DEUXIÈME CAS
VUXAGES SUR LE FRONT d'uNE LIGNE DE BATAH^LE.
On a généralement peu de temps pour fortifier les villages de cette catégorie*.
* Les chemins par lesquels arrivent les secours sont généralement ceux qui doivent servir à la retraite.
' Souvent môme on est obligé de défendre un village avant qu*on
Afin de ne pas être pris au dépourvu, on organisera d'abord la partie qui fait face à Tenûemi, en occupant les clôtures et en obstruant les principales avenues au moyen de charrettes renversées ou chargées de pierres, de herses, de poutres, de tonneaux, de tas de pavés et d'autres matières encombrantes.
Si Ton n'a pas tout de suite l'ennemi sur les bras, on complétera ces défenses en faisant des abatis et des tranchées-abris, en construisant des épaulements sur les points les plus favorables à l'action de l'artillerie, et en barrant les chemins au moyen de barricades (fig. 21, pi. V) ou de coupures (fig. 2, pi. V). Les parapets de celles-ci, dans les passages importants, seront disposés en crémaillère, de façon à ne pas interrompre les communications avec la campagne. On flanquera les barricades et les coupures en établissant des tirailleurs dans les maisons voisines. Quelquefois on construira plusieurs barricades ou coupures Tune derrière l'autre, pour disputer le terrain pied à pied.
L'obstruction des chemins d*accès aura lieu de préférence aux coudes, pour que les barricades soient à l'abri des atteintes de l'artillerie ennemie et
y ait rien préparé. La guerre franco-allemande en ofifrc plusieurs exemples.
qu'elles n'empêchent pas, s'il y a un réduit, d'enfiler ces chemins.
Les flancs du village seront défendus de la même manière ; toutefois leur organisation pourra être moins complète que celle du front.
Quand le village se compose de maisons échelonnées sur les bords d'une grand'route qui se dirige vers l'ennemi (ce cas se présente fréquemment), on prolonge le front trop étroit de ce village par des retranchements, des batteries et des redoutes battant le chemin d'accès. Quand, au contraire, le front est trop étendu, on n'en retranche que les saillants, qui par leurs feux empêcheront l'assaillant d'aborder les parties rentrantes.
Si, après avoir exécuté ces travaux, on a encore du temps à sa disposition, on construira, à la limite du village, des lignes continues d'obstacles où, quand le pourtour est trop grand, des ouvrages à intervalles se protégeant les uns les autres et battant les principaux accès.
Lorsqu'on doit organiser défensivement une localité : ferme, groupe de maisons ou village, l'une des premières choses à faire est de supprimer, jusqu'à bonne portée de fusil (300"^00 au moins, 600"^00 au plus), tout obstacle ou masque pouvant fournir un couvert aux tirailleurs ennemis; cela s'appelle
274 LA FORTmCATION mPROVISÉE
dégager le champ de tir. On conservera toutefois les obstacles qui, sans gêner le tir de la défense, rendront incertain le feu ou gêneront les mouvements de l'assaillant, et cacheront une partie des dispositions prises pour le repousser.
D'après ce principe, on incendiera les meules de foin, on brûlera, coupera ou foulera aux pieds les récoltes dans lesquelles des tirailleurs pourraient se blottir, on coupera les arbres, les haies et les broussailles nuisibles, et l'on s'en servira pour remblayer les dépressions et les chemins creux où l'ennemi pourrait trouver un abri; on obstruera de même ou l'on comblera les fossés, à moins qu'il ne soit plus facile d'en adoucir un des talus, de manière a les soumettre aux feux des défenseurs ; on barricadera les chemins creux qui peuvent être enfilés, pour y retenir les assaillants; on brûlera enfin, ou l'on fera sauter toutes les maisons que l'on renoncera à défendre, en ayant soin de régaler ou de disperser les décombres.
Ne seront pas considérés comme nuisibles, les murs, les clôtures et les haies dont la face antérieure peut être battue de la position ou du poste retranchée
Les haies vives et les clôtures en planches peuvent
1 Une partie de ces prescriptions sont extraites de YÉcole de fortificatiati de campagne.
être utilisées comme revêtements extérieurs de parapets.
