‹ La fortification du champ de batailleChapitre 15 sur 40 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

APPUCATION, À DEUX CAS DÉTERMINÉS, DES PRINCIPES GÉNÉ- RAUX DE LA FORTIFICATION DES CHAMPS DE BATAILLE. EXEMPLES DE POSITIONS RETRANCHÉES.

Afin que le lecteur puisse apprécier la valeur relative des diverses combinaisons proposées pour la fortification des champs de bataille, nous commencerons par faire une application des idées du général Rogniat, simplifiées et modernisées par le colonel baron de PidoU.

Nous supposerons qu'il s'agisse de retrancher l'aile droite d'une position et que cette aile, appuyée à une rivière bordée de prairies marécageuses , soit occupée par 6 brigades d'infanterie à 6 bataillons, 6 régiments de cavalerie à 4 escadrons, 20 batteries montées à 6 pièces et 3 batteries à cheval. (Voir pi. VIL)

La nature du terrain est telle qu'en occupant une colline qui s'étend depuis le bois jusqu'à la rivière, les troupes et les batteries de la première ligne découvrent le terrain en avant de la position ^ et dominent la plaine au centre de laquelle se trouve le village Y.

Les routes qui débouchent de ce village traversent la gauche de la position; la plus importante est pavée et conduit à la ligne de retraite de notre armée. Il est donc probable que l'ennemi attaquera de ce côté. S'il portait son principal effort sur la droite, il risquerait, en cas d'échec, d'être acculé à la rivière.

D'après ces données, on retranchera avec plus de soin et on occupera plus fortement la gaucl]^ de la position.

Sur la droite on se bornera à rendre défensif le petit bois qui longe la rivière, et à établir une forte batterie perpendiculairement à la route L M, qui débouche du hameau Z.

Ce hameau et le village Y sont trop éloignés de la position, pour qu'il soit utile de les défendre. On se contentera de les faire occuper par des détachements de troupes légères qui observeront l'ennemi de près

1 Pour abréger, nous appellerons posUum la partie de la position occupée par Vaile droite.

et rendront compte de ses premières dispositions d'attaque.

Si . ces villages commandaient des routes ou des défilés importants par lesquels l'ennemi devrait nécessairement déboucher, on les retrancherait avec soin et ils constitueraient alors des postes avancés ou des postes détachés^ selon qu'ils seraient ou ne seraient pas flanqués par Fartillerie de la ligne de bataille.

Le bois X, la ferme située en arrière de la droite de ce bois sur la route A G et le petit bois auquel s'appuie l'extrême droite de la première ligne, sont des postes intercalés.

La clef de la position est le plateau sur le versant duquel s'étend le bois X. Aussitôt que le gros des forces ennemies occupera ce plateau, toute l'aile droite sera dominée et coupée, à moins qu'elle ne fasse à temps un changement de front en arrière.

On devra donc organiser fortement la défense du bois X et masser à proximité les troupes de la réserve.

Trois bataillons de la 4^ brigade garniront la lisière de tirailleurs et de postes de soutien ; les trois autres bataillons, formant la réserve, occuperont le bois et se tiendront à proximité des routes qui le traversent.

la chaussée

A B et la route G D, on placera une batterie montée soit en avant du bois, derrière un épaulement, soit dans le bois, à quelques pas de la lisière, de façon à voir Tennemi sans être vu par lui.

Dans ce dernier cas, on abattra les arbres à une certaine distance en arrière de la batterie, pour assurer la retraite des bouches à feu et permettre ainsi aux canonniers de tirer jusqu'au dernier moment.

A moins que le temps ne fasse défaut, on renforcera la défense du bois en créant un abatis le long de sa lisière.

Il serait utile aussi d'en établir un sur le côté extérieur de la route qui traverse le bois parallèlement au front de bataille. Cet abatis, occupé par les réserves, pendant la retraite des tirailleurs et de leurs soutiens, constituerait ce qu'on appelle une coupure ou seconde ligne de défense.

