‹ La forme et la vieChapitre 8 sur 243 · HUBER, RBA.UMUR, FaBRE, etc · texte numérisé non relu

HUBER, RBA.UMUR, FaBRE, etc

LES EXPRESSIONS DE LA STATIQUE Zl)

celles surtout qui sont mesurables. Mais in parole, rc^sultat clés contractions du larynx, ncst pas le seul geste par le(|ncl Thomme essaie de faire surgir, dans Tesprit d'autrui, l'idï^o (pie les pht'*nomènes ont créée en lui, et, même dans la conversation, il y ajoute des mouvements du visage et des membres qui manifestement c(»ncourent à compléter par la vue le symbolisme sonore. Comme ce dernier se fixe et se représente par IVcriture actuelle, Tnutre aussi, celui qui plus ou moins adroitement cherche à év(»quer la f(»rme par les yeux, s'exprime, se fixe et se complète par le dessin. Or on fait en sciences naturelles un très grand usage du dessin. Ainsi que dans la description parlée, Tabstraction y joue un rAle considérabh*; c'est l'abstraction graphique, qui, avec le moins grand nombre possible de tracés, s'efforce de représenter ce qui détermine la forme, en supprimant tout ce qui n'est pas indispensable pour qu'elle soit reconnue.

A la vérité, la préoccupation de faire ressortir surtout les caractères mesurables, mis d'abord hors de pair comme plus importants, fait différer le dessin scientifique du dessin artistique dans la même mesure où la description littéraire diffère déjà de la description scientifique, et par la nature de son abstraction.

11 faut dire toutefois que le dessin scientifique, tout en étant orienté par les nécessités de la description, n'en ajoute pas moins U celle-ci quelque chose qui la complète. Au surplus, on utilise en Zoologie divers degrés dans l'abstraction pour le dessin, depuis celui dont ferait usage un artiste ordinaire jusqu'au degré de simplification extrême que l'on appelle un schéma^ et qui finit par ne plus représenter du tout l'objet naturel, mais seulement l'idée que l'on s'en fait.

Ces schémas qui symbolisent une idée, laquelle résulte non plus seulement de l'abstraction, mais d'une longue série de comparaisons, finissent par confiner h V idéogramme, c'est'â-dire à la famille de signes qui ne contient plus aujourd'hui que les symboles mathématiques. Il ne nous a pas semblé inutile d'appeler par ces quelques mots l'attention sur l'importance de la représentation graphique parce que nous comptons en faire un large emploi, et non seulement pour éclairer le texte écrit mais souvent pour le remplacer tout à fait. De la sorte, nous pensons arriver à concentrer le maximum d'enseignement dans le minimum de surface imprimée,

La Comparaison, — Nous ne voulons pas insister a cette place sur le rôle de la comparaison dans les sciences naturelles. Ce rôle, en effet, est tellement important que chaque page des études techniques ne manquera pas de le rendre manifeste, et ce que nous en devons dire de particulier et, à ce qu'il nous semble, de nouveau doit troorer sa place surtout dans les méthodes cinématique et dynamique.

Il est bon de faire remarquer cependant que la Statique emploie d'une façon qui lui est propre la comparaison : jugement par lequel notre esprit estime la valeur des ressemblances et des différences.

La comparaison statique, en effet, établit une certaine parité entre la valeur des ressemblances et celle des différences. En dégageant les premières, elle sert à former des groupements de phénomènes ou d'objets, et, par la mise en lumière des secondes, elle crée des discontinuités entre les groupements d'abord préparés. C'est de ce double effort que sortent les classifications statiques.

Il est évident que la comparaison doit s'exercer aussi bien sur les qualités de la forme ou de la structure que sur les fonctions. Il en résulte trois disciplines : \ Anatomie comparée^ Y Histologie com^ parée et la Physiologie comparée.

Classifications, — Former des groupes en raison des ressemblances, séparer ces groupes en raison des différences, c'est faire une classification statique; et l'on peut de cette façon ranger en catégories soit les formes animales ou végétales, soit les éléments de la structure des corps vivants, soit aussi les fonctions qui s'accomplissent dans ces corps. Dans le langage scientifique courant, on réserve assez volontiers le nom de classification à l'emploi de la méthode aux formes animales; il n'est pas moins vrai que l'on applique intégralement celle-ci, en vertu des mêmes principes, à tous les objets d'étude de la Biologie.

Bien qu'appliqués partout, les principes de classification ont été dégagés et exprimés à l'occasion' du groupement des formes entières animales ou végétales. Malgré qu'il ne s'agisse pas pour nous de faire l'histoire des efforts de l'esprit humain pour atteindre la connaissance, nous ne pouvons manquer de dire que d'abord les formes furent classées d'après les ressemblances et les différences d'une seule de leurs propriétés ^ C'est ce que l'on appelait un système] et celui que Linné combina pour les végétaux est demeuré célèbre après avoir été longtemps utile. Plus tard, Bernard de JussiEU* et surtout Antoine Laurent de Jussieu' montrèrent la nécessité d'utiliser les ressemblances et les différences de toutes les qualités, et indiquèrent dans ce qui fut appelé la méthode naturelie les moyens de résoudre le problème dont ils avaient compliqué l'énoncé. La méthode naturelle repose essentiellement sur le principe de la subordination des caractères^ c'est-à-dire sur l'obligation d'établir d'abord l'importance relative des différentes parties dont l'ensemble constitue une forme animale ou végétale. Le cri-

1. Lire à ce sujet Agassiz. De Vespèce et de la classification en zoologie (tradaction Vogeli) Paris. Germer Baillière. 1869.

