TROISIÈME CAS
VILLAGES SITUÉS SUR LES FLANCS d'uNE UGNE DE BATAILLE.
On agira comme dans le cas précédent, en ayant soin d'oi^emiser la défense de telle sorte que le village ne puisse pas être tourné. Pour atteindre ce but, on construira, sur le flanc menacé, des redoutes armées de canons, formant un crochet en arrière.
On fortifiera, en outre, la partie postérieure du village, pour la préserver d'une attaque à revers.
Dans l'organisation de la défense extérieure, la plupart des ingénieurs préconisent l'emploi des moyens suivants :
Détruire les ponts et obstruer, à l'aide de barri-
282 LA FORTinCATION IMPROVISÉE
cades ou d'abatis, toutes les issues qui peuvent servir à lennemi ; disposer ensuite pour la défense, les habitations comprises entre ces issues; percer des créneaux dans les murs qui donnent sur la campagne et notanunent dans ceux qui, en raison de leur saillie, forment des espèces de flancs ; barricader solidement les portes et les fenêtres du rez-de-chaussée ; établir des barrages dans les cours d'eau qui peuvent fournir des inondations; renforcer les points vulnérables du pourtour par des abatis ou des palissades ; enfin, détruire autant que possible tout ce qui peut offrir un couvert à Tennemi ou gêner l'action de la défense. Parmi les prescriptions que nous venons d'indiquer, il en est qui ne pourraient être exécutées convenablement et en temps opportun, que si l'on attachait à chaque bataillon un peloton de soldats du génie avec un fourgon d'outils. De ce nombre est la construction de créneaux dans les maisons extérieures du village, pour former la première enceinte défensive. Cette prescription a, du reste, perdu de son importance depuis l'introduction des canons rayés. Les projectiles explosifs de ces canons produisent en effet de si grands ravages à l'intérieur des bâtiments, qu'il serait impossible d'y maintenir des troupes après quelques coups. Ce n'est que dans le cas exceptionnel où l'attaque se ferait sans le concours
de rartillerie, que Ton pourrait conseiller la misé en état de défense de bâtiments- situés à la limite du village. On le pourrait encore s'il s'agissait de grands enclos, entourés d'épaisses murailles, comme Tétaient par exemple la Bergerie, le parc de Saint-Cloud, le château de Bougival et le Haras, dans la ligne de défense des Prussiens, entre Saint-Cloud et Bougival. Alors, derrière ces enclos, on construit des tranchées ou des abris, dans lesquels les défenseurs se retirent pendant les fortes canonnades, et d'où ^s ne sortent qu'au moment de l'attaque.
On peut aussi retrancher avec succès, dans quelques circonstances, les maisons et les enclos en maçonnerie situés sur les côtés d'un village, ces côtés étant moins exposés aux feux de l'artillerie que le front tourné vers l'ennemi.
Nous sommes d'avis que les meilleures fortifications extérieures (sauf dans les cas exceptionnels indiqués ci-dessus) sont celles qui se composent de retranchements continus, lorsque le poste n'est pas trop étendu, ou d'ouvrages détachés, reliés par des abatis, des haies rendues défensives et des tranchéesabris, lorsque le périmètre a un développement considérable.
En arrière de ces défenses et principalement dans les rues que les colonnes ennemies doivent traverser
pour arriver au réduit, on occupera solidement quelques mcdsons, qui seront d'autant plus utiles, que Fennemi ne pourra pas les canonner de loin.
Un exemple de ce genre de défense nous est fourni par la bataille d'Allerheim livrée en 1645. (Fuir pL IX.)
Le château d'Allerheim était occupé par SI bataillons et 3 canons, et le village fortifié, par 7 bataillons et 6 canons.
Ce dernier fut attaqué par 3 bataillons sous les ordres du général Marsin. Ces bataillons, passant à travers les retranchements, arrivèrent jusqu'au milieu du village, où ils se trouvèrent exposés à un feu nourri partant des édifices occupés par les Bavarois . Décimés par ce feu et vivement attaqués par les renforts que Mercy envoya sur ce point, ils furent bientôt obligés de céder le terrain. Aussitôt Condé fit avancer le reste de l'infanterie du centre et reprit l'attaque avec une nouvelle ardeur. Il perdit dans cette lutte acharnée tous ses aides de camp, et fut lui-même blessé. Presque au même instant, Mercy tomba frappé par une balle de mousquet.
A la nouvelle de cette mort, les Bavarois se retirèrent du village ; seules les troupes postées dans les bâtiments en pierres et dans l'église continuèrent à se défendre avec une rare énergie.
Le combat resta indécis sur ce point jusqu'à ce qu'une brillante attaque de l'aile gauche de Condé forçât l'armée bavaroise à se retirer. Aussitôt les troupes de Weimar et de Hesse, qui composaient cette aile, se jetèrent sur le flanc droit et sur le derrière du village, et obligèrent ses défenseurs à déposer les armes.