Le premier r^iment de la 5® brigade, formé en colonnes de compagnie S sera établi derrière le bois, prêt à se jeter sur les troupes qui essayeront de le traverser ou de le tourner. Le deuxième régiment placera un bataillon dans la ferme avec parc boisé,

* Pour simplifier le dessin, on a indiqué sur le plan des colonnes de bataillon.

qui barre le chemin A G, un autre derrière la ferme et le troisième dans les retranchements de la batterie 3.

Deux des faces du bois seront flanquée» fsr Tes batteries 4 et 3. Afin que cette dernière découvre tout le terrain situé entre te village et le bois X, on sera obligé de raMT ou de brûler un petit bois situé en avant rfe la batterie, à Tintersection des che- Bmr^KIetHL '

Les batteries 4 et 3 seront protégées au moyen de retranchements construits d'après les indications de la fîg. % pL II, et dans lesquels on établira deux bataillons.

La 4« brigade aura son front couvert par les batteries 3 et S et par les retranchements qui appuient ces batteries. Un des bataillons occupera les retranchements de la batterie %.

La 2® brigade se trouvera en arrière des batteries 2etl.

Enfin la 1" brigade, à l'extrême droite, établira un de ses régiments dans le bois qui longe la rivière, et l'autre en seconde ligne, sur la gauche du bois. Le premier bataillon de celui-ci servira de soutien à la batterie 1.

Les emplacements des batteries 1, S, 3 et 4 sont choisis de manière que le terrain en avant de la posi-

176 LA FORTinGATION IMPROVISÉE

tion et les routes qui la traversent soient battus le mieux possible.

Les batfiûllons déployés de la première ligne se tiendront en arrière de la crête de la colline, pour échapper aux vues de Tennemi et à une partie de ses feux. Lorsque le moment d'agir sera venu, ils occuperont les tranchées-abris a^ h, Cj dj e^ f, construites dans les intervalles des batteries.

Les troupes de la seconde ligne se tiendront à 400 ou 500 pas de la première, sur la déclivité intérieure du terrain, où eUes seront convenablement abritées.

On évitera d'en placer derrière les batteries 4 , 2, 3 et 4, pour ne pas les exposer aux feux que lennemi dirigera sur ces batteries, au début de l'engagement.

La réserve, composée de la 6* brigade, de deux régiments de cavalerie et de 4 batteries, dont % à cheval, s'établira à 1,500 pas environ du bois, sur la route A B.

Afin que ces troupes puissent se porter facilement vers la droite du champ de bataille, on pratiquera des passages x^ Xj x^ x, dans le chemin creux F G qui interrompt les communications entre les deux ailes de la position .

L'artillerie sera placée de la manière suivante :

Deux batteries montées à la lisière du bois X, treize, derrière les épaulements de la première ligne, trois, en seconde ligne, derrière les 1", 2® et 3® brigades, et deux près de la réserve.

Les trois batteries à cheval se trouveront, lune derrière la 2* brigade et les deux autres avec la réserve.

Un régiment de cavalerie sera établi derrière la 1^® brigade, un derrière la 2®, un derrière le parc de la ferme, un derrière le bois et deux près de la réserve.

Appliquons maintenant nos idées à la défense d une position pour une armée entière.

Anciennement, les positions étaient occupées à raison de 15 à 20 hommes par mètre courant.

Pendant les dernières guerres, les armées ne comptaient que 7 ou 8 hommes par mètre courant dans les positions naturellement faibles, et que 4 ou 5 hommes dans* les positions naturellement fortes. Le général von Werder défendit avec succès sa position de la Lisaine, bien qu'il n'eût que 2 hommes par mètre courant, et le général Faid'herbe occupa la position de Beaune-la-Rolande à raison de 1 homme ' seulement, ce qui était évidemment trop peu.

178 LA POMIFICÂTIOX DIPAOyiSÉE

Pour calculer l'étendue d'une position, dans un site moyennement accidenté, on pourra généralement admettre la proportion de 6 à 8 honmies ' par mètre courant.

