DE LA STATIQUE
Bien que la Statique use, comme nous Tavons dit, d'une abstraction puissante pour réduire l'étude des faits h Tétude des faits fréquents, elle ne supprime pas du même coup toute possibilité de construction théorique. On pourrait même dire au contraire que la méthode suivie, en limitant le champ de l'observation et de l'expérience, accroît celui de la théorie et laisse à l'esprit humain plus de liberté pour encadrer les données de la science dans ses combinaisons subjectives et à priori.
Les théories générales dont la méthode statique a permis l'épanouissement sont relatives soit aux qualités de la forme, soit aussi à celles de la structure.
CuYiER est l'esprit qui, entre tous, a le plus exactement fourni des concepts statiques, et non pas d'une façon intermittente ou partielle, comme presque tous les naturalistes l'ont fait, mais d'une façon continue et en quelque sorte permanente : c'est ce qui constitue sa forte originalité. Il n'a pas émis une seule proposition qui ne fût expressément statique; et il se distingue même à ce point de vue des auteurs dont les données ont le plus semblé consolider ses enseignements, par exemple de von Bâer. Ce dernier reproche à CuviER d'avoir établi ses embranchements sur la notion de plan^ c'est-à-dire sur les rapports de position relative entre les diverses parties d'un être, en dissimulant qu'il y avait en même temps lieu d'introduire la notion d'une certaine complication organique, différente suivant les cas.
Or, pour VON Baer, ces deux choses doivent être mises en lumière et distinguées. Il y a : 1® le type d'organisation qui est fixe et préformé, 2® le degré d'organisation qui s'accentue dans le cours du développement embryonnaire de chaque forme. Si donc von Baer se rattache encore aux conceptions statiques de Cuvieh, il est déjà troublé par la méthode cinématique que l'Embryologie naissante allait forcément révéler.
Les 4 types d'organisation que von Baer crut retrouver parmi les embryons n'ont d'ailleurs aucune sorte d'importance objective el ne
sont que le reflet et la traduction des idées mêmes de Cuvier. Nous rappelons ici pour mémoire la caraclérislique embryologique qu'il a proposé pour les 4 types de CuviKn.
TYPE ALLONGÉ. . . j "^ •'"'^''".■-* • • ■ reHéhris. ( ^.picoTYLK .... Articules.
TYPE MASSIF Mollusques,
TYPE PÉRIPHÉRIQUE Rayonnes.
C'est donc à Cuvier qu'il convient de s'adresser pour avoir la pure ordonnance d'une théorie statique. Pour dégager l'idée qui domine et résume son œuvre, il importe de l'isoler par exclusion de tout ce qui ne constitue que des actes.
Dans son procédé de travail, Cuvier appliqua aux êtres inférieurs la dissection qui était jusqu'alors réservée à l'Homme et aux animaux voisins. Ce fut un acte très important, très riche de conséquences, et qui le conduisit, lui et ses élèves, à des découvertes sans nombre. Mais ce ne fut pas une idée.
Relativement à la méthode, Cuvier sut manier la comparaison statique, et en chercha l'expression dans une classification des animaux fondée sur la méthode naturelle. Il ne fut pas initiateur dans cette voie : Linné y avait été conduit, d'une façon inconsciente il est vrai, par la complication même des objets d'étude. Mais si l'on veut toutefois que Cuvier ait le premier appliqué cette méthode d'une façon réfléchie, encore ne serait-ce là qu'un acte et point une idée.
Où nous trouvons véritablement une idée, et une idée statique, c'est dans la loi fondamentale) de la corrélation des organes ou corrélation organique. Cuvier s'appliqua à mettre en lumière d'une façon magistrale l'harmonie qui existe entre toutes les parties d'un ensemble animal. Il en tira la conclusion technique qu'avec un faible fragment d'animal on devait pouvoir reconnaître son genre de vie et reconstituer sa forme entière. On sait qu'il en donna l'irréfutable démonstration, entraînant par là l'adhésion unanime.
