‹ La Forme Hypertrophique de la Cirrhose de LaënnecChapitre 12 sur 16 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation de MM. Depove, Fernand TrÉMoLrÈèrEes et André CAïÏN (Bulletins et Mémoires de la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, n° 31, du 17 décembre 1910).

B..., 43 ans, entre le 5 nai 1910 à l'Hôpital Beaujon, salle Sandras.

I avoue avoir fait des excés alcooliques et absinthiques.

1 y a quinze mois B.. s'aperçoit que son ventre augmente de volume et que son ombilic se déplisse. Inappétence. Vomissements bilieux et alimentaires, surtout aprés les repas. Diarrhée. Amaigrissement notabie, Pas d’hémorrhagies, pas de dyspnée, pas d’œdème des membres inférieurs, pas d’ictère. Il entre alors à |’ H6pita] Beaujon dans le Service du Docteur Lacombe. Ponction abdominale permettant l’évacuation de 9 litres d’une ascite à liquide clair. Jamais après cette paracentèse le liquide ne se reproduisit. L'on aurait, au dire du malade constaté après cette ponction que le foi, était augmenté de volume.

B... fait un séjour de 3 mois à l’hôpital qu’il quitte très amélioré. Il reprend ses habitudes éthyliques. En mars 1910, les symptômes précédemment décrits réapparaissent ; il a maigri de 3 kilos. De plus il est oppressé. Epistaxis répétées. Il revient le 5 mai à l'Hôpital Beaujon où il est reçu dans notre Service.

Examen. — Prostration ; dyspnée; îictére généralisé intense, sans prurit ni éruption.

Matières fécales diarrhéiques. Urines des 24 heures oscillant entre 1 litre et 1 litre 1/2. Elles sont foncées ; la réaction de Gemelin est positive. Pas de sucre. Traces d’albumine.

L’abdomen, sans étre ballonné est dur, et la défense musculaire rend son exploration malaisée. L’ombilic n’est pas deplissé. Bien

qu’on constate sur les flancs une ébauche de circulation collatérale,

il ne semble pas qu'il existe d’ascite.

Le foie est manifestement hypertrophié ; il dépasse de trois travers de doigt le rebord costal.

La matité splénique est augmentée.

Poumons : congestion des bases.

Cœur : normal ; toutefois bruits un peu assourdis. Température

normale.

Evolution. —— Elle fut rapide ; la prostration augmenta rapidement, accompagnée d’hébétude, mais non de délire. Les épistaxis se répétèrent, l’ictère persista et les matières restérent décolorées. La gêne respiratoire s’accentua ; l’auscultation fit entendre des râles fins d’œdème éclatant pai bouffées ; la température maintenue le 5, le 6 et 7 au matin entre 36,5 et 37 degrés, atteignit au soir 37,5. Le malade mourut le 8 dans l'après-midi, trois jours après son entrée à l'hôpital, par asphyxie progressive, dans le collapsus.

Autopsie.

Poumons : congestion des bases. Anses intestinales météorisées. Foie : augmenté de volume dans toutes ses dimensions ; l’hypertrophie porte sur tous les lobes. Il pèse 2.500 grammes. Forte coque

de péri-hépatite. Sous la capsule de Glisson épaissie se dessinent 24 les saillies de granulations plus ou moins volumineuses (têtes de

clous, pois), inégales, irrégulières. Serrées les unes contre les autres, elles recouvrent toute la surface du foie. C’est l'aspect du foie clouté, de la cirrhose de Laënnec, à grosses granulations et non celui de la cirrhose hypertrophique alcoolique avec sa surface lisse par-

semée de saillies habituellement petites et situées surtout au niveau.

du bord postérieur ou du lobe gauche.

L’organe crie à la coupe où on observe le même aspect qu’à la

surface du foie ; les ilots verdâtres sont circonscrits par des anneaux

épais de tissu scléreux.

Rate diffluente, 420 grammes. Périsplénite. Reins augmentés

de volume ; sous la capsule, piqueté hémorrhagique. Congestion. | Examen histologique.

Foie : L'aspect des coupes rappelle dès le premier coup d’œil

celui de la cirrhose atrophique. Le tissu conjonctif, considérable.

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ment développé forme des travées qui morcellent le parenchyme

‘hépatique en territoires cellullaires irréguliers dans lesquels il est

impossible de retrouver l’ordination normale du lobule. La sclérose atteint son. développement maximum au niveau des espaces portes dont elle conserve les éléments. Elle y forme de grandes nappes d’où partent de larges bandes conjonctives qui circonscrivent des zônes parenchymateuses divisées elles-mêmes par de rouvelles

travées.

En certains points le tissu conjonctif pénètre entre les cellules qu’il dissocie. L’on ne peut donc dire qu’il s’agit de cirrhose annu-

laïre, multilobulaire et intralobulaire, car l'hépatite scléreuse

réunit ces prétendues formes anatomiques, et son aspect varie suivant le point considéré.

L'architecture normale du foie est profondément modifiée. La sclérose substitue aux lobules réguliers des territoires inégaux de parenchyme. L'ordination cellulaire est bouleversée ; les travées hépatiques sont disloquées par la sclérose ou l’hémorrhagie.

En certains points profondément dégénérés, l'anneau scléreux limite un amas confus de cellules difficilement reconnaissables. Parfois du lobule hépatique ne subsistent que quelques cellules isolées perdues dans une nappe conjonctive. Cependant, autour des veines sus-hépatiques le lobule semble moins altéré qu'ailleurs ; il. peut présenter une ordination normale qui contraste avec la désorganisation avoisinante. Mais on n’observe aucune trace de suractivité cellulaire. Nulle part les cellules hypertrophiées ne s’ordonnent concentriquement comme dans les formations adénomateuses de l’hépatite nodulaire.

Les veines-portes sont entourées d’un épais anneau desclérose ; leur lumière est retrécie, mais jamais obstruée, et l’on y voit pas traces d’endo-phlébite. Les artères hépatiques sont . également encerclées par la sclérose, mais elles ne sont pas ‘altérées ; elles forment des amas irréguliers parfois perdus au milieu de la sclérose ou dissociés par les hémorrhagies.

- La plupart ont un contour imprécis, irrégulier ; leur protoplasma est granuleux, dépourvu de pigments. -

En plusieurs points, dégénérescence vacuolaire. Beaucoup d’amas cellulaires ont subi la dégénérescence graisseuse ; un grand nombre de cellules sont de volume très réduit ; quelques-unes d’entre elles, très altérées, possèdent deux noyaux, comme cela se voit à l’état

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