‹ La fortification du champ de batailleChapitre 23 sur 40 · LOCALITÉS RETRANCHÉES. — PRINCIPES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

LOCALITÉS RETRANCHÉES. — PRINCIPES GÉNÉRAUX

APPUCATIONS DIVERSES. — EXEMPLES.

Une armée fait retrancher un boui^, un village ou un bâtiment isolé :

1^ Pour abriter un poste détaché : on appelle ainsi tout poste établi sur le front ou sur le flanc d'une position^ hors de portée de canon^ et servant soit à étendre Faction de l'armée, soit adonner avis de l'approche de l'ennemi, soit à l'arrêter pendant quelque temps, soit à disputer une communication importante.

A cette catégorie de postes appartiennent le moulin de Boussu, situé à une lieue de la position de Jemmapes ; le village d'Arcole, en arrière du flanc gauche de la position de ce nom; celui deyago,en avant de la

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position de Caldiero; celui de Wichau, en avant de la position qu'occupa Tarmée française entre Brùnn et Austerlitz, et la redoute Schwardino, élevée par les Russes en avant du centre gauche de leur position de la Moscowa, pour servir d'appui à Tavant-garde.

S^ Pùur abriter un poste avancé : on désigne sous ce nom des postes établis à quelques centaines de mètres du front ou des flancs d'une position dont ils reçoivent une protection efficace. Ils servent à empêcher les reconnaissances de l'ennemi, à retcu^der ses premières attaques, à menacer les flancs des colonnes qui essayent de les dépasser, à découvrir des pentes non vues, à occuper des points dominants, à battre de plus près des communications ou un cours d'eau. « Ils assurent la possibilité de résister plus longtemps a à des forces supérieures et rétablissent ainsi Féqui- « libre entre une faible défense et une puissante c attaque ^ » Le village de Neerwinden, situé en avant de l'aile droite des Autrichiens, le village de Borodino, en avant du centre des Russes à la Moscowa, le village d'Aillés et la ferme de Heurtebize, en avant de la position de Craonne, les fermes de Goumont et de la Haie-Sainte, en avant de la droite et du centre de Wellington à Waterloo, et la ferme

1 Traité de tactique appliquée, par le général Paris.

Saint-Hubert en avant de l'aile gauche des Français à Gravelotte» sont des postes de cette espèce.

30 Pour appuyer le front au les flancs d^une ligne de bataille.

L'histoire offre une foule d'exemples de ces postes que noc» appellerons points d'appui ou postes inter^ calés j parce qulls font partie du front de la position \.

Pêirmi les plus remarquables nous citerons le village d'Oberwinden, intercalé dans l'dle gauche des Autrir chiens à Neerwinden ; les villages de Telnitz et de Sokolnitz, devant la droite des Français à Austerlitz ; ceux d'Ëssling et d'Aspern, à Essling; le village de la Bothière, enclavé dans le centre de l'armée française à la Rothière; les villages de Ligny et de Saint- Amand, à Ligny» et le village de Saint-Privat, intercalé dans l'aile droite de l'armée française à Gravelotte.

4^ On fortifie encore des bourgs, des villages et des bâtiments isolés dans les mêmes circonstances où Ton construit des ouvrages fermés, à défense indépendante, soit pour protéger une ligne d'opération, soit pour couvrir des dépôts de vivres, d'armes ou de munitions, sur les flancs d une armée, soit pour mettre des troupes cantonnées à l'abri d'une

1 La différence qu'il y a entre ces postes et les postes avancés est souvent peu appréciable.

surprise, soit enfin pour disputer un pont et le franchir en présence de l'ennemi.

Nous nous occuperons spécialement des villages destinés à servir de postes avancés ou de points d'appui à une position.

Ces villages ont joué un rôle si important dans les guerres des xvn® et xvin* siècles, qu'une position n'était réputée bonne que lorsqu'il y en avait sur son front et sur ses flancs.

Frédéric II ne partageait pas cette opinion.

a Ou est revenu, dit un de ses généraux \ de « l'idée que dans une bataille il était avantageux <c d'attendre le combat lorsque des villages se trou- « valent devant, ou dans la première ligne; on les tf farcissait d'infanterie, on les fortifiait à la hâte, on « s'obstinait à les soutenir jusqu'à la dernière extré- <( mité et, le village perdu, la bataille l'était aussi. <( Neerwinden nous en fournit un exemple : à Ramilc( lies, sitôt que l'infanterie française fut délogée du <c village, la cavalerie put agir, et l'afiaire fut bientôt « finie. A Kesselsdorf il en fut de même. Dans la der- « nière guerre des Pays-Bas, les batailles du comte « de Saxe furent gagnées en emportant quelques vilce lages.»

