‹ La Forme hypochondriaque de la SchizophrénieChapitre 9 sur 11 · DISCUSSION DU DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DISCUSSION DU DIAGNOSTIC

Le tableau clinique de nos cas est le suivant. Le malade est en général bien orienté quant au temps et lieu. On ne constate pas de déficit en ce qui concerne la mémoire. Nos malades nient avoir eu des hallucinations. Chez deux, nous avons pu observer des troubles graves de la motricité ; ils présentent du maniérisme dans les gestes, symptôme qui n’est point rencontré dans une autre psychose que dans la Schizophrénie. Chez le 3° les troubles moteurs sont moins marquants, mais comme les deux autres il présente une atteinte grave de l’affectivité : ils sont indifférents, apathiques, ne se soucient guère de leur avenir, ils ne manifestent aucune curiosité d'esprit. Le symptôme le plus frappant ce sont les idées délirantes d’ordre hypocondriaque qu'ils produisent ; on constate également un délire d'interprétation et des idées délirantes vagues de persécution. Nous allons d’ailleurs encore revenir sur ce symptôme. Ce qui nous importe à relever c’est la façon avec laquelle ces idées délirantes sont proférées ; on note une certaine faiblesse d’affectivité. Le malade les profère comme si c'était une chose banale. Même si l’on remarque une certaine angoisse, on peut constater qu’elle fait vite place à une mine souriante. Le diagnostic de nos trois observations est donc la Schizo-

on ne

phrénie. Dans les observationsI et IInousnous appuyons sur le maniérisme et les troubles de l’affectivité ; quant à l'observation III nous insistons sur les troubles de l’aftectivité et le fait que le malade revu à plusieurs reprises présente vraiment un déficit quantitatif notable de toute activité intellectuelle.

Nous allons étudier le syndrome hypocondriaque et examiner s’il se présente dans d’autres psychoses d’une manière différente.

Nos deux premiers cas présentent en outre: cette particularité qu’ils profèrent non seulement des idées délirantes d'ordre hypocondriaque mais également des idées de persécution, symptôme qui est connu sous le nom de syndrome de COTARD ; dans nos cas il se présente sans affectivité, caractère nettement distinctif vis-à-vis d’autres psychoses.

Quant à l'observation III, par suite de la prédominance des idées hypocondriaques, sans troubles très marqués de la motricité, le diagnostic de « Neurasthénie » pourrait être envisagé. Voici comment KRAEPELIN explique la naissance de l'état dépressif dans la nervosité :

La tendance de s’observer continuellement, de faire attention minutieusement à tous les moindres changements corporels, d'interpréter les petits malaises, devient alors la base de ces sensations morbides, qui fournissent elles-mêmes assez de motifs à des idées hypocondriages. Fréquemment le malade se plaint de céphalées, de migraine, de palpitations cardiaques, de picotements au cœur et à l’estomac, de maux de reins. Tous ces petits malaises s’accroissent quand le malade, harcelé et fatigué, essaie de travailler. Il est amené

WAY CEA.

à se considérer comme atteint d’un mal grave, inguérisable : il va avoir un coup d’apoplexie, souffre des suites d’une gonorrhée mal soignée, est atteint de syphilis ou d’un ramollissement cérébral.

Cette méfiance avec laquelle le malade s’observe aggrave son état hypocondriaque. Il urine trop lentement, son urine paraît teinte de sang ; le sol paraît mobile ; les douleurs deviennent intolérables. Le malade a peur de devenir fou ; va consulter le médecin, qui ne lui donne qu’une assurance médiocre, «son cas n’est pas ordinaire». Il change souvent de médecin sans succès. Les malades se privent de joies et de plaisirs sans voir une amélioration.

Le sentiment d'incapacité le rend incertain, gauche en société. Il se sent blessé et se retire complètement de la société. Il se sent seul, abandonné et cherche pourtant des amis et connaissances auxquels il pourrait se confier. Parfois le manque de confiance oblige le malade à finir avec la vie et à se retirer dans un couvent ou à se tuer.

Dans ce tableau nous voyons que l’affectivité n’est pas affaiblie, qu’au contraire elle est exaltée plutôt. Puis dans les deux cas, nos malades sont conscients mais tandis que le neurasthénique est un «sensitif », se lamente, en souffre sans trouver en lui-même la force de volonté qui le sauverait, le dément par contre considère son état avec nonchalance. Le neurasthénique voudrait travailler et souffre de son incapacité, notre dément au contraire fournit une certaine dose de travail automatique sans trop souffrir de son déficit intellectuel.

Comme dans la neurasthénie, il faut remarquer que

dans la folie maniaque dépressive, le rôle le plus im-

portant incombe également à l’affectivité.

La Paralysie Générale présente également une forme

hypocondriaque. Le diagnostic de cette psychose

n as pas en ligne de compte.

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