2 Plantations du Jardin du Roi à Trianon, 1759, 3. Gênera Plantarum, 1789.

térium recommandé est la constance pour établir Timportance, la variabilité pour juger du peu d'importance. C'est donc une exacte expression de la méthode statique par la nature des abstractions qu'elle exige et que nous avons définies.

Ce que nous venons d'exposer est facile à déduire des termes mêmes dont use Cuvier pour professer les principes de cette méthode.

Il s'agit d'après lui ^ c de grouper les êtres d'après l'ensemble « de leurs propriétés ou de leur organisation de manière que ceux c que le même groupe réunira se ressemblent plus entre eux qu'ils « ne ressemblent à tout autre qui serait entré dans un groupe € différent. Cette disposition est ce qu'on nomme méthode natu- « relie : une sorte de sentiment intérieur dirige s^ers elle tous ceux « que la nature frappe. » Voulant ensuite exposer les principes de cette méthode et leur application aux plantes, il ajoute : « Il y a c parmi les végétaux quelques familles uniçersellement reconnues c pour najturellesy suivant l'acception précédemment donnée à ce c terme : les Graminées, les Ombelllfères, les Légumineuses sont c de ce nombre. Les botanistes observant dans chacune de ces c familles les organes constants et ceux qui varient, et trouvant que c ceux qui sont constants dans Tune, le sont aussi dans l'autre, c jugent que les premiers sont plus importants et que l'on doit y < donner plus d'attention dans les familles moins évidentes. »

De ce texte catégorique ressort en outre qu'une synthèse sentimentale précède l'analyse méthodique, et lui sert de base. Lamarck, esprit singulièrement pénétrant, avait reconnu que la méthode ainsi professée est empirique et manque de critère objectif. Elle renferme en plus un trompe-l'œll voisin du cercle vicieux. Il semble en effet, d'après Cuvier, qu'il y ait deux étapes de la pensée : l^ le consentement universel et le sentiment juste de ceux que la nature frappe pour reconnaître certaines familles incontestables; 2^ l'application de la constance des qualités comme critère fourni par l'analyse de ces familles incontestables.

Il n'y a pas là deux processus, mais un seul : car le sentiment juste, le consentement unanime pour établir les familles naturelles ne sont, d'après c l'acception donnée à ce terme », que les résultats de l'inconsciente et préalable abstraction du variable. On trouve naturelles les familles où le variable est faible, importants les caractères qui ne changent pas; on classe au résumé les phénomènes d'après les principes à priori que l'esprit a projetés sur eux, et qui ont guidé son abstraction.

La méthode naturelle que nous présenterons en Cinématique

1. Cuvier. HUioire da progrè$ de$ Science$ naiurelle$, 1838: T. I p. 136.

comme un instrument logique merveilleux offre donc en Statique un caractère d'empirisme, résultat de l'absence d'un critère objectif. Cependant, prise pour ce qu'elle est, elle peut fournir des résultats pratiques de la plus haute importance.

Auprès de ses contemporains et de ses disciples, Cuvier a passé pour être l'initiateur de la méthode naturelle en Zoologie. Pourtant, comme le fait remarquer I. Geoffroy Saint-Hilaire,* Linné avait déjà donné pour les animaux une classification naturelle; il y avait été poussé par la complication même de ces êtres, plus grande que celle des végétaux, et qui ne permettait pas de les ranger dans un système. Quand elle parut, cette classification ne fut pas autant appréciée que le système botanique du même auteur, elle fut moins bien comprise et acceptée avec moins d'enthousiasme. Linné, évidemment, n'a pas formulé les principes de la méthode naturelle, Cuvier pas davantage : ils l'ont appliquée tous les deux; et le second, sans doute, y a apporté de nombreux perfectionnements techniques tenant à sa connaissance plus approfondie d'un grand nombre de faits, relatifs surtout a l'organisation interne des animaux inférieurs.

Nous exposerons dans la partie technique les classifications telles que les détermine l'état actuel de la science, aussi bien pour les formes animales que pour les éléments de la structure.

Il faut encore indiquer, dès maintenant, le sens de certains termes d'usage courant et définir ce que l'on entend par la nomen" clatitre.

Acceptons d'abord, et sans le définir ici, le terme d'individu tel qu'il ressort de la connaissance banale, en prévenant toutefois qu'il y faudra revenir autre part. Nous avons vu par quelles opérations de l'esprit les individus sont groupés pour fournir le concept d'espèce; exactement de la même façon on groupe les espèces en genres, les genres en ordres^ les ordres en classes^ et, depuis Cuvier, les classes en embranchements. Il y a lieu de considérer pour cela entre les êtres des ressemblances et des différences dont l'importance offre divers degrés. Les différences légères — et tenues pour telles en raison de leur variabilité — séparent les individus dans l'espèce. Les différences plus accentuées, c'est-à-dire portant sur un caractère qui varie moins souvent, séparent les espèces dans le genre, etc.

La méthode statique introduit dans cette appréciation de la grandeur des différences : l® son critérium ordinaire de la constance et de la généralité, résultat de la faculté d'abstraire; 2® une discontinuité qui consiste à couper ces importances progressivement

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