On lit, d'un autre côté, dans les Principes généraux

i Warnery : Remarques sur la cavalerie^ (écrites en 1763.

de la guerre ^ de Frédéric II : « Nofre principe étant « d'attaquer et non pas de nous défendre, il ne faut « g£u*nir des postes semblables (cassines et cimece tières) que lorsqu'ils sont dans le front ou devant « les ailes ; ils protègent l'attaque de nos troupes et « ils incommodent fort les ennemis pendant la ba- « taille. »

Cette recommandation, trop absolue, s'explique par le fait que les villages des pays limitrophes de la Prusse c< étaient de bois et mal bâtis », de sorte qu'il suffisait, comme le dit Frédéric lui-même, de les attaquer avec des obusiers pour y mettre le feu et obliger l'ennemi à les évacuer. C'est ce qui arriva en effet, à Zorndorf (1738) où les cosaques mirent le feu au village de ce nom, et à Hohen-Kirchen, où les Autrichiens brûlèrent également le village qui a donné son nom à cette bataille ^.

Parmi les combats de ce temps qui prouvent l'utilité des villages retranchés nous citerons la bataille de Breslau, gagnée en 1757 par 80,000 Autrichiens sous le commandement de Charles de Lorraine, contre 30,000 Prussiens sous le duc de Bevern.

* T. XXVUl des Œuvres de Frédéric le Grand.

* On peut citer encore le village de Willingen, incendié à la bataille de Lawfeld (4747); la Haie-Sainte, incendiée à Waterloo; les fermes de Moscou et de Leipzig et le village de Saint-Privat, incendiés partiellement à la bataille de Gravclotte.

Ces derniers d<5fendirent pied à pied le terrain, depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit close, grâce à l'appui qu'ils reçurent des villages fortifiés de Pilsnitz, Schmidfeld et Hœfchen, situés en avant de leur ligne de bataille. Les défenseurs de Pilsnitz repoussèrent trois attaques de l'aile gauche des Autrichiens. Ils évacuèrent ensuite le village pendant l'obscurité, parce qu'ils n'avaient plus de raison pour s'y maintenir, la bataille étant perdue; mais la victoire des Autrichiens fut si peu décisive, que les deux armées restèrent le lendemain en présence Tune de Tautre.

Depuis la guerre de sept ans, on a eu de fréquentes occasions de constater que les villages bien choisis et bien occupés peuvent rendre d'immenses services, même sans être fortifiés ; témoin Neerwinden, Austerlitz, Raab, Aspem, Wagram, Gros Gôrchen, Leipzig, Arcis-sur-Aube, la Rothière, Ligny, Waterloo, Magenta et Gravelotte.

Au reste, Frédéric II, comme nous l'avons fait observer au commencement de cette étude, n'a jamais dédaigné l'emploi de la fortification pour augmenter la résistance des positions défensives. Les camps dé NeiTdorf (4741), de Czaslau (1742) et de Schweidnitz (1743) en sont la preuve.

« L'ennemi qui veut éviter le combat (disait-il dans

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« ses Pensées et règles générales pour la guerre) cherce che ses avantages dans un terrain difficile... fait « des batteries... se couvre de chevaux défrise, de « redoutes et de retranchements. »

Frédéric n'a blâmé que Tabus des fortifications, et sous ce rapport aucun reproche ne peut lui être adressé. Cet abus, en eflTet, qui procède d'une trop grande défiance dans la puissance oflensive des troupes, est pour le moins aussi dangereux que l'abus contraire, qui prend sa source dans une excessive témérité.

L'armée qui dédaignerait aujourd'hui le secours de la pelle et de la pioche ferait des pertes énormes, et celle qui s'immobiliserait derrière des ouvrages de fortification « verrait, comme le dit Vial, l'ennemi « défiler hors de portée pour venir l'attaquer soit <c sur ses flancs, soit par derrière. »

Les villages fortifiés conviennent surtout comme postes avancés du champ défensif. Sur le champ offensif ils sont moins utiles et quelquefois même nuisibles.

