‹ La fortification du champ de batailleChapitre 18 sur 40 · BORODINO · texte numérisé non relu

BORODINO

Bataille livrée par 127,000 Français, sous Napoléon, à 121,000 Russes, sous Kutusow.

L'armée russe (voir pi. XI), en position depuis deux joui's, avait établi au centre de sa première ligne une grande batterie bastionnée^ ouverte à la gorge et armée de 21 canons de gros calibre. Sur la gauche de cette batterie était le village brûlé de Semenofskoï, en avant duquel les Russes avaient

* Elle se composait d*une longue ligne ayant deux crochets à ses extrémités et un bastion au centre.

construit trois flèches. A 1,800 mètres de ces flèches, sur un mamelon, il y avait une redoute carrée, armée de 12 canons. L'extrême gauche s'appuyait à des hauteurs boisées.

Sur la droite de la batterie bastionnée on avait construit quelques épaulements pour défendre les approches du village de Gorki.

Entre ce village et la grande batterie, à 1,500'^00 en avant du front de la position, se trouvait le village de Borodino, occupé par 3 bataillons de la garde russe.

Uextrëme droite était prot^ée par trois flèches et par une ligne d'abatis contonroant la hauteur l>oisée à laquelle s'appuyait cette aUe.

La redoute avancée de Schwardino, établie devant le centre gauche, fut attaquée la veille de la bataille par la division du général Compans, qui s'en rendit maître, après une lutte opiniâtre. Deux fois cette vaillante division dut céder le terrain et ce ne fut qu'après le troisième assaut qu'elle parvint à s'y maintenir.

Le lendemain 7 septembre, les trois flèches en avant du centre gauche donnèrent lieu à un combat acharné. Le maréchal Ney, soutenu par Murât, ne les emporta qu^au prix d'énormes sacrifices.

Plus remarquable encore fut le rôle de la grande batterie du centre.

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Elle empêcha le duc d'Elchingeii de percer la ligne

Jugeant qu'il fallait l'emporter à tout prix, pour vaincre la résistance de Kutusow, Napoléon la fit attaquer de front par le prince Eugène, pendant que le 9P corps de cavalerie la débordait à droite et à gauche.

La batterie fut prise à revers par là grosse cavalerie, qui tailla en pièces ses héroïques défenseurs au moment où le 9^ régiment de ligne l'abordait de front.

Dès lors', la bataille était gagnée.

Si la gorge de la batterie avait été fermée, l'attaque aurait vraisemblablement échoué.

5° Sadowa.

La planche n? XII indique la position de l'armée autrichienne le 3 juillet, après l'arrivée du Prince royal. Lorsque, dans la journée du 1«^ le général Benedek donna les premiers ordres pour la répartition de ses troupes sur le champ de bataille, l'armée austro-saxonne avait, sur la Bistritz et au delà, des détachements plus considérables que ne le sont d'ordinaire des avant-gardes et des avant-postes.

D'après l'instruction qui fut communiquée à l'armée ce jour-là vers minuit, le corps saxon.

formant Textrême gauche, devait occuper une ligne de hauteurs en arrière de Popowitz et de Tresowitz; mais, au point du jour, on reconnut qu'il n'y avait dans cet espace qu'un très-petit nombre de chemins et que le corps serait mieux placé sur la hauteur qui se trouve entre Nieder-Prim et Problusr

On renonça aussi au projet que l'on «raît eu d'abord d'occuper fortement Nechaiûtz et les hauteurs situées en avant de Hradelr, qui dominent au tout loin le pays. Le commandant en chef jugea dangereux d'étendre sa gauche jusque-là, surtout après qu'il eut consenti à faire prendre une position moins avancée à Tarmée saxonne.

Le % au matin, la gauche s'appuyait à Charbusitz, Ober-Prim, Problus et Stresetitz, le centre à Langenhof, Lipa et Chlum, où il faisait un crochet vers Nedelist. A partir de Chlum, la ligne devait être complétée par le IV® corps, qui avait reçu la veille Tordre de se déployer entre ce village et Nedelist, et par le II® corps, qui devait se déployer entre Nedelist et l'Elbe.

En prévision de cette occupation, le général Benedek, avait prescrit au colonel du génie baron de Pidoll, de construire la batterie n® I, à 1,400 pas, au nord de Téglise de Nedelist; la batterie n^ II, à 1,500 pas au nord-ouest du même point; la batterie u? III,

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à 1,000 pas sur la droite de Chlam; la batterie n^ lY, près de la sortie nord de ce village, et la batterie n^ 5, à 500 pas sur sa gauche.

On lit dans le n^ 64 du journal autrichien le Kamerad (1867) : « Personne ne fit savoir au IV^ corps « que la ligne de front était marquée par les épau- « lements préparés pour les pièces. Quand on les « aperçut le matin du 3 juillet, on ne put s'empê- « cher d'être surpris de ce qu'on les avait placés « dans la partie basse du terrain, etcomme les pentes « sur lesquelles ils se trouvaient étaient vues de tous « les côtés, on dut nécessairement supposer qu'ils « étaient destinés, en cas de retraite, à permettre d'y « prolonger tant soit peu la résistance. »

C'est, en effet, le seul rôle que jouèrent ces batteries.

