cette sorte, et nous allons décrire seulement la façon dont s'arrangent entre eux les éléments nerveux proprement dits dans les principales régions des centres, à savoir : chez les Vertébrés, la moelle épinière, le cervelet et l'encéphale, et chez les Invertébrés, les ganglions cérébroides et ceux de la chaîne longitudinale.

On connaît depuis longtemps, dans la moelle épiiiière des Vertébrés, une zone périphérique de sub- r I stance blanche, et r une zone centrale de 1 substance grise, la

première entière- rÀ

ment constituée par des cylindres axes, et la seconde contenant en outre de ceux-ci de nombreux corps cellulaires.

L'attache des racines nerveuses, postérieure et anté- v^jv

rieurc, que les expé- Pig. 140. — Coupe transversale de moelle épinicro, très simplifiée

riences de Bell et d.pré. r. y Ca^ai.

d^ . Ci!, cellule radiculaire; d, cellules cordonales; ca, cellules com-

e MâGENDIE avaient missurales ;cca, cylindre axe d'une cellule commissuralo;/^, fibres fait reconnaître res- d'arrivée du nerf spinal; cfs, collatérale d'une fibre spinale.

pectivement pour

sensitive et motrice, conduisait également à décrire les cornes postérieures de la substance grise comme le centre récepteur des impressions périphériques, et les cornes antérieures comme le centre transmetteur des impulsions motrices. On croyait en outre que la corne postérieure était formée de cellules nerveuses plus petites, notablement différentes des grosses cellules de la corne antérieure, et Ton distinguait ainsi dans la cellule nerveuse deux variétés formelles répondant a deux façons de fonctionner, conception que les recherches nouvelles ont montré n'être pas exacte.

Plaçons dans ce cadre les éléments reconnus par les histologistes modernes. D'abord, s'il est vrai qu'il y a dans chaque nerf spinal une racine motrice et une racine sensitive, il n'est pas juste de dire qu'il existe une corne motrice et une corne sensitive dans la substance grise. Les cellules s'intriquent plus ou moins et on les distingue surtout par la région où arrive leur cylindre axe. Pour nous tenir aux éléments principaux, on peut dans la substance grise de la moelle signaler les cellules cordonales^ d (fig. 140), dont les cylindres axes

se rendent dans la substance blanche aux cordons situés ]de leur côté, et les cellules commissurales, ca, dont les cylindres axes gagnent les cordons situés du côté opposé. Dans un cas et dans Tautre, le cylindre axe d'abord horizontal se divise en deux branches, Tune qui monte et l'autre qui descend, et chacune de celles-ci redonne des ramifications horizontales qui rentrent dans la substance grise,

pour y fournir des termi- ^T\ -- naisons arborescentes, c/i, ^^ — *'" ^^ > et établir ainsi la communication des diflFérents niveaux entre eux. Souvent le cylindre axe horizontal, au lieu de se diviser en deux branches verticales, fait un simple y, coude et devient ainsi une fibre verticale, soit ascendante, soit descendante.

Une autre importante ^ catégorie d'éléments consiste dans les cellules radiculairesy CR. Elles sont de grande taille, et leur cylindre axe se rend directement dans la racine nerveuse motrice.

Pour être complet, il faudrait signaler encore d'après Ramon Y Cajal, les cellules pluricordonaleSy dont le cylindre axe se divise et fournit des fibres qui se rendent dans plusieurs cordons, et aussi les cellules à cylindre axe court y dont les ramifications se font dans la substance grise elle-même, et semblent établir des liaisons entre les cellules rapprochées.

D'un autre côté, en entrant dans la moelle, chaque cylindre axe, élément de la racine sensitive, se divise en deux branches verticales (fig. 141) : l'une ascendante, l'autre descendante; et celles-ci produisent des collatérales horizontales, qui viennent se terminer par des arborisations dans la substance grise. Les unes arrivent directement jusqu'aux cellules radiculaires, et les autres, terminées parmi les cellules commissurales ou cordonales, peuvent par leur intermédiaire aller ébranler des éléments moteurs situés à des niveaux variés.

Fig. lil. — Coupe longitudinale de la moelle épinière (schéma).

SB, substance blanche; 5C, substance grise; A5, racine nerveuse sensitive ; RM, racine nerveuse motrice ; gs, ganglion spinal; r^, r^, C3, cellules cordonnales; r, cellule radiculaire.

Ou conçoit, par cette disposition même, quelles infinies combinaisons de contact s'établissent à la suite d'un ébranlement donné, et surtout de quelle façon celui-ci arrive h intéresser une longue région de la moelle et, par suite, à faire contracter des muscles nombreux et à produire des mouvements compliqués.

Dans le cervelet les cellules nerveuses sont pour le moins aussi intriquées que dans la moelle et présentent entre elles des rapports extrêmement complexes. Lorsqu'on coupe le cervelet, on reconnaît sans peine qu'il est, comme la moelle, formé d'une substance grise et d'une substance blanche. Mais ici la substance blanche est interne, la grise est périphérique et constitue ce que parfois on nomme l'écorce.

L'écorce se subdivise en deux zones contenant des cellules de divers aspects : à l'extérieur la zone moléculaire, où l'on trouve les cellules de Purkinje et les petites cellules étoilées superficielles et profondes^ à l'intérieur la zone des grains contenant les cellules nommées grains et les grandes cellules étoilées. La substance blanche est constituée par des fibres ascendantes et descendantes. Les fibres descendantes sont les cylindres axes des cellules de Purkinje, et les ascendantes, venues de la moelle, sont de deux sortes : les unes dont les arborisations terminales possèdent de petites aspérités, qui ont valu à ces fibres le nom de fibres moussues^ les autres, dites fibres grimpantes^ qui cheminent jusque dans la zone extérieure de l'écorce et s'y terminent au milieu des cellules étoilées et des cellules de Purkinje. Le tableau suivant présente d'ensemble le groupement de ces divers éléments.

Cellules de Purkinje

t l OTiDorn »xTr-ci \ ZONE MOLÉCULAIRE l Petites celluleS I r • Il . e A

H l SUBSTANCE ) /a» -u } superficielles et profondes.

Page 1