Quant à la manière de fortifier une position, il est évident qu'elle doit être en concordance avec le plan adopté pour sa défense. Il faut donc que les ordres généraux concernant cet objet émanent du général en chef.

Toute position a un champ défmsif et un champ offensif f c'est-à-dire que le front d'une armée, prête à livrer bataiUe, offre une partie plus favorable à la défense et un autre plus favorable à l'attaque. On peut sans doute citer des positions dont tout le front se prête paiement bien à l'offensive ou à la défensive, mais ce sont des exceptions qu'il serait dangereux de donner comme exemples.

Un général habile choisira toujours les positions de manière à pouvoir occuper une partie du terrain avec peu de troupes, afin de concentrer ses principales forces sur l'autre partie, qui sera disposée pour l'offensive.

^ A Gravelotte, la position des Français avait 14 kilomètres de développement et était occupée par 125,000 hommes, soit 9 hommes par mètre courant. A Mars-la-Tour, cette môme armée, forte de 140,000 hommes, occupait, entre cinq et six heures du soir, un front de 10 kilomètres, soit 14 hommes par mètre courant.

La victoire étant généralement décidée par une attaque réussie, il importe que Ton ait le maximum de forces disponibles au point et au moment décisifs.

Dans Topinion de quelques militaires, la tactique du choc, longtemps en faveur, doit faire place à la tactique du feu. C'est une erreur : ni Tune ni Tautre ne sont bonnes isolément ni absolument. Le choc doit être préparé par le feu, et le feu sans le choc ne peut pas conduire à la victoire.

Attaquer à propos sera toujours le grand secret du tacticien.

Une armée, trop faible pour lutter à chances égales, ne peut éviter le choc que dans une position fortifiée.

Il va de soi que cette position sera retranchée tout autrement que celle d'une armée qui est encore assez forte pour prendre l'ofifensive. En organisant la défense de cette dernière, l'ingénieur doit avoir pour objet principal de faciliter une contre-attaque. Il y parviendra en constituant fortement la partie du front où l'armée se tiendra sur la défensive, afin de rendre disponibles plus de troupes pour occuper la partie dont elle débouchera au moment opportun.

Lorsqu'une position présente ce double champ offensif et défensif, elle se trouve dans les meilleures conditions possibles.

Le champ défensif est celui dont l'approche offre le plus de difficultés, soit parce que le terrain est couvert d obstacles, soit parce que l'artillerie y eccupe des positions plus favorables.

Le champ offensif exige un terrain qui se prête à l'action prompte et décisive de grandes masses de troupes.

Le but de la fortification, sur le champ défensif, est d'arrêter l'ennemi le plus longtemps possible sans engager beaucoup de monde.

Le but de la fortification, sur le champ offensif, est : 1^ d'abriter les troupes de première ligne jusqu'au moment où tout est préparé pour l'attaque; et ^ de recueillir ces troupes, lorsqu'elles sont refoulées après une attaque manquée, d'arrêter la poursuite et d'empêcher que l'ennemi ne s'établisse dans les positions qu'il vient de conquérir.

Nous disposerons donc les ouvrages défensifs de manière à tromper l'ennemi sur nos projets et sur la force de notre position.

Pour atteindre ce but, dit un officier autrichien S nous donnerons à l'aile défensive une apparence offensive, ou bien nous l'établirons en saillie sur l'autre, ou bien encore nous la rapprocherons assez

* La fortification appliquée au champ de bataille, M. Millinkovie. Voir VOesterreichiscke Ungarische Wehrzeitufig, de 1868.

(le notre ligne de retraite pour que l'ennemi soit tenté de nous couper de notre base. En tout cas, le champ défensif devra comprendre les clefs de la position. »

Ces recommandations ne .doivent pas être prises dans un sens trop absolu. Neuf fois sur dix, lennemi, au premier coup d'œil jeté sur nos travaux défensifs, connaîtra nos intentions et saura par quelle aile nous comptons attaquer ou être attaqués.

