CHAPITRE
k “à | Introduction
Aperçu historique sur les Répatites alcooliques
de
Généralement désignées sous le nom de scléroses ou cirrhoses du foie, ces hépatites présentent, au point de vue de leur historique, ainsi que beaucoup d’autres affections, trois phases successives : une phase anatomique, une phase histologique, une phase étiologique. “
La phase anatomique remonte à une haute antiquité, car, d’après Lancereaux (Traïlé des maladies du foie, 1899), il paraît que Hippocrate et Galien ne méconnaissaient pas entièrement lPinduration hépatique et l'hydropisie qui l'accompagne chez les buveurs. L'Ecole de Salerne croyait égalèment à l’action du vin
sur le foie. Ternel, puis Vesale, font aussi mention de l’induration et de l'atrophie du foie chez les ivrognes. Morgagni et plus tard Bichat insistent sur les granulations que présente cet organe et le rôle qui leur revient sur la production de l’épanchement : abdominal. :
R: Bright, en 1827, rapporte plusieurs faits d’induration hépa- tique et agrandit le cadre de cette affection en indiquant la plupart des désordres qui l’accompagnent, comme l'hypertrophie de AAerAte l’épaississement de l'intestin, l’enterorrhagie, etc. Il admet que la cause de l'ascite doit être recherchée dans le processus hépatique, dont il avoue ne pouvoir fixer la nature.
Vers 1820, Laënnec met en relief les traits essentiels de l'aspect
extérieur de cette induration qu’il considère comme une production hétérogène et néoplasique et, pour la distinguer du squirrhe, il lui donne le nom de cirrhose à cause de sa couleur. Quant à l'étiologie, il ne s’en occupe pas, ce qui n'a pas empêché de donner à la cirrhose alcoolique et atrophique le nom de cirrhose de Laënnec.
La seconde phase historique de la cirrhose commence peu après
la naissance de l’histologie ; ce sont en réalité les recherches de Kiernan (1833) sur la structure du foie, qui permirent de se rendre. compte du siège élémentaire de cette affection. L'auteur anglais, après avoir démontré l’existence du tissu conjonctif autour et dans l'intérieur du lobule hépatique, attribue le processus cirrhotique à l’hypertrophie de cette trame conjonctive. . Cette opinion fut reprise et développée plus tard par un grand nombre d° auteurs, principalement par Carswell en Anglete: Fpé, Hallmann, Rokitansky en Allemagne, Gubler et d’ autres en France ; ainsi se trouva fixé le siège histologique en même temps que la nature inflammatoire de la cirrhose.
Vers 1860 Frerichs, dans son T'railé pratique des maladies du foie et des voies biliaires (traduction française par Dumesnil et Pellagot), dans ses différents articles sur l'inflammation chronique du foie, n’insiste pas sur les hépatites alcooliques. Toutefois la phase étiologique de la cirrhose commence à s'affirmer, ! tous les auteurs considérant l'alcool comme la cause la plus habituelle de la cirrhose ; les Anglais nomment cette dégénérescence gin drinker’s liver (foie des buveurs de gin).
Budd fait observer que les spiritueux sont surtout dangereux quand ils sont pris purs, c’est-à-dire non dilués dans l’eau, et quand l'estomac est vide. Cette dernière circonstance contribue en effet à accélérer l'absorption et à exagérer l’action exercée sur le foie.
Lancereaux, par ses expériences, essaie de démontrer que is toxication est surtout due au plâtrage des vins:
Plus récemment M. Mongour, de Bordeaux, dans son remarquable précis des maladies de foie, décrit les différentes variétés de cirrhoses alcooliques et, se basant sur les faits observés, constate
RAR qe
que les lésions ne. sont pas également réparties sur les deux lobes. Dans certains cas elles prédominent sur un seul lobe (cirrhoses monolobaires). La raison de cette localisation est facile à donner, en se rappelant l'existence d’un double courant porte. Les cirrhoses alcooliques prédominent sur le lobe gauche (Mongour et Sérégé), puisque l’agent toxique absorbé par l'estomac est directement apporté au foie gauche.
Comme variété d’hépatite scléreuse alcoolique et se rapprochant de la forme étudiée dans notre thèse, citons l'observation du malade d’Achard, dont Griffon a montré le foie à la Société Anatomique en 1894. C’est à cette forme que Hanot, Kahn et Chauïfard ont donné le nom de cirrhose atropho-hypertrophique, mettant ainsi en relief lès réactions variables qui se passent au niveau des parties différentes du foie. Elle est intéressante à un autre point de vue, en ce sens qu’elle a amené ces auteurs à se demander si l’'hypertrophie compensatrice du foie ne joue pas un rôle dans la détermination de la forme clinique des cirrhoses. He
Observation extraite du manuel des maladies du foie et des voies biliaires par MM. Debove, Achard et Castaigne, 1910. Le lobe droit, le lobe de Spiegel, le lobe carré étaient très atrophiés et présentaient les lésions histologiques de la cirrhose bi-veineuse avec atrophie des travées hépatiques. Le lobe gauche au contraire était très augmenté de volume, et à son niveau le tissu scléreux était très peu abondant, les cellules hépatiques intactes et, en voie de prolifération, affectant dans la plupart des coupes la disposition de l hyperplasie nodulaire.
En rapprochant cette hypertrophie chiot du foie atteint de cirrhose dans une de ses parties, de l’hypertrophie compensatrice du foie atteint de Kyste hydatique et qu’ont signalé Ponfick, Max Durig, Hanot, Chauffard, on est en droit de se demander si la cirrhose hypertrophique ‘alcoolique n’est pas dué elle aussi à un processus d’hyperplasie compensatrice, et c’est dans ce sens qu'ont été formulées les conclusions de Kahn et de Hanot. ;
L'étude de la cirrhose hypertrophique alcoolique a été faite
ton)
par Hanot et Gilbert, qui en ont donné une description complète à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris le 23 mai 1890, constituant à côté de la cirrhose de Laënnec une cirrhosé indépendante. En 1910, MM. Marcel Garnier, Pierre Lereboullet, Herscher, Maurice Villaret, Lippmann, Chiray, Ribot, Jomier, P.-Emile Weil, Paul Carnot dans leur traité des maladies de foie consacrent plusieurs chapitres à la stéatose hépatique latente des alcooliques, à la cirrhose hypertrophique graisseuse, à la forme atrophique de la cirrhose graisseuse à symptomatologie Laënnec. PR £
Par ce court,aperçu, nous pouvons nous rendre compte que Tétude des hépatites alcooliques est complexe, et cela d'autant plus que, même dans un type spécial, nous pouvons rencontrer des variétés, des formes et des lésions mixtes : c’est ce que nous allons essayer de démontrer dans notre thèse, en traitant dé la forme hypertrophique de la cirrhose de Laënnec. |