L'harmonie nécessaire entre les parties de la forme limite le nombre des combinaisons organiques possibles. Celles qui sont impossibles n'existent pas. De là résulte la nécessité d'hiatus dans l'échelle des êtres et la justification de la discontinuité actuelle. Celle-ci n'est pas seulement contingente et fonction de notre temps et du temps écoulé : elle est absolue et primordiale.
Les espèces fixes et dissemblables représentent des états d'équilibre organifjue stable, entre lesquels il n'y a place pour rien, et il ne peut rien y avoir. Tout équilibre possible est réalisé; tout ce qui n'est pas en équilibre harmonique n'existe pas.
C'est une véritable doctrine statique : assemblage, très cohérent
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d'ailleurs, d'hypothèses et d'idées, qui se rattache à tout un système cosmogonique, et qui se traduit d'une façon technique par la mise en saillie des discontinuités. Révolutions du globe séparant les époques de la vie terrestre, types d'organisations sur des plans tranchés séparant les formes animales, tout cela converge vers la même idée doctrinale.
La notion d'un état d'équilibre stable pour figurer une forme ou une qualité fréquente a été retenue par Galton ; mais il a eu soin de n'y voir qu'une approximation première, et d'établir au contraire que chacun de ces états n'est pas isolé mais approché par une quantité d'autres, moins fréquents il est vrai, mais tout aussi caractérisés que lui (voir la Méthode en Cinématique).
L. Agassiz a comme Cuvier essayé de maintenir la pure doctrine statique ; mais cela lui était devenu plus difficile, car les découvertes de la Paléontologie et de l'Embryologie avalent entre temps suivi leur développement rapide. Aussi ne pouvait-il échapper à reconnaître une sériation manifeste dans les ordres et même dans les classes; mais il n'y voulait voir que des variations sans conséquence autour de thèmes fixes et point du tout l'indice d'une évolution capable de se poursuivre dans un sens donné. Les thèmes fixes qu'il croyait apercevoir ne sont autres que les quatre embranchements de CuviER, auxquels il attachait la valeur absolument objective de formes conçues et exécutées telles quelles dès l'apparition de la vie.
Son argument le plus original est le suivant. A l'époque actuelle, en un point quelconque, mare, grève ou zone territoriale, on voit toujours associés des représentants de tous les embranchements. D'autre part, dès les premières couches fossilifères (Silurien), on trouve réunis des animaux appartenant aux trois embranchements des Rayonnes, des Articulés et des Mollusques. Les Vertébrés, représentés d'ailleurs par les Poissons seulement, ne se montrent pas, il est vrai, dès le début et on ne les rencontre qu'au Silurien supérieur et même au Devonien. Mais Agassiz ne doute pas qu'on ne doive les trouver aussi bas que les autres, puisque aujourd'hui ils existent ensemble partout.
Il est intéressant, pour montrer que nous sommes bien dans l'hypothèse et non dans le relevé des faits, de remarquer qn'AoASSiz escompte la découverte des Poissons dans les zones fossilifères inférieures, mais n'admet aucunement que le même espoir puisse être fondé sur les couches azoïques où l'on pourrait ultérieurement découvrir les êtres inférieurs seuls. En fait, les recherches poursuivies en ces dernières années par Barrois, Bertrand, Cayeux, montrent des restes fossiles de Protozalres et de Protophytes dans les couches dites jusqu'ici azoïques.
Réservons pour plus tard la signification cinématique que peut
prendre Tintéressanle remarque (I'Agassiz, et retraçons seulement ses plus brillantes spéculations statiques.
Pour lui, les 4 embranchements de Cuvier, confirmés par von Baeh, sont quatre objets toujours aussi distincts qu'ils le sont maintenant, ce sont quatre pensées de la même intelligence, quatre chapitres d'un même livre.