Ce serait dans tous les cas une faute si, pour l'engager à aborder le champ défensif, on choisissait celui-ci voisin de notre ligne de retraite, car on lui fournirait ainsi l'occasion de frapper un coup décisif et de mettre notre armée hors de combat, après un seul engagement.

Sur le champ offensif, on ne construira que des tranchées-abris et des épaulements pour une partie des bataillons et des batteries de la première ligne. De larges intervalles permettront aux troupes et aux pièces de se porter, sans retard et en ordre de combat, à la rencontre de l'ennemi. Dans ce but, on devra nettoyer le terrain en avant de la position, combler les excavations nuisibles, couper les haies et ouvrir des passages dans les bois pour faciliter les mouvements offensifs.

Sur le champ défensif, une partie de ces obstacles

182 LA FORTIFICATION IMPROVISËE

et de ces couverts seront, au contraire, fort utiles, parce que, sans intercepter nos feux, ils abriteront nos tirailleurs et empêcheront Tennemi d'attaquer avec ordre et ensemble le gros de nos forces .

Les retranchements rendent surtout de grands services en cas de revers. Ils marquent la limite du mouvement rétrograde ; les troupes s'y arrêtent et s'y rallient naturellement, parce que l'honneur leur fait un devoir de les défendre ; l'ordre se rétablit, la confiance renaît, la liaison tactique entre les colonnes est reconstituée, le feu s'ouvre, la poursuite cesse et, si tout va bien, on pourra même reprendre loffensive.

Pour ralentir la poursuite, il conviendra d'établir, sur le front du champ défensif, des batteries qui prendront en flanc ou à revers les colonnes ennemie, lorsqu'elles approcheront du champ offensif. Dans le même but, il sera utile d'occuper des postes (fermes, enclos, groupes de maisons, etc.), en avant du champ offensif, à mesure qu'on avancera. Ces postes, défendus par de faibles détachements, rendront de grands services en cas de retraite. Ils sépareront les C0k>nnes d'attaque et obligeront Tennemî à suspendre sa marche, jusqu'à ce qu'il s'en soit emparé.

On établira également des ouvrages en seconde ligne, quand le terrain se relève assez fortement en

arrière de la position pour que Ton puisse de là plonger les travaux de défense de la première ligne, protéger une des ailes de cette ligne ou battre un accès important du champ de bataille.

Si les points d'appui de l'armée sont des ouvrages ouverts à la goi^e, Fennemi éprouvera moins de difficultés. Il suffira qu'il refoule les troupes qui ont débouché du champ offensif, et qu'il pousse ses têtes de colonne au delà des ouvrages, pour que les défenseurs de ceux-ci les abandonnent aussitôt. L'expérience prouve, en effet, que l'on ne peut pas compter sur l'appui de troupes qui battent en retraite. Au fort du danger, chacun ne songe qu'à soi .

Il faut donc qu'il y ait sur le champ offensif quelques ouvrages fermés dont l'ennemi soit absolument obligé de s'emparer avant de poursuivre les bataillons ébranlés de la première ligne.

Si l'on prévoit que l'on n'aura pas assez de temps pour donner à ces ouvrages un profil respectable, on les mettra à l'abri de l'attaque directe et de l'attaque tournante, par des abatis ou par un réseau de fils de fer.

La fortification du champ défensif exige un plus grand nombre d'ouvrages et des travaux plus importants.

Le but à atteindre est le suivant : assurer aux feux le maximum d'effet, et obtenir une grande résistance avec peu de troupes.

On disposera les ouvrages de manière que l'ennemi soit obligé de séparer ses colonnes et de s'avancer lentement, dans des directions battues par l'artillerie.

De même que sur le champ offensif, les tranchéesabris seront combinées avec les batteries et les ouvrages fermés; seulement, comme il ne s'agit point ici de prendre une offensive décidée, on rapprochera davantage les obstacles et on fera une part plus large à la fortification des localités (villages, fermes, bois, etc.), ainsi qu'aux défenses accessoires.