Ils gênent les mouvements des troupes et procurent à l'ennemi, lorsqu'il s'en est emparé, d'excellents points d'appui dont il est difficile de le déloger, et qui lui permettent de rétablir l'ordre dans ses colonnes ébranlées.

Souvent pour protéger un point faible ou battre

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un pli de terrain, un bâtiment isolé, ferme ou château, est préférable au meilleur village. Mais il faut pour cela que le bâtiment ou le groupe de bâtiments réunisse les propriétés suivantes : avoir un champ de tir libre en avant, des communications sûres avec le gros de l'armée, des bâtiments offrant une grande résistance à l'incendie, des clôtures faciles à défendre^ un corps de logis solide, situé du côté opposé à Tattaque, et dont il soit aisé de faire un bon réduit, enfin un emplacement qui ne l'expose pas trop aux feux éloignés de l'artillerie.

La mise en état de défense d'un pareil poste exige peu de temps et peu de troupes, et l'ennemi est obligé de s'en rendre maître avant d'aborder la ligne de bataille, tout aussi bien que s'il avait affaire à un village fortifié.

La ferme de Kismegyer située en avant du centre de l'armée autrichienne à Raab, fut extrêmement utile à cette armée; elle se composait d'un vaste bâtiment carré dont les murs avaient été crénelés,' et dans lequel se trouvaient 1,200 hommes. Le général Seras l'ayant attaqué avec de l'infanterie seule, fut repoussé par un feu de mousqueterie bien dirigé. 11 revint à la charge, après avoir reçu des renforts, et cette fois il pénétra dans la ferme, mais en laissant 700 à 800 soldats et 60 officiers sur le terrain.

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Tout aussi opiniâtre fut la lutte à laquelle donna lieu la prise de la bergerie d'Avenhayri, située en avant du centre gauche des alliés à la bataille de Wachau, livrée sous les murs de Leipzig.

A Waterloo, l'armée anglaise tira un excellent parti de la ferme de la Haie-SaintCi bien qu'elle ne fût occupée que par un bataillon de 430 hommes.

Parmi les faits récents qui attestent l'importance des bâtiments retranchés, nous citerons le presbytère de Magenta (1859); la ferme Cavalchina, à Custozza (1866); le château de Geisbei^, àWeissenburg (1870); les fermes Saint-Hubert, le Point-du-Jour et Moscou, à Gravelotte (1870), et le château de Montbelliard, dans la bataille qui fut livrée en 1871 sur la Lisaine, près de Belfort.

Malgré ces faits remarquables, nous croyons que dans bien des cas une redoute armée dé canons, ou un petit bois fortement occupé ^ rendront plus de services qu'une ferme ou un château fortifiés.

> On lit dans la Guerre franco-aUemandej par le grand état-major prussien :

« Le bouquet de bois situé en avant de la Folie (ferme intercalée « dans le centre français à Gravelotte), occupé en force par Tadvcrsairc c< et flanqué de chaque côté d*une batterie de mitrailleuses, avait été « l'objet de plusieurs attaques qui toutes avaient échoué, bien qu'exé- « cutées avec beaucoup d*élan. »

Voir aussi le rôle que jouèrent à Sadowa le bois de Swiepwald et celui qui se trouvait en arrière de Lipa.

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Les commandants d'armées n'auront plus la bonne fortune qu'eut le duc de Wellington, d'être attaqué par des généraux qui négligèrent d'employer l'artillerie pour détruire les postes avance de sa ligne de bataille. La faute commise par Seras dans l'attaque de la ferme Kismegyer, et par Guilleminot, Jérôme, Reille et Guiot dans l'attaque des fermes de Goumont et de la Haie-Sainte, a été trop souvent signalée pour qu'on y retombe de nouveau*

Désormais, lorsqu'une ferme ou château gênera l'assaillant dans sa marche ou dans son attaque, on l'écrasera promptement sous le feu de quelques batteries rayées.

Ce n'est pas une raison pour condêunner cette espèce de postes; il- faudra seulement qu'on s'y fie moins, et surtout qu'on ne fasse pas dépendre de leur occupation le sort d'une bataille.

L'art de retrancher les bâtiments isolés sera toujours utile pour organiser des réduits dans les villages, ou pour créer des postes d'appui dans les positions que l'artillerie* ne peut attaquer ni de loin ni de près, circonstance qui se présente quelquefois dans les pays de montagnes.

