‹ La formule, comédie en un acte et en versChapitre 4 sur 14 · JEAN ET M. DE FOXTANGE · texte numérisé non relu

JEAN ET M. DE FOXTANGE

JEAN fse croviint toujours seul)

Et dire qu'on leur fait jurer obéissance !..

La femme, de nos jours, veut la toute-puissance,

Et les ojens d'autrefois seraient bien étonnés

De voir commt on nous mène aujourd'hui par le nez !..

Par le nez... trop heureux quand ce n'est par les cornes!.

Vrai! la prétention dépasse toutes bornes.

Lisette connaît trop mon amour peu discret,

Et ne céd-irait pas quand même on la tûrait!..

GASTON (s'avançiMit et riant)

En attendant, le mieux est de la laisser vivre : Cette vieille coutume on peut, ou non, la suivre.

JEAN

Q.uoi! Monsieur était là?..

GASTON

Depuis un bon moment De vos tendres propos fort diverti vraiment!

JEAN Et Monsieur n'a pas tort : je comprends qu'il me raille.

GASTON

Est-ce donc pour si peu qu'ainsi l'on se chamaille Quand on va s'épouser? J'admire en vérité De cette étrange cour l'originalité.

Lisette est obstinée autant que toi fantasque;

Mais, bah! ce ne sera qu'une courte bourrasque. Après l'orage il est plus doux d'entrer au port, Et, lorsque entre amoureux surgit un désaccord, Toujours quelque rayon se montre après l'averse. Une larme suffit qu'un doux regard traverse, Et voilà qu'aussitôt un arc-en-ciel vainqueur Leur fait rentrer la joie et l'espoir dans le cœur! . . Aussi rassure-toi... (i) Maintenant, du Madère! Je connais quelque peu les goûts de mon beau-père : 11 aime en prendre un doigt avant le déjeuner... (2) Ne manque pas le train qui doit nous l'amener; Mais prends ceci d'abord. (])

JEAN

Un écrin pour Madame...

GASTON J'en réserve en efl'et la surprise <à ma femme. Quand je te ferai signe, au dessert, tu sauras Ce que cela veut dire, et me l'apporteras.

JEAN Rien, Monsieur... (4) Que, Madame... en sera donc ravie! Un si touchant accord, Monsieur, me fait envie. A Lisette souvent je le dis et redis.

L'accord de deux époux.. . mais, c'est le paradis!.. De combler vos désirs Madame a l'habitude Et prévenir les siens est votre seule étude; Tous deux vous ne vove? que par les mêmes yeux; Quand pour l'un tout eit bien, pour l'autre tout est mieux.

(i) 7/ ôte son pardessus.

(2) Il tire sa montre.

(5) // remet à Jean, pardessus et eluipeau ai'er un èerin. (4) Avec un soupir, après aïoir liépoè l'éerin derrière nue pile d'assiettes sur le imjjet.

scKNE in 19

Tnndis qu'entre Lisette et moi, chaque minute Si toujours je ne cède, amène une dispute... Ce n'est pas rassurant, Monsieur, et je crains bien Qu'à votre sort jamais ne ressemble le mien...

GASTON

]e te comprends : tu crains pour ton futur prestige! \'a, va, mon pauvre Jean, rassure-toi, te dis-je. TeUe qui libre encor n'entend jamais céder Remet à son mari le soin de commander : Lisette simplement veut jouir de son reste Et te le t'ait bien voir; c'est son droit, sans conteste. En attendant, crois-moi, réconciliez-vous : Il n'en va plus ainsi lorsque l'on est époux.

JEAN

Dieu fasse que Monsieur ait raison! Mais si j'ose Le dire, comme lui je ne vois tout en rose Et ne souffrirai point, même entre fiancés, Q.ue les rôles, morbleu! soient ainsi renversés!..

(jASTOM Bon, te voilà parti!.. Jean, le dépit t'égare. ..

JHAN

C'est vrai, pardon, iMonsieur!.. J'en oubliais la gare,

Et vais vous apporter du Madère à l'instant...

C'est égal! si plus tard elle en veut faire autant... (i)

(l) Il fait le grsic (le la Ihittrc cl sert par la porte de droite, pour rentrer iiu instant après avec le Madère demandé qu'il dépose sur la table, puis il s'en va par la porte du vestibule.

Page 1