Le principal inconvénient des ouvrages fermés (d'offrir des points d'appui à l'ennemi quand il s'en est rendu maître) disparaît lorsqu'en arrière de ces ouvrages se trouvent des hauteurs sur lesquelles on pemt établir des batteries plongeantes.

L'emploi du fusil à tir rapide augmentant l'importance des retranchements, on peut diminuer la force des réserves extérieures et se contenter même d'une seule réserve pour plusieurs ouvrages. Dans ce cas, toutefois, on doit composer la réserve unique de troupes à cheval, dont Faction est plus rapide et plus décisive.

Les dimensions des ouvrages et letendue des intervalles qui les séparent ne sont pas soumises à des règles absolues. Bien battre le terrain et occuper fortement les points décisifs, voilà l'essentiel.

Une bonne disposition pour le champ défensif serait la suivante : de petits ouvrages avancés (flèches ou lunettes) battant les principaux accès ; à portée de fusil en arrière, la ligne principale d'obstacles, composée de trous de tirailleurs, de tranchées-abris, d epaulements, d'abatis, de réseaux de fils de fer et d'ouvrages fermés ; quelquefois en seconde ligne, des batteries et des redoutes, pour favoriser la retraite ou appuyer un changement de front.

Tous ces ouvrages seraient exécutés rapidement et, autcmt que possible, àl'insu de l'ennemi.

Un bois dont la lisière est fortement occupée et défendue par une ligne d'abatis, peut rendre de trèsgrands services en dérobant à la vue de l'ennemi une partie de nos lignes et de nos mouvements, en lui donnant de fausses indications sur nos forces et en l'obligeant à un grand déploiement de troupes pour s'en emparer. Toutefois, si le bois est trèsgrand , il perd ces avantages, la surveillêmce devenant trop difficile et la défense trop faible, par suite de la dissémination des soutiens et des réserves.

Pour flanquer les principales lisières, on établit dans les parties saillantes du bois des pièces légères, couvertes par des épaulements.

A défaut de ces parties saillantes, on assure le flanquement au moyen de redoutes ou de flèches.

Sur le champ offensif, les bois sont généralement nuisibles, parce qu'il est difiîcile d'en déboucher avec de fortes colonnes, et plus difficile encore de les traverser en bon ordre quand ces colonnes sont repoussées. Presque toujours, dans ce cas, les troupes se débandent lorsqu'elles arrivent à la lisière, ce qui transforme la retraite en une véritable déroute.

En revanche, les bouquets d'arbres sont très-utiles pour dissimuler une partie des troupes de soutien et donner à Tennemi de fausses indications sur nos forces et sur nos projets.

La même remarque s'applique aux villages retranchés.

Sur le champ offensif, ils gênent les mouvements et sépcu^nt les colonnes, ce qui est particulièrement dangereux quand l'ennemi est à portée de canon ; ils exigent beaucoup de troupes et sont quelquefois dominés par le terrain en avant.

ni

Pour appliquer ces principes généraux à un cas déterminé, supposons qu'il s'agisse de fortifier le champ de bataille d une armée composée de 16 brigades à 6 bataillons, de 18 régiments de cavalerie à 4 escadrons, de 9 batteries à cheval et de 48 batteries montées à 6 pièces. (Voir pL VIIL)

La position choisie pour cette armée est une colline dont la crête forme un angle d'environ 45 degrés avec la ligne de retraite AB. Lia gauche est appuyée à un marais, la droite à un petit bois. En arrière de cette dernière «die se trouve un grand bois que Ton doit considérer comme nuisible à la défense parce qu'il favorise un mouvement tournant.

En attaquant la droite de la position, l'ennemi peut espérer nous couper de notre ligne de retraite et obtenir ainsi un succès décisif.

C'est donc sur ce point que nous devons concentrer le gros de nos forces, et opposer à l'assaillant toutes les ressources de l'art défensif.

Le plus sûr moyen de fortifier un saillant que l'ennemi peut envelopper et tourner, est de créer des défenses qui prennent des revers sur ce saillant et d'autres qui permettent de disputer pied à pied le terrain en arrière.

