‹ La fortification du champ de batailleChapitre 17 sur 40 · FONTENOY · texte numérisé non relu

FONTENOY

Bataille livrée à 56,000 Français, sous Maurice de Saxe, par 50, 000 Anglais, Hanovricns et Autrichiens, sous les ordres du duc de Cumberland.

Le maréchal de Saxe n'eut que la journée du 10 mai et la nuit suivante pour oi*ganiser la défense de sa position. (Voir pi. X.)

Comme le village de Fontenoy, placé au sommet de l'angle que formait la ligne de bataille, était le point le plus exposé aux attaques, il fut retranché avec un soin particulier.

On protégea les extrémités de la ligne en fortifiant le village d'Antoing, auquel s'appuyait la droite, et en créant des abatis, soutenus par deux redoutes a, dans le bois de Barry, auquel s'appuyait la gauche.

Le village d'Antoing, qui occupe la rive droite de l'Escaut, était flanqué par six pièces de 16, établies sur l'autre rive. En arrière de la position on avait construit une tête de pont, pour assurer, au besoin, la retraite de l'armée ^

Le maréchal de Saxe profita des petits ravins ou chemins creux, qui se trouvaient sur les deux côtés de Fontenoy, pour couvrir une partie de sa ligne de bataille; il fit, en outre, construire plusieurs redoutes à droite et à gauche du village, pour renforcer les parties qui n'étaient pas protégées par des accidents de terrain.

« Rien de mieux combiné que ce dispositif de défense, dit Noizet de Saint-Paul; il dénote une grande justesse de coup d'œil; malgré la brièveté du temps,

^ Quelques auteurs placent cette téta de pont entre le village d*Antoing et le ruisseau qui se jette dans TEscaut vis-à-vis de Galonné. Notre croquis est emprunté à Touvrage de Noizet de Saint-Paul.

rien de ce qui est indispensable à la défense n'est oublié. Mais, soit légèreté, soit insouciance de la part des agents chargés de l'exécution de ces travaux, Ion ne construisit que les redoutes t sur la droite du village; la gauche resta sans protection, et cette faute faillit faire perdre la bataille. Farinée anglaise ayant passé entre les redoutes a du bois de Barry et le ravin à gauche de Fontenoy. »

Toutes les redoutes étaient défendues par un bataillon et 4 bouches à feu; une seule, la redoute tV la plus rapprochée de Fontenoy, avait 6 bouches à feu.

L'utilité des retranchements dans cette journée est prouvée par le fait que les Anglo-Hanovriens attaquèrent trois fois sans succès le village de Fontenoy et que les Hollandais ne furent pas plus heureux dans les deux attaques qu'ils dirigèrent contre Antoing et les redoutes de droite. Ces attaques infructueuses causèrent de grandes pertes aux alliés. Ils eurent beaucoup à souffrir aussi de la redoute placée au sud du bois de Barry, laquelle servit de point d'appui aux attaques que le maréchal de Saxe dirigea cpntre la colonne anglaise, qui chercha à pénétrer par l'intervalle de 1 kilomètre environ, existant entre la redoute et les retranchements de Fontenoy.

exemples de positions retranchées 201

3® Caldiero.

L'archiduc Charles, voulant arrêter Masséna, occupa fortement, à deux lieues de Vérone, une colline légèrement découpée par quelques arêtes et par des vallons peu profonds. Il fit construire, sur tous les points favoraI)les, des redoutes et des batteries qui, se flanquaient réciproquement et dont les feux portaient jusqu'au fond des ravins. « Tous ces ouvrages, « dit Mathieu Dumas, étaient liés; ils s'étendaient a jusqu'à l'Adige, dont le cours fléchissant de l'ouest « à lest, au-dessus de Vérone, resserrait et forti- « fiait la gauche de la position. On n'apercevait «t aucun saillant, aucun mamelon qui ne fût garni «( d^artillerie, aucun point accessible qui ne fût barré « par des retranchements fraisés, palissades, coude verts de chevaux de frise ou d abatis; enfin aucun « intervalle qui ne fût occupé par les troupes et « hérissé de baïonnettes. »

Les Mémoires de Masséna donnent les détails suivants :

Monte Nafari, le point extrême et le plus élevé de la droite, était protégé par deux redoutes, l'une armée de 4 canons et d'un obusier, l'autre de % canons et d'un obusier, et par deux flèches dans l'intervalle desquelles on avait creusé des fossés.

202 LA FORTinCATION IMPROVISÉE

A partir de là, se trouvait une série de redoutes et de flèches S armées de SI à 5 canons; la dernière s appuyait à TAdige.

Le front de la position avait 7,000 mètres, de développement. En avant du centre et sur la droite de la route de Vérone à Vicence s'étendait le village de Galdiero.

L'armée de Tarchiduc comptait R0,000 hommes; celle de Masséna était un peu moins forte.

Les Autrichiens, résolus à disputer le terrain pied à pied, campèrent en avant de leur ligne de défense.

Le 29 octobre, Masséna les refoula depuis Vérone jusqu'au pied de la colline. Après une lutte acharnée, Galdiero resta au pouvoir des Français; mais ils évacuèrent ce poste à la nuit tombante, pour recommencer l'attaque le lendemain, dans de meilleures conditions.

Le 30, Masséna résolut d'enfoncer le centre des Autrichiens avec le gros de ses forces , pendant que Verdier passerait l'Adige et aborderait leur flanc gauche.

La première attaque réussit, mais la seconde échoua faute de moyens de passage.

' L*atlas de Mathieu Dumas indique 12 redoutes pour toute la ligne. Il y avait, en outre, une église et une maison crénelées.

Au centre, les Autrichiens furent refoulés jusque derrière leurs retranchements.

Molitor, chargé de faire une démonstration contre la droite, eut beaucoup à souflFrir de l'artillerie des redoutes. Il s'empara néanmoins de quelques-unes de celles-ci en profitant du recul des pièces pour entrer par les embrasures. Mais, attaqué simultanément, de front par les garnisons des ouvrages et en flanc par les colonnes qui débouchaient à travers leurs intervalles, il fut obligé de battre en retraite, après avoir fait des pertes considérables .

L'attaque du centre, grâce aux retranchements élevés en arrière de Caldiero, ne fit aucun progrès, et la journée se termina sans amener de résultat décisif. « Les Autrichiens, dit Mathieu Dumas, manœuvrant « et combattant en avant et dans les intervalles des « redoutes, avaient conservé intacte leur position <c retranchée; les Français avaient repoussé, battu, « dispersé leurs colonnes et les avaient forcés à se « retirer en désordre derrière leurs lignes. »

Le lendemain matin, Verdier ayant réussi à passer TAdige, se porta dans la direction de Caldiero ; les Autrichiens marchèrent à sa rencontre et empêchèrent pendant toute la journée la jonction de cette division avec celle de Duhesme, qui avait formé la droite des Français dans l'attaque du 30.

204 LA FORtlFIGATION IMPROVISÉE

Tandis que rArchiduc cherchait à entretenir ce combat traînant sur sa gauche et sur son centre, il exécuta, à Tinsu de Masséna, les premières opérations de la retraite (celle-ci ayant été rendue nécessaire par les désastres de Tannée d'Allemagne et par lobli* gation de couvrir la Hongrie).

Les retranchements de Caldiero permirent donc à Tarchiduc Charles de se retirer sain et sauf, après avoir disputé le terrain pied à pied pendant trois jours.

Ces retranchements ont ime grande analogie avec ceux que le maréchal Soult éleva en 1814 sur le Mont Rave, à Toulouse, et qui lui rendirent également de très-grands services.

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