Les ordres sériables, et peut-être aussi les classes, représentent sur ces 4 données fondamentales des variations qui n'impliquent d'ailleurs aucunement évolution en cours de descendance. Car la faune d'une couche fossilifère ne provient pas du tout des espèces de la couche précédente ; ce sont toutes espèces nouvelles, refaites à neuf. Ceci d'ailleurs ne peut être soutenu qu'en prenant les fossiles caractéristiques y c'est-à-dire en faisant abstraction de tous ceux qui prouveraient le contraire. Agassiz en arrive ainsi non plus seulement à admettre une Création, dans le sens étroit que nous avons décrit p. 31, mais une infinité de Créations, ou tout au moins un très grand nombre. Il est bon de remarquer, d'ailleurs, que plus on fragmente la discontinuité et plus elle se rapproche de la continuité ; un grand nombre de Créations est un concept qui tend vers celui d'évolution comme le contour d'un polygone inscrit dans une courbe tend vers cette courbe si l'on multiplie le nombre de ses côtés.
On comprend qu'après cela L. Agassiz soit peu tenté d'attacher la moindre importance à la variabilité spécifique; pour lui cette variabilité est limitée et fait partie de la définition même du terme espèce. Les mesures et les courbes de Galton, que nous exposons plus loin, lui eussent été un renseignement précieux pour préciser sa pensée sur ce point.
Très au courant d'ailleurs des connaissances de son temps et sachant parfaitement que les formes embryonnaires des êtres actuels rappellent certaines formes fossiles, il interprèle ce fait en déclarant que les êtres fossiles en question sont des formes prophétiques annonçant déjà ce qui sera réalisé plus tard. Une faune ancienne est en quelque sorte la prophétie des modes d'évolution d'une faune plus moderne. Il aurait pu dire aussi que les répétitions embryologiques sont un souvenir dans l'Intelligence qui avait autrefois combiné les formes entières de la même apparence.
D'autre part encore, s'il existe aussi des rapports entre le développement embryonnaire (ontogénie) et la gradation de structure {phylogénie) n'est-ce pas à dire simplement que toutes les combinaisons réalisées s'enchaînent parfaitement et révèlent simplement l'Intelligence divine qui nous montre sa pensée uniforme sous divers aspects dans le temps, dans l'espace et dans la structure.
Tel est ce système après tout admirable et rempli comme d'ui)
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enthousiasme biblique. L'unique reproche que Ton peut raisonnablement y faire est de ne pas contenir seulement des concepts scientifiques, et d'être si étroitement mêlé aux dogmes religieux que si on les enlève tout Téchafaudage s'écroule.
Gœthe en deux mémoires, rédigés en 1795 et 1796 mais publiés seulement en 1820*, — remarque intéressante pour montrer Findépendance d'une pensée commune à Geoffroy Saint-Hilaire et a lui, — a exprimé une conception statique moins étroite que celle de Cuvier, parce qu'elle n'est pas exclusive des spéculations cinématiques ou même dynamiques, comme le montrèrent Geoffroy Saint-Hilaire et ses disciples.
Gœthe conçut l'idée d'un type anatomique unique {anatomischer Typus) et d'un modèle universel {aUgemeines Bild)^ concept abstrait ne pouvant jamais être effectivement réalisé mais auquel il convient cependant de rapporter toute forme. Dans ces mémoires aussi, Gœthe reconnaît les lois auxquelles Geoffroy de son côté parvint et qu'il nomma principe du balancement des organes et loi des connexions. Le poète de Weimar illustra, comme on sait, les principes qu'il posait par quelques applications techniques dont les plus connues sont en Botanique la théorie de la constitution de la fleur, et en Anatomie zoologique la théorie vertébrale du crâne.
Et. Geoffroy Saint-Hilaire consacra toute son activité et l'on peut dire tous ses mémoires à la démonstration de cette manière de voir.