On atteindra ce double but :

1** En retranchant le village E, et en établissant une batterie x en avant du grand bois de l'aile droite ;

2*^ En construisant à droite et à gauche du petit bois les redoutes 1 et 2, dans Imtervalle desquelles on établira la batterie f^ nécessaire pour balayer le terrain extérieur et particulièrement la route IK ;

3** En élevant derrière l'aile droite les redoutes 10, H et 12, pour former une seconde ligne de défense.

On empêchera une attaque à revers en occupant le grand bois, en construisant les batteries y et j/j pour défendre sa lisière extérieure, et en formant une ligue d'abatis, flanquée par les redoutes 1 et 10 et les batteries zetz'. Ces batteries et la redoute 10 se trouveront vis-à-vis des principaux débouchés du bois.

Il importe qu'entre la ligne des abatis et la lisière intérieure du grand bois il y ait un espace découvert d'au moins 300 mètres de largeur, pour favoriser, le jeu de la mousqueterie.

La partie du front comprise entre l'extrême droite et le village D forme le champ défensif, la partie restante, le champ offensif. En attaquant par ce dernier, nous pourrons couper l'ennemi de sa ligne de retraite AB et le rejeter sur les routes HG et IK qui Téloignent de sa base d'opération.

Le champ défensif se trouvant en saillie sur le champ oflTensif, assurera à ce dernier une protection des plus efficaces. Une attaque de ce côté ne présentera même aucune chance de succès aussi longtemps que le village D sera en notre pouvoir.

Il reste à ffûre connaître la nature et l'emplacement des travaux défensifs sur chaque partie du champ de hatailie.

L'extrême droite sera défendue par la batterie f et par les redoutes 1 et 2.

A la lisière du petit bois on construira une ligne d'abatis, qui se trouvera sous la protection de la redoute 1 et de la batterie !^.

Pour déterminer l'emplacement des grandes batteries qui doivent entamer la lutte de concert avec les batteries Xj f et g^ il importe d'étudier nonseulement la position à défendre, mais encore celle qu'occupera passagèrement l'ennemi au moment où il se préparera à l'attaque. Dans cette dernière, il y a spécialement à considérer les points où seront placées les batteries. Ces points se trouveront sur les hauteurs TT' et UU', à 2,500^00 environ de la position.

Pour contrebattre l'artillerie sur la première hauteur, on établira de grandes batteries en e^ d et c. L'emplacement de la batterie e est justifié, en outre,

par la nécessité de battre les routes QR et NO, remplacement de la batterie d, par la nécessité de flanquer et d'appuyer la grande ferme C, et l'emplacement de la batterie c, par la nécessité de flanquer la gauche du village fortifié D.

Pour contrebattre rartillerie de la hauteur UU', on établira de fortes batteries en a et en h. Ces deux emplacements sont justifiés, en outre, par la nécessité de battre la route HG et le sentier IK, et surtout les débouchés Q' et Q" des bois que ces voies de commimication traversent.

Toutes les batteries, et surtout celles du champ défensif, seront retranchées.

La batterie fest protégée par les redoutes 1 et 2; les batteries a et 6 se trouvent dans un rentrant prononcé qui les rend inattaquables; la batterie c est flanquée, à petite portée de fusil, par la redoute b; les batteries d d sont dans la même situation par rapport à la redoute 7, et les batteries e e ont pour appuis rapprochés les redoutes 8 et 9, ainsi que le groupe de maisons retranchées qui est en arrière de la redoute 9.

Les emplacements de ces redoutes ne sont pas uniquement justifiés par la protection qu'elles accordent aux batteries, qui constituent « la charpente de la position ».

En effet, les redoutes 1 et 2 sont utiles comme points d'appui de l'aile droite de la position; les redoutes 3, 4, 5 et 6 comme él<îments essentiels de la défense du village D; la redoute 7 comme point d'appui en arrière de la ferme C, sur la chaussée AB, et comme batterie destinée à enfiler cette chaussée; les redoutes 8 et 9 comme points d'appui de l'aile gauche. La redoute 8 sert en même temps à battre le terrain en avant de la ferme et de la redoute 9.

