‹ La Forme Grave Du Pied Des TranchéesChapitre 7 sur 24 · ETUDE CLINIQUE · texte numérisé non relu

ETUDE CLINIQUE

Symptomatologie

DéBuT. — Rien, malheureusement, ne permet, dès les débuts, de reconnaître ces formes graves.

Elles se manifestent quelquelois pendant plusieurs jours par les signes classiques de la gelure bénigne : sensation de pied mort, picotement, brûlure, anesthésie douloureuse, rubéfaction, œdème. Les signes subjectifs peuvent même pendant plusieurs jours exister seuls, et l’un de nos malades, qui devait succomber dix jours après son entrée à l'hôpital, se vit obligé, par son médecin de bataillon, à demeurer quatre jours encore dans la boue des tranchées parce qu’il ne présentait aucune lésion apparente.

Ce début lent est une éventualité rare, et le plus souvent c'est par un œdème massif que débute la gelure. Le soldat accuse des douleurs, se déchausse le soir ; et le pied, aussitôt libéré, enfle dans des proportions parfois énormes. C’est là le mode le plus fréquent de début algu. |

A : Ce Rien à ce stade ne permet encore de préciser si les choses s’en tiendront là (gelure au 1* degré), ou si des phlyctènes séreuses ou hématiques soulèveront l'épiderme (gelure au 2° degré), ou si, enfin, la ngcrose se produira sur un plus ou moins gros segment du membre (gelure au 3° degré).

C'est du deuxième au quatrième jour en moyenne que se manifestent les phénomènes gangréneux, en même temps qu'apparaissent les troubles graves de l’état général qui caractérisent la forme qui nous intéresse.

SIGNES PHYSIQUES. — Dans les cas de gelures graves, le sphacèle débute d'emblée ; il est contemporain des phlyctènes et ne leur succède pas ; il envahit toujours un segment important du membre: tout l’avant-pied, tout le pied, quelquefois même jusqu'au-dessus des malléoles, présentent une teinte gris bleuté, ardoisée, caractéristique. L’épiderme, conservé encore, les couvre d’une pellicule opaline. Les phlyctènes sont inconstantes ; parfois énormes, elles décollent de larges territoires épidermiques et s’emplissent d'un liquide roussâtre, rapidement fétide.

Pendant les premiers jours, le pied est tumélié, énorme. Il a quelquefois doublé de volume. Il se ratatinera ensuite, au fur et à mesure que va se dessécher l'escarre.

Au toucher, toute la zone mortifiée est froide et insensible. Tendue et élastique, elle donne au doigt qui la déprime une sensation spéciale. L'épiderme décollable se laisse plisser à volonté et mobiliser sur le derme sous-jacent.

Si les gelures au 3° degré ne sont pas toujours symétriques, dans les formes graves que nous avons obser-

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vées le sphacèle est bilatéral, et l’état à peu près comparable sur les deux membres. Il semble cependant que la lésion aurait une tendance à prédominer du côté gauche, comme Kirmisson l’a soutenu à la Société de chirurgle.

La jambe, au-dessus des parties mortfiées et jusqu'au genou, est très souvent tuméfiée, œdémateuse, très augmentée de volume. Rouge et chaude, elle présente un aspect nettement inflammatoire. Le moindre contact à son niveau est douloureux et arrache des cris au malade.

Les douleurs sont quelquefois tellement vives que, pour ne point risquer le contact avec les objets de literie, les malades se couchent les deux jambes découvertes. Ils évitent ainsi, en plus de la sensation pénible du contact, la chaleur du lit difficilement supportée dans les gelures à un degré quelconque.

TROUBLES FONCTIONNELS. — Îl est à remarquer cepen-. dant que ces formes graves ne sont pas les plus douloureuses. « Tandis que des formes avec rubéfaction simple ou œdème arrachaient toute la nuit des cris à certains sujets des salles voisines, plusieurs de nos soldats, bien gravement atteints, n’accusèrent jamais de phénomènes sübjectifs intenses : sensation de chaleur, picotements, brûlure légère, quelquefois élancements. » (Chauvin.)

L’impotence fonctionnelle est évidemment absolue. Il ne-faut point croire cependant que toute mobilité ait disparu dans ces segments de membres sphacélés. Les tendons conservent longtemps leur intégrité macroscopique dans ces masses nécrosées ; et certains de nos

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