Quant aux murs de clôture, au lieu d'y percer des créneaux (opération qui exige des honunes exercés et des outils spéciaux), on tirera par dessus, en y adossant une banquette en terre ou en planches.
On évitera dans tous les cas d'établir de l'artillerie derrière les murs, quand cette artillerie peut être contre-battue. Sa vraie place est sur les côtés du village, où elle prot^e le front et les flancs.
Pendant qu'on exécutera ces travaux, une partie des troupes organisera, pour une défense pied à pied, les maisons les plus importantes du pourtour, et celles qui doivent servir d'appui aux barricades des rues; une autre partie renforcera le réduit et ouvrira des communications entre ce poste et les ouvrages détachés.
Si le village est situé sur le champ offensif, on y ménagera ou créera de larges voies de communication, pour favoriser le débouché des troupes.
C'est principalement sur ces voies qu'on organisera les barricades avec brisures, défendues par des maisons crénelées. Les autres voies seront obstruées par des barricades simples, flanquées paiement par des créneaux.
La partie postérieure du village restera seule
ouverte, et on détruira les obstacles qui pourraient gêner de ce côté l'action des troupes chaînées de reprendre le village.
Les débouchés, sur cette partie, seront battus pw les retranchements ou les batteries de la position, si le village est avancé, et par des batteries placées en deuxième ligne, si le village est intercalé.
La ligne extérieure de défense, composée de haies, de clôtures, d'abatis, de tranchées-abris et de batteries, s'appelle enceinte ou lisière. Comme la prise de cette ligne décide souvent du sort du village, on l'occupera en force, et on soignera particulièrement les parties saillantes, qui sont des points d'attaque.
L'enceinte sera défendue par une ligne de tirailleurs, dont les soutiens se cacheront derrière des maisons, se coucheront par terre ou s'établiront dans^ des tranchées-abris.
Les réserves spéciales, destinées à venir promptement au secours des points menacés, occuperont le marché, les carrefours et en général les endroits les mieux disposés pour arrêter les colonnes ennemies, secourir et rallier les troupes qui défendent le pourtour. Lorsque les emplacements qu'elles auront choisis sont exposés aux feux de l'assaillant, elles s'établiront dans des tranchées pourvues de gradins, d'où elles puissent déboucher rapidement.
LOGAUTÉS RETRANCHÉES 277
Les soutiens et les réserves spéciales ne doivent jamais sortir de l'enceinte pour prendre Toffensive. Ce rôle appartient à la réserve générale qui, au moment opportun, se jettera sur le flanc de l'ennemi, en contournant le village. Les réserves spéciales attaqueront l'ennemi à la baïonnette, dès qu'il aura franchi l'enceinte, et chercheront à le rejeter au delà.
Souvent on sera obligé d'ouvrir des communications entre les réserves spéciales et les points du pourtour vers lesquels elles devront se porter en cas d'attaque.
Comme il est de règle que les tirailleurs et les postes de soutien établis à la limite du village doivent éviter, en se retirant, de masquer le feu des réserves, on barricadera les routes ou les rues qui conduisent à ces réserves, et on pratiquera à travers les haies et les murailles, des chemins indirects par lesquels la retraite des postes extérieurs s'effectuera d'autant mieux que l'ennemi ne les connaîtra pas.
Si le village est très-grand, on le divise en plusieurs quartiers, à chacun desquels on assigne ime réserve spéciale \ Autant que possible les quartiers seront
' Dans ce cas, on recommande de créer un réduit par secteur; mais, bien que cette recommandation émane d^autorités respectables, nous croyons quHl convient de n*organiser dans chaque grand village qu*un seul réduit etd*y concentrer toutes les ressources, pour ne pas morceler la défense et diviser la responsabilité.
séparés par des ruisseaux, des rues ou des clôtures.
Dans le cas où il y aurait un cours d'eau ou une large rue coupant le village transversalement, on pourrait créer un retranchement, analogue à Ten-^ ceinte extérieure, en ayant soin toutefois, d'y ménager des passages libres ou pourvus de barricades mobiles, pour faciliter la retraite des tirailleurs et de leurs soutiens.