Les redoutes 10, H et 12 sont justifiées par la nécessité de couvrir le flanc le plus exposé de notre ligne de retraite, et d'avoir des points d'appui pour le cas où l'ennemi forcerait notre aile droite à se porter en arrière.

Elles seraient également fort utiles si l'ennemi refoulait notre centre ou notre gauche (ou l'un et l'autre à la fois). Dans ce cas, en effet, Tarmée pourrait prendre une nouvelle et très-bonne position en refusant son aile gauche et en s'établissant parallèlement à la route EF, son flanc droit appuyé au village et son flanc gauche à la redoute 10.

Si le temps fait défaut, toutes les redoutes seront du type le plus simple, et organisées pour l'infanterie seulement (voir fig. 1, pi. IV). Dans le cas contraire, on donnera à certaines redoutes un profil plus résistant et une organisation intérieure permet-

192 LA FORTinCATION IMPROVISÉfi

tant l'emploi de 4 à 6 bouches à feu par redoute. Cet accroissement de puissance est particulièrement désirable pour les redoutes 1 et 10, qui flanquent la longue ligne d'abatis en arrière de laile droite de la position, pour les redoutes 2 et 7, qui battent d'enfilade le terrain en avant du village D, pour les redoutes 5 et 8, qui battent de la même manière le terrain en avant de la ferme C, et pour les redoutes 3 et 6, qui empêcheront l'ennemi de s'établir dans le village D, après qu'il se sera emparé des redoutes 4 et 5, qui en défendent la tête ^

Aussitôt que l'emplacement des batteries a été arrêté, on doit indiquer les masques et les obstacles naturels qu'il est nécessaire de raser pour donner à ces batteries un champ de tir convenable ou pour empêcher l'ennemi d'approcher à couvert d'une partie de la ligne de bataille. Les bois W, X et Y se trouvant à plus de i ,700^00 de la position et dans le ravin qui sépare celle-ci des hauteurs occupées par l'artillerie ennemie, il ne sera pas nécessaire de les raser, parce que les projectiles de nos batteries passeront au-dessus et que, dans la marche on avant de l'ennemi, ils ne fourniront pas à celui-ci un couvert d'une très-grande utilité.

1 Les redoutes 3 et 6 sont utiles aussi pour battre la gauche de la redoute S et la droite de la ferme C.

Il n en est pas de même du petit bois qui se trouve à SOO^'OO ou 600"'00 en avant de la redoute 8. Gelui-^ci masquerait les feux des batteries e e, romprait la liaison de nos troupes, si notre aile gauche devait faire un mouvement en avant, et fournirait à lennemi, s'il loccupait en force, un point de résistance qui retarderait notre marche offensive ou la rendrait dangereuse. Ce petit bois devra donc être rasé ou brûlé.

La même précaution ne sera pas nécessaire pour le petit bois Y, situé en avant de la redoute 9. Ne masquant pas le feu des batteries et ne fournissant pas à l'attaque un couvert menaçant pour les dispositions de la défense, on pourra le laisser debout.

Quant aux petits bois et aux bouquets d'arbres qui se trouvent en arrière de l'aile gauche, ils seront très-futiles à la défense pour appuyer, en cas de revers, la retraite de cette aile S et pour masquer les troupes de la seconde ligne ou de la réserve.

S'il y avait entre les redoutes 2 et 4 des haies, des fossés et des clôtures qui ne gêneraient pas nos feux et rompraient la ligne des troupes assaillantes, il faudrait paiement les conserver, ces sortes

' Si, en effet, ces petits bois sont fortement occupés, Tennemi ne pourra pas les laisser derrière lui, et perdra un temps précieux pour 8*en emparer.

194 LA FonmcATiœr omovbéb

d'obstacles étant fort utiles sur la partie da firont organisée pour nne défense passire.

