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CHAPITRE II

Les Expressions de la Statique.

Objets de la Statique, — Tous les phénomènes de la Nature ne peuvent pas avec le même succès être groupés d'une façon statique. Cependant plusieurs savants de notre siècle ont tenté de le faire; nous nous réservons de montrer en temps utile que certains de leurs échecs eurent pour cause l'application de cette méthode à des objets dont la nature ne la comportait pas.

Parmi les plus importantes manifestations de la vie qui se prêtent utilement à cette étude, il convient de citer les qualités de la forme, celles de la structure, et les phénomènes qui se produisent dans les animaux pour entretenir leur vie et pour la propager, phénomènes dont l'ensemble constitue ce qu'on appelle les fonctions de l'être.

On donne le nom de Morphologie à cette partie de la science qui s'attache à connaître les qualités de la forme, et non seulement en prêtant attention à la surface extérieure de l'être, mais encore en recherchant dans la profondeur de son corps tout ce qui s'y trouve pour le livrer au même examen scrupuleux. Jusqu'à Cuvier, on s'appliquait surtout à l'étude des caractères extérieurs, les procédés anatomiques n'étaient guère en usage que comme une introduction à la chirurgie et se pratiquaient surtout sur les animaux supérieurs, les plus voisins de l'homme, et les plus utiles h considérer pour ce but spécial. En recommandant l'étude anatomique de tous les êtres, Cuvier a fait une révolution technique qui agrandit singulièrement le champ scientifique quant à son objet, mais ne changea rien à la méthode qui s'exerça intégralement sur ces objets nouveaux comme elle s'exerçait sur ceux que l'on considérait avant lui.

L'étude de la structure s'appelle Histologie et celle des fonctions Physiologie ; l'une et l'autre prêtent à des spéculations statiques.

Mais, d'autre part, la Statique sort de son programme et ne donne que des résultats contradictoires ou faux, si elle tente de s'occuper à' Embryologie y c'est-à-dire d'étudier la série des changements et des variations par lesquels une forme s'édifie en fonction du temps, puisque, comme nous l'avons dit, la Statique fait forcément abstraction de la variation et du temps. De même, elle ne peut aborder que d'une façon décousue et peu profitable l'étude de l'en-

semble des formes éteintes, qui constitue la Paléontologie. De même encore, elle doit laisser hors de son domaine la répartition actuelle des vivants à la surface du globe, ou distribution géographique des animaux. Celle-ci, étant fonction du temps écoulé et des changements réalisés sur notre planète, ne peut se plier à la méthode statique sans faire apparaître des contradictions.

Pour les objets qu'embrasse utilement sa méthode, la Statique se manifeste par trois expressions successives : la description, la com« paraison, la classification. La première est une analyse, la seconde marque l'introduction de la méthode, et la troisième est un essai de synthèse.

La Description scientifique, — La description en sciences naturelles diflPere essentiellement de la description littéraire ou pittoresque, qui tâche à faire surgir dans l'imagination du lecteur des formes déjà vues ou du moins analogues à des combinaisons de choses vues. Buffon a maintes fois fait usage de cette description littéraire, qui comporte elle aussi l'abstraction, attendu que l'écrivain choisit dans l'innombrable quantité des caractères ceux-là seuls qui lui paraissent nécessaires et suffisants pour évoquer l'être tout entier. Ce n'est donc pas par l'usage de l'abstraction que nous allons pouvoir caractériser la description scientifique et la distinguer de la précédente; c'est seulement par la façon dont elle fait son abstraction. Elle est, avons-nous dît, une analyse, et, comme telle, elle tâche de réduire la qualité à la quantité. Aussi dans la description scientifique retrouvons-nous seulement les caractères d'un être susceptibles de s'exprimer par une grandeur ou un nombre.

Ce n'est pas à dire que presque tous les savants, entraînés par leur sensibilité, n'ajoutent à la caractéristique scientifique une description littéraire et que celle-ci ne puisse être tenue pour agréable et même pour utile; mais, nous le répétons, la seule partie scientifique est celle qui se réduit à la grandeur ou au nombre. Nous aurons occasion dans les chapitres techniques de mettre cette proposition en évidence, bornons-nous à indiquer quelques exemples pour préciser notre pensée.

Si la science cherche à rendre manifeste le plan général sur lequel un être est organisé, ce plan lui même est caractérisé d'une part par le nombre des parties que l'on peut distinguer et de l'autre par la position relative de ces parties. Or cette position s'exprime par la grandeur des distances qui séparent ces parties ou par la grandeur des angles qu'elles font entre elles. Pour ne pas entrer ici dans le détail des faits, signalons seulement que trois importantes catégories de formes sont exprimées par cette circonstance que leur surface intérieure (tube digestif) se relie à la surface extérieure ou s'ouvre au dehors par 0,1 ou 2 orifices, -r- Un être quelconque, un

insecte si Ton veut, est reconnu par le nombre de ses pattes et de ses ailes. L'intensité de la vie est fixée par la quantité d'acide carbonique produit en un temps donné, etc.

Parfois, il est vrai, pour établir des distinctions légères entre des animaux, on emploie également la figure de certaines parties (appendices, tubercules, etc.); on dit qu'ils sont coniques, cylindriques, sagittés, etc. Est-il besoin d'indiquer que ces caractéristiques sont susceptibles de mesure et qu'elles pourraient être mesurées s'il y avait à cela quelque intérêt? De même, l'usage fréquent en description de l'inégalité au lieu de l'égalité implique également la réduction à la grandeur.

Quelque précises, ou même scientifiques, que puissent être des descriptions, leur ensemble en aucun cas ne peut, à lui tout seul, constituer une Science. Il est même incroyable qu'on ait à réagir contre le fâcheux usage d'employer ce terme pour désigner les divers emplois de la description.

La description scientifique s'applique aux propriétés de la forme chez les animaux. S'il s'agit de la forme extérieure seulement, elle constitue ce qu'on a longtemps nommé la Zoologie descriptiç^e. Au contraire, la description des parties internes des êtres est \ Anatomie descriptive. De même il y a une Histologie descriptiçe qui a pour but de décrire par leur forme leur position et leur grandeur les éléments de la structure d'un corps vivant, éléments que nous apprendrons à connaître sous le nom de cellules ou plastides. Il y a aussi une Physiologie descriptiç^ey retraçant les manières dont agissent les diverses parties de l'être ou l'être tout entier. C'est sous ce vocable que doivent prendre place les études descriptives sur les mœurs, les instincts et l'intelligence des animaux.

Il ne faut pas négliger d'indiquer que, sous le nom d'Histoire naturelle, de nombreux auteurs ont donné, à propos des phénomènes de la Nature, d'intéressantes et copieuses descriptions, sans s'inquiéter de réduire la qualité à la quantité et sans rien mesurer; — mais, justement pour cela, leur œuvre est toute littéraire et point scientifique*. Loin de moi la pensée de vouloir en quelque façon déprécier ces travaux; j'entends seulement préciser leur genre afin de les classer à leur place. Ce n'est pas même à dire qu'ils ne puissent être tenus pour fort utiles aux hommes de science, en raison des indications exactes qu'ils renferment et qui peuvent servir de base pour instituer des mesures.

La description scientifique est donc, au résumé, la représentation par la parole ou l'écriture, intégrale reproduction de celle-ci, d'un certain nombre des qualités que présentent les êtres vivants, de

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