Avant d'exposer nos idées sur la défense des

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villages, nous ferons quelques remarques dont il sera nécessaire de tenir ccnnpte.

Il est incontestable que, dans les combats de localités, l'avantage appartient au défenseur, puisque celui-ci peut cacher ses troupes et les soustraire ainsi en grande partie aux fetix de Fennemi. Cet avantage toutefois a diminué depuis que la puissance de Fartillerie s'est accrue.

Les dernières guerres ont prouvé qii'à cause de la rapidité et de la précision du tir de la mousqueterie (dont la défense peut tirer plus de parti que l'attaque) les localités retranchées ofirent une résistance près» que invincible lorsqu'elles sont assaillies par Finfan» terie seulement, et qu'elles tombent au contraire plus rapidement qu'autrefois lorsque l'assaut est préparé par un feu violent d'artillerie.

Au combat de Weissenbui^ (1S70), toutes les atta* ques dirigées contre le château de Geisberg furent repoussées jusqu'au moment où l'artillerie allemande, enveloppant la position, força la garnison à déposer les armes.

L'assaut que donna la garde prussienne au village de Saint-Privat, dans la journée du 18 août, eut le même sort, parce qu'il n'avait pas été préparé par l'artillerie.

Le village ne fut pris qu'après que l'artillerie

saxonne du XIP corps et 10 batteries prussiennes y eurent mis le feu et causé de grands dégâts.

La ferme de Champenois située en avant du centre de la position française à Gravelotte repoussa, en lui faisant subir des pertes sensibles, un bataillon hessois qui Fattaqua trop tôt; elle ne fut prise que lorsque le feu de 4 batteries l'eut rendue inhabitable.

Citons encore l'attaque dirigée par les Français, le 29 novembre 1870, contre le village de l'Hay, attaque qui ne réussit point et coûta 1,000 hommes aux assaillants ^ parce que ceux-ci n'avaient pas fait agir assez longtemps leur artillerie, avant d'aborder les solides enclos et les bâtiments crénelés derrière lesquels se tenaient les Allemands.

L'attaque du 21 décembre contre Le Bourget eut le même résultat négatif, parce qu'on la fit également avant que l'artillerie n'eût ouvert des brèches dans les épais murs crénelés qui défendaient l'entrée du village.

Une attaque non préparée dirigée par les Allemands, le 1«' septembre 1870, contre le village de Noisseville, fut repoussée par les Français. Une deuxième attaque préparée par 114 pièces, établies au sud deServigny, eut au contraire un plein succès.

J La défense deParis, par le général Ducrot.

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Chaque fois que les Allemands débutèrent dans l'attaque d'une localité par un feu violent d'artillerie, l'assaut réussit d'emblée. Témoin la prise en une demi-heure du village de Sainte-Marie-aux-Chênes (situé en avant de Saint-Privat), après que 76 bouches à feu l'eurent accablé de feux convergents.

Les villages qui se trouvent dans des conditions telles qu'ils n'aient pas à redouter beaucoup le feu de l'artillerie — soit par leur emplacement, soit par la nature de leurs défenses — ont des avantages que ne possèdent pas les redoutes servant de points d'appui à une ligne de bataille.

On peut en effet y cacher mieux les troupes, y préparer des siu'prises à l'ennemi, en défendre le terrain pied à pied, et y faire des retours offensifs dans de bonnes conditions. En revanche, il faut plus de troupes pour les occuper et, lorsque l'ennemi s'en est emparé, il en forme d'excellents points d'appui pour ses opérations ultérieures.

La nature et l'importance des travaux à exécuter pour la défense des villages, varient selon les circonstances et les lieux.

On peut diviser les villages en trois catégories.

La première comprend ceux dans lesquels on établit des postes détachés qui doivent résister par

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leurs propres forces, le plus longtemps possible ou seulement jusqu'à ce qu'on puisse venir à leur a ecoi iM b A €ttÊt ea ft fguile appui iîtaiiMt kftinJUagps qui renferment des dépôts de vivres ou de munitions, ceux qui forment la ligne extérieure d'un cantonnement ou d'un quartier d'hiver, et ceux qui abritent des postes d'observation sur le front ou sur les flancs d'une armée.

A la deuxième catégorie appartiennent les villages situés en avant d'une ligne de bataille ou intercalés dans cette ligne.

La troisième catégorie comprend les villages auxquels s'appment les ailes d'une armée.

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