Ces mêmes obstacles seraient, an ocnitraire, nuisibles sur la partie disposée pour une défense active et d'où Ion doit, à un moment donné, déboucher avec ensemble, pour refouler lennemi et le couper de sa prindpale ligne de retraite A B.

La ferme et le village D, situés en avant du centre gauche et du centre droit de la position, sont des postes avancés.

Le groupe de maisons placé en arrière de la redoute 9, et le petit bois auquel s appuie Textrême droite de la ligne de bataille, sont des postes tnfer-* calés.

Relativement à la distribution des troupes, nous ne ferons que peu d'observations, notre but n'étant pas d'exposer les principes qui règlent cette partie de la tactique.

Le grand bois en arrière de l'aile droite est surveillé par la 1** brigade d'infanterie.

Le petit bois qui sert d'appui à cette aile, et les tranchées-abris construites entre la redoute 1 et la batterie x, sont défendus par la 2« brigade. En arrière de ce petit bois se trouvent deux régiments de cavalerie et une batterie à cheval.

La 3® brigade et un régiment de cavalerie occupent l'intervalle entre le petit bois et la batterie 6.

La 4^ brigade a un régiment dans le village D; FautK £^rme la réserve. En seconde ligne se trouvent deux régiments de cavalerie et une batterie à cheval.

Les 5®, 6® et 7® brigades, deux régiments de cavalerie, une batterie à cheval et trois batterias montées défendent l'espace compris entre les redoutes 6 et 7.

Enfin, les 8®, 9® et 10® brigades, avec trois régiments de cavalerie, une batterie à cheval et 3 batteries montées, occupent la gauche du champ de bataille.

Derrière cette aile se tient, masquée par un petit bois, une réserve partielle, composée des il® et 12® brigades d'infanterie, de deux régiments de cavalerie, de deux batteries montées et d'une batterie à cheval.

La réserve générale, composée des 13®, 14®, 15® et 16® brigades d'infanterie, de six régiments de cavalerie, de quatre batteries montées et de trois batteries à cheval, est placée derrière le centre droit du champ de bataille, à cheval sur notre ligne de retraite.

Il est désireible que tous les bataillons en première ligne, et surtout ceux qui occupent le champ défensif.

soient couverts par des tranchées. Les bataillons en seconde ligne, s'ils sont suffisamment abrités par la crête du mamelon, peuvent rester à découvert, en lignes de colonnes de compagnie ; ceux qui ne sont pas dans ce cas (par exemple les bataillons de l'aile droite) se déploieront, se coucheront par terre ou se tiendront dans des tranchées-abris.

Il sera utile aussi :

i^ De construire la tranchée i^ pour abriter la réserve extérieure de la redoute 1 , et la tranchée k, pour flanquer de feux de mousqueterie la gauche de la redoute 2;

iP De construire les tranchées / et m^ en avant des redoutes 4 et 5, pour rendre plus difficile l'attaque de ces redoutes et augmenter l'importance des feux de front du village D.

Ces tranchées occuperont le pied de la pente au sommet de laquelle se trouve le village ; elle* seront tracées de manière à pouvoir être enfilées par l'artillerie des redoutes 2 et 7, et on leur donnera un profil tel, que l'assaillant n'y puisse pas mettre ses tirailleurs à l'abri du feu des redoutes 4 et 5 ;

3^ De construire les tranchées n et Oj en arrière et sur les côtés de la ferme C, pour abriter la réserve extérieure de ce poste avancé. Afin que ces tranchées ne puissent pas être occupées par l'assaillant, après

la prise de la ferme, on les tracera de façon qu'elles soient enfilées par les redoutes 5 et 8 ;

kP De construire une tranchée p, en avant de la redoute 9, et des tranchées g, sur les côtés de cette redoute, à l'effet d'augmenter les difficultés de l'attaque.

Pour les raisons indiquées ci-dessus, la tranchée p sera profilée et tracée de manière à être battue directement par la redoute 9 et d'enfilade par la redoute 8.

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