Si nous croyons à l'heure actuelle pouvoir encore retenir parmi les idées acceptables en Statique celles de l'unité de plan de composition, encore faut-il expressément ajouter que depuis Geoffroy les études sur les animaux inférieurs ont montré chez ceux-ci une simplicité qui ne permet plus de croire d'une façon absolue à un plan unique pour la forme. 11 ne peut être question d'une semblable unité que pour les êtres triploblastiques^ c'est-à-dire possédant un mésoblaste*. Avec cette restriction, la loi n'en conserve pas moins une portée très considérable, et c'est dans cette mesure que nous allons en faire l'examen. Les descriptions techniques que nous avons données sont au reste disposées de façon à y préparer l'esprit ; et, dans chaque embranchement et chaque classe, les grands traits de la forme, système nerveux, surface intérieure, vaisseau sanguin antineural, constituent un canevas commun qui trace les lignes essentielles du modèle universel (allgemeines Bild de Gœthe).
Pour concevoir l'immense progrès que ces vues d'ensemble firent
1. G<STHB. EraUr Eniwurf einer allgemeinen EinUiiung in die uergleichende Anatomie, Zur Morphologie, t. I, p. 147. — Vortràge Ober den Ent^i'urf etc. Ibid, p. 261 -26?.
?. Voir Cinématique Technique. La Forme, Ch. VII),
faire à la science, il faut les reporter h l'époque où elles furent émises.
Au moment de la renaissance scientifique (milieu du xvi* siècle), au sortir de Tère aristotélicienne, les premières études et les premières observations amenèrent sur les animaux la découverte en nombre immense de détails insoupçonnés. Les esprits, encore encombrés des infinies et subtiles distinctions scolastiques, s'attardaient à scruter, à décrire et à distinguer des particularités qui avaient tout juste l'importance d'être visibles en fait. A peine quelques esprits précurseurs, constructeurs de synthèses, s'attachaîent-ils de fois à autre à montrer que sous les différences de détail gisaient des ressemblances d'ensemble.
C'est ainsi qu'en 1555 Bélon, auquel en ces derniers temps on a fait aussi honneur d'avoir bien avant Linné inventé la nomenclature binaire, dans son Histoire de la Nature des Oiseaux osa mettre en parallèle un squelette d'Homme et un squelette d'Oiseau, en donnant les mêmes noms aux mêmes os. Ses idées parurent paradoxales, ne furent pas prises en considération et tombèrent dans un long oubli.
Rien à mon sens ne montre mieux la confusion dans laquelle se débattaient les esprits qu'une curieuse remarque de Newton. En composant son livre de V Optique [Il Oi) y il cherche a bien mettre en évidence l'unité des lois sous la complexité des phénomènes et tout à coup s'écrie : « Mais une pareille uniformité existe aussi chez c les animaux; tous n'ont-ils pas deux côtés, deux bras ou deux « ailes, deux jambes, un cou, une tête, etc.. » 11 ne va pas plus loin, mais combien frappante la stupéfaction de cet homme génial en face d'une découverte semblable, et n'est-ce pas a dire qu'autour de lui les anatomistes hypnotisés par leurs analyses n'avaient pas vu les ressemblances qui crevaient les yeux.
Il faut encore laisser passer le temps jusqu'en 1753-1756 et les hommes jusqu'à Buffon pour voir affirmer, en des termes à la fois précis et éloquents, la communauté du plan manifeste sous la variabilité des détails ; et encore Buffon ne songe-t-il qu'aux Vertébrés et ne s'attache-t-il qu'à la forme extérieure.
C'est à Etienne Geoffroy Saint-Hilaire que revient incontestablement l'honneur d'avoir institué la démonstration de ce qu'il appelait Vanité de plan de compositiony et que nous pouvons utiliser encore comme unité de plan de composition des Triploblastica, ce qui procure la notion d'un type plus large et plus compréhensif que celui de l'embranchement.
La recherche et la démonstration de cette loi furent l'œuvre de toute sa vie : les objets de ses études furent malheureusement surtout les pièces dures du squelette des Vertébrés ; mais laissons de
côté les préoccupations techniques pour ne garder que les conclusions théoriques toujours applicables.