Ce retranchement, défendu par les réserves spéciales, donnerait à la réserve générale le temps d'arriver et de repousser l'assaillant. On en a constaté l'utilité pendant la guerre franco-allemande, dans la défense du Bourget, qui avait trois lignes d'obstacles transversales. (Foirûg. 1, pi. XIV.)
Indépendamment du retranchement — et lorsqu'il n'en existe pas — on créera à l'intérieur, ou près de la sortie du village, un réduit qui aura un commandant spécial et une garnison séparée. On fera choix à cet effet d'un bâtiment solide, facile à défendre et d'où l'on puisse battre les principales rues. Ce sera tantôt une église, tantôt un château, une fabrique ou une grande maison isolée. Dans l'çnclos ou sur les côtés, on établira, si rien ne s'y oppose, une ou deux pièces de petit calibre pour battre le débouché principal. Le réduit étant l'âme de la défense, im point d'appui pour la retraite et pour les retours offensifs, quelques
ingénieurs sont d'avis qu'il faut le fortifier en premier lieu, et s'étendre ensuite successivement jusqu'au dehors, au fur et à mesure que le temps, les moyens, les forces et les circonstances le permettront; qu'il faut dans tous les cas occuper les maisons voisines, pour prendre des revers sur le réduit et ne pas y être bloquée Mais l'expérience de la guerre n'a pas justifié cette opinion; elle a prouvé, au contraire, que dans la défense des^villages, comme dans celle des bois, il convient de retrancher en premier lieu la lisière, dont la perte décide presque toujours du sort de la position.
On dégagera le champ de tir du réduit en rasant les obstacles qui pourraient gêner les feux ou offrir un couvert à l'assaillant ; on formera des abatis, de préférence devant les saillants qui sont les points faibles; et pour que la garnison tienne jusqu'au dernier moment, on combinera les moyens de ferme^ ture d'une des portes de manière à pouvoir les enlever facilement.
On calculera la force de la garnison du réduit à raison de 1 homme par mètre courant de clôture ou par mètre courant de pourtour, s'il n'y a pas de clôture.
* U officier dHnfanterie m campagne, par le général Roguet. Page 241.
Indépendamment des réserves spéciales ou intérieures, il y aura une réserve générale ou extérieure, composée de trois armes, pour protéger la goi^ du village, empêcher les mouvements tournants, attaquer en flanc les colonnes saillantes, quand elles approcheront de la lisière, les poursuivre quand elles auront été repoussées par les tirailleurs et les réserves intérieures, venir au secours des troupes qui défendront les abords du réduit, tenter enfin de reprendre le village dès que Tennemi s'en sera emparé \
La réserve générale se place en arrière du village, vis-à-vis des débouchés; elle profite des obstacles naturels pour se couvrir et, quelquefois, s'établit dans des tranchées qui débordent les flancs du village.
Il sera souvent utile de remplacer le réduit par une redoute avec ou sans blockhaus. Ce cas se présentera même chaque fois que l'ennemi pourra attaquer le réduit avec de Tartillerie.
Il va sans dire qu'alors une partie seulement de la réserve occupera le réduit; le reste se tiendra à proximité, en s'abritant autant que possible derrière des obstacles naturels ou dans des tranchées. Quelquefois on construira, sur les côtés et en arrière du village, des épaulements pour couvrir des détachements de
1 Tant que le réduit tient, le village peut être repris et rien n*esL perdu.
LOCALITÉS aETRÀNCHÉBS 281
cavalerie chargés d'attaquer en flanc les colonnes assaillantes.
Il n'est pas nécessaire que tous les villages servant de points d'appui à une ligne de bataille soient organisés de cette manière. Souvent la résistance d'une localité sera suffisante si elle permet à des forces supérieures à celles de l'assaillant d'arriver et de se déployer. Dans ce cas, les travaux de mise en état de défense se borneront à l'organisation de l'enceinte et à l'établissement de barricades aux endroits où cette enceinte coupe les rues du village.