Cet exemple témoigne en faveur du mode de défense que nous préconisons et qui consiste à protéger le pourtour des villages au moyen de retranchements, et l'intérieur au moyen de bâtiments crénelés.
Lorsque ces bâtiments, destinés à servir de points d'appui aux réserves ou de réduit à la défense, peuvent être attaqués à coups de canon, ou lorsqu'ils ne sont pas assez importants ni assez bien situés pour être convenablement retranchés, il est prudent d'y renoncer et de les remplacer par une ou plusieurs redoutes.
A l'appui de cette opinion, nous pouvons invoquer les remarques suivêmtes faites par Napoléon sur l'attaque d'Allerheim : « Il n'est pas extraordinaire que, « sans obusiers et ayant si peu d'artillerie, Condé ait <c échoué dans toutes ses attaques contre ce village, <c soutenu à 100 toises par la ligne de bataille, et « dont les maisons étaient crénelées ainsi que l'église
« et le cimetière, et défendu par une infanterie supé- « rieure non-seulement en nombre mais en qualité, «c Sans la mort de Mercy, le champ de bataille serait « resté aux Bavarois. »
. Nous sommes donc partisan de l'emploi de la terre comme masse couvrante, dans la défense des villages.
Parmi les moyens accessoires, nous recommandons les haies (derrière lesquelles on élèvera des parapets), les clôtures en bois, les abatis et les réseaux &ï fils de fer.
Si le village a de longues rues par lescfoeUes l'ennemi est obligé de s'avancer, on les barricadera et on postera des tirailleurs dans les maisons voisines, organisées pour une défense pied à pied. Les barricades seront élevées de préférence dans les coudes, pour qu'elles soient à l'abri des coups directs et pour qu'elles n'interceptent pas le feu du réduit dans les rues qui peuvent être battues par cet ouvrage. Quand on aura le temps de le faire, on creusera un fossé devant ces obstacles et on élèvera une hanquette derrière (fig. 2, pi. V).
Au besoin, on établira des fougasses-pierriers dans les rues que les colonnes ennemies doivent suivre ou, mieux encore, sur les points où elles sont obligées de s'arrêter momentanément pour franchir ou déblayer un obstacle (abatis, barricades, etc.).
Enfin, on transformera en réduit, soit un pâté de maisons, soit un ou plusieurs bâtiments solides et favorablement situés; mais, de préférence, on assignera ce rôle à des redoutes, moins dangereuses pour ceux qui les défendent que des bâtiments en pierre, et presque toujours mieux situées, parce qu'on les établit sur les points les plus convenables pour arrêter Tennemi, favoriser le ralliement des postes extérieurs et assurer l'évacuation du village.
Bien que dans les localités fortement retranchées la lutte décisive ait lieu à Tintérieur, nous ne sommes pas d'avis que cette lutte doive avoir pour principal théâtre les maisons et une succession d'enceintes fortifiées. Â ce point de vue, la recommandation suivante du général Roguet semble trop absolue et même dangereuse : « On doit se défendre de maison « en maison, de muraille en muraille, malgré le <c canon ennemi, en se retirant de la première enceinte « forcée à la seconde ; de celle-ci sur une troisième ce ou dans le réduit; employer les poudres, grenades « lancées à la main ou à l'aide du tonneau grenadier, c( et, au besoin, les pierres, les tisons enflammés, (c Teau bouillante jusqu'aux derniers retranche- « ments^ »
L'officier d'infanterie de campagne^ p. S63.
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d'agilité et qu'à cause de cela même, elle peut être moins nombreuse.
Si Ton n'a que de l'infanterie, la force de la réserve doit être à peu près égale à celle des détachements qui occupent le village.
La réserve extérieure se tient à couvert, le plus près possible des endroits où elle doit agir. Si le village ne présente pas en arrière de ses flancs des abris naturels, il conviendra d'en créer, surtout pour l'infanterie qui est l'arme la plus facile à couvrir. La cavalerie, dans ce cas, se tiendra cachée derrière le village, à Topposile du point d'attaque.
Il est dangereux de masser beaucoup de troupes dans les villages. L'histoire le prouve par plus d'un exemple. En 1704, à Hochstaedt, le maréchal de Tallard avait mis dans le village de Blenheîm 27 bataillons et 12 escadrons. Ces troupes, enveloppées par l'armée de Marlborough et décimées par les feux convei^ents de son artillerie, furent obligées de mettre bas les armes, après une défense médiocre.
Les villages de la Rothière et de Ligny, qui se défendirent avec succès en 1814 et en 1815, avaient pour toute garnison, le premier 5,000 hommes et le deuxième 4 l/â bataillons, plus 6 en réserve.
Quand les villages ont une