Au lieu de manier comme Cuvier ou Lamarck la comparaison de formes entières avec d'autres formes entières, Geoffroy compare un organe choisi dans une forme donnée avec le môme organe pris dans une autre forme, essayant d'établir ainsi des analogies, ou comme nous dirions aujourd'hui des homologies ; ou encore, dans une même forme, il considère les diverses régions et tache à montrer qu'elles se valent, qu'elles sont essentiellement équivalentes, construites sur le même plan, et capables typiquement d'accomplir toutes les mêmes fonctions, qu'elles sont en un mot homodynames suivant une expression actuelle. Si, en fait, il y a des différences régionales, Geoffroy cherche h prouver qu'elles apparaissent comme une somme de particularités accessoires et secondaires.
Dès 1796, dans un mémoire sur les rapports naturels des Makis, Geoffroy avait posé en principe que :
1® Les êtres vivants sont formés sur un plan unique, essentiellement le même dans son principe, mais varié de mille manières dans ses parties accessoires ;
2^ Il suffit de changer quelques proportions des organes pour les rendre propres à de nouvelles fonctions, pour en étendre ou en restreindre les usages;
3<> Si un organe se développe beaucoup, c'est au détriment d'un autre; il y a en quelque sorte balancement des organes. Mais ceux qui sont les plus réduits n'en persistent pas moins comme rudiments dont la présence témoigne de l'existence indélébile du plan;
4** Les organes ont entre eux des connexions si étroites ou des rapports de position si constants, que rien ne peut les faire changer. Un organe disparaîtrait plutôt que de changer ses connexions. Ce dernier principe n'est autre chose que l'expression du plan. Le plan consiste dans la stabilité des connexions.
Ces quatre lois ont ceci de remarquable qu'elles ont une face statique et une cinématique. Le plan, les connexions sont fixes et uniques en principe : voilà la loi statique; mais variées de mille manières dans les parties accessoires : voilà ce qui ouvre le champ aux recherches de la Cinématique. Retenons ici seulement l'interprétation statique de ces principes fondamentaux.
Au surplus, ce furent surtout les disciples de Geoffroy qui développèrent dans un sens statique ses idées sur l'existence d'un plan unique et universel. Sa méthode propre et sa doctrine d'ensemble seront plus intéressantes à examiner dans la Cinématique.
Parmi ceux qui tentèrent d'établir la notion d'un plan morphologique, il convient de citer d'abord Savigny, bien que ses combinaisons n'aient porté que sur un groupe spécial, celui des Insectes, et
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sur une région limitée, les appendices annexés à la bouche. 11 communiqua à rinstitut en 1814 et 1815 et publia définitivement en 1816 sa théorie demeurée classique, qui démontre d'une façon irréfutable Texistence d'un même plan, suivant lequel sont disposés les divers appendices buccaux des Insectes, si différents soient-ils au premier examen.
En 1820, AuDoiN tenta d'établir le plan prototype et fondamental d'après lequel est constitué un segment d'Insecte. Il reconnut que le prothorax, le mésothorax et le métathorax sont des segments équivalents à ceux de l'abdomen; et qu'enfin la tète elle-même résulte de la cohalescence de semblables segments. Il pensait en retrouver trois. Il étendit cette notion aux Arachnides et aux Insectes.
Ce fut, avec les travaux de Dugès, le point de départ de toutes les théories métamériques qui reconnaissent parmi les animaux, au dessous de la forme d'ensemble, une unité morphologique composante : le métamère ou le segment. Au simple point de vue statique, tous les auteurs contemporains sont absolument d'accord sur l'existence et l'importance du métamère, les divergences n'apparaissent entre eux que pour fixer la signification morphologique du segment.
C'est à cette préoccupation statique de la recherche d'un plan unique pour le métamère que se rattachent les premiers essais sérieux pour résoudre les os du crâne en vertèbres. Oken et Gœthe avaient cru trouver quatre de ces composantes. Geoffroy Saint-Hi- LAiRE, dans les trois mémoires qu'il consacra à ce sujet (1820-1823), en détermina jusqu'à sept.