Le IV^ corps alla s'établir entre Chlum, Mas^ lowed et Horenowes, et le II® entre Horenowes et l'Elbe, ayant son front couvert part le lit marécageux de la Trotina. Pour s'assurer de cet appui, le II® corps n'eut qu'à occuper le défilé que forment la route et le chemin de fer auprès du moulin de la Trotina.

Indépendamment des batteries indiquées ci-dessus, qui furent construites dans la matinée du SI juillet, les pionniers autrichiens exécutèrent» dcois l'après-

midii les travaux suivants, pour compléter la défense de la position :

1^ Des abatis dans les parcelles du bois de Lipa qui se trouvaient immédiatement en avant de la batterie n^ V;

2® La batterie n** VI et des magasins de manipulation, sur le prolongement du même bois et au sud de sa lisière occidentale ;

3^ La batterie n** VII, au sud de la précédente (elle ne fut achevée que le 3, à 10 heures du matin) ;

4^ La mise en état de défense de la lisière occidentale de Lipa et de la lisière orientale de Chlum ; 5* La mise en état de défense de la lisière de Problus et de Nieder-Prim ;

6* Un abatis à la lisière du bois situé entre Problus et Charbusitz.

« Tous ces ouvrages, dit le général de MoltkeS « sauf ceux qu'on avait exécutés à Taile gauche, et a ceux qui se trouvaient sur le terrain occupé par le « III* corps (à Lipa et à Chlum), ne furent utilisés par « les troupes qu'en passant, au moment où elles « battirent en retraite. »

En 1869, plusieurs ofiSciers du génie autrichien firent une étude spéciale du terrain qu'avcdent occupé

* Histoire de la campagne de 4866;

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les 11^, III^ et IV^ corps d'armée, à la bataille de Sadowa, dans le but d'indiquer les travaux que les pionniers auraient pu exécuter en douze heures» pour la défense de cette partie de la position. Leur travail a été publié dans la O^errekhisehe milUarische Zeitachrift, par le lieutenant-colonel du génie Daublebsky.

Nous le résumerons en peu de mots :

L'on sait que la bataille de Sadowa fut perdue pour les Autrichiens, dès que l'armée du Prince royal occupa les hauteurs de Horeno wes et le Swiepwald ' . Il aurait donc fallu comprendre ces points dans la position et les organiser de manière à pouvoir les disputer avec la plus grande opiniâtreté. Il aurait fallu égale-, ment occuper le mamelon en arrière de Trotina.

Ces trois points dominent toutes les routes qui conduisent à Maslowed, à Sendrasitz et à Lochenitz.

Sur les hauteurs près de Horeno wes on aurait dû établir S redoutes X, réunies par une tranchée pour infanterie, et renforcées par des batteries.

On aurait dû établir ensuite une redoute sur la hauteur XII, voisine de l'embouchure de la Trotina.

Enfin, comme travaux de défense secondaires, on aurait pu prescrire les suivants :

1 Pour occuper cette forêt, les Autrichiens firent d^énormes pertes, et encore ne purent-ils s*y maintenir que peu de temps.

A. La construction de la batterie VIII, devant Cistowes, pour flanquer le côté sud-ouest du Swiep^ald et battre les passages de la Bistritz ;

B. La construction d'une redoute ou d'une tranchée à l'épreuve de l'artillerie (pour un bataillon), sur la crête IX, entre le Swiepwald «t le bob de Horenowes;

C. La construction d'un abatis à la lisière du bois de Horenowes; lorganisation défensive de la lisière nord et du château de ce village ;

D. L'établissement de barrages en x et y, pour retenir les eaux de la Trotina, et la construction d'un abatis dans le bois qui longe la rive droite de cette rivière, en avant de l'ouvrage XI;

E. La construction de tranchées et de batteries enterrées au point XI (débouché de plusieurs chemins creux venant de Sendrasitz), pour combattre l'artillerie ennemie sur le mont Horika;

F. La construction de la batterie XIII sur le chemin de fer de Kôniggrats, pour battre la partie inférieure de la Trotina;

G. Enfin, la création d'une deuxième ligne, par la mise en état de défense de Maslowed et de son plateau, ainsi que de la pointe du village de Sendrasitz, d'où l'on peut battre d'enfilade les deux chemins creux qui y aboutissent.

Il est incontestable que ces travaux auraient donné

à la droite de la position autrichienne une trèsgrande force. Nous croyons cependant qu'on eût dû les compléter par des batteries retranchées, établies sur les côtés est et ouest de Maslowed, en ayant de Langenhof, en avant de la gauche de Lipa et en arrière de Nieder-Prim.

La partie la mieux retranchée du champ de bataille était le centre, appuyé à Lipa et à Chlum. C'est aussi sur ce point que la résistance fut la plus brillante.

Pour compléter les défenses de la gauche, on aurait dû établir la redoute XV sur la hauteur cotée 733, entre Stresetitz et Lipa, et la redoute XIV en avant de Nieder-Prim, cette dernière pour flanquer la tête du village retranché de Problus et croiser ses feux avec ceux de la redoute XV, sur le chemin allant de Popewitz à Stresetitz.

Nous croyons enfin que le groupe défensif formé par les villages de Lipa et de Ghlum et les batteries IV, V, VI et VII, eût été considérablement renforcé par l'établissement d'une grande redoute sur la hauteur cotée 869, qui domine tout le terrain environnant.

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