Toutes les spéculations précédentes ne sortaient par des limites d'un seul embranchement, et Cuvier ne s'élevait pas contre elles, les tenant pour des exercices permis à l'intérieur des cadres qu'il avait tracés. Mais en 1820, Geoffroy Saint-Hilaire montra que ses conceptions même statiques étaient essentiellement différentes de celles de Cuvier, et pour ainsi dire irréductibles. Il prétendit en effet que le même plan pouvait être retrouvé dans l'Insecte et dans le Vertébré.
Sans nous arrêter à sa démonstration technique, de plusieurs façons erronée, nous pouvons relever ici que sa théorie demeure dans la science, en ce qu'elle a tout au moins de plus général. Elle obligea de plus h spécifier que, pour l'étude statique des animaux, la comparaison doit être intrinsèque et ne pas tenir compte des rapports avec le milieu ambiant qui font chez l'un, le Vertébré, une face dorsale du côté neural, et chez l'autre, l'Insecte, une face dorsale du côté antineural.
Quand un peu plus tard, en 1830, Laurence et Meyram eurent essayé de comparer aussi le Céphalopode avec le Vertébré, Cuvier se
sentit absolument débordé et résuma le débat en promettant de publier sa propre philosophie zoologique sous le titre suivant : De la carié té de composition des animaïur.
Ceci nous permet de caractériser et d*opposer les deux Statiques différentes que nous venons d'examiner. Celle de Cuvier, la Statique pure, absolue, étroite, exclusive de tout autre point de vue, ne laisse aucune prise à d'ultérieures spéculations cinématiques ou dynamiques, car elle ne veut voir que des équilibres discontinus, réputés objectifs et décrits comme tels. La Statique de Gœthe et de Geoffroy au contraire ne méconnaît pas que les réalités sont infiniment variées, sériables, continues, se prêtent par suite ipso facto à des arrangements cinématiques, mais que Ton peut par abstraction en extraire des concepts, plans idéaux jamais réalisés, et qu'en fin de compte, ces plans se réduisent à un tout petit nombre, sinon même à un seul. La vision statique de l'ensemble des formes est bien reconnue pour théorique; elle ne prétend en aucune façon à l'objectivité, et ne cherche que l'unité du plan sous la diversité des apparences.
La distinction que nous venons d'établir entre la Statique irréductible de Cuvier et celle de Geoffroy, qui se donne uniquement pour une façon de coordonner les phénomènes, non exclusive de combinaisons différentes, nous permet d'apprécier Tœuvre intéressante d'un savant contemporain : de Lacaze-Duthiers.
Bien qu'il n'ait pas fait d'exposé théorique entièrement coordonné, l'ensemble de ses travaux le classe parmi les disciples immédiats d'ExiENNE Geoffroy Saint-Hilaire. Comme ce dernier, il ne pense pas que le résultat statique soit le seul but à atteindre : il veut voir se réaliser les formes, estimant que c'est le plus sûr moyen de les comprendre exactement. Ses études sur le développement des Actinies, sur l'embryologie des Vermets, satisfont à cette partie du programme. Déplus, il a conscience d'une possibilité de Zoologie dynamique, puisqu'il a si énergiquement revendiqué pour cette science le droit à la méthode expérimentale ^
Néanmoins, la plus grande partie des mémoires publiés par dk r^ACAZE-DuTHiERs a pour but de retrouver le type invariable, et de démontrer les connexions constantes sous les modifications, même extrêmes, de la conformation générale. Sans parler de son premier travail, exactement dans la tradition de Geoffroy, où, comme AuDouiN, il recherche le prototype du segment dans l'armure génitale de l'Insecte, c'est la préoccupation de retrouver le type qui le guide dans l'anatomie des formes aberrantes à dessein choisies, comme le Dentale, le Taret, VArrosoir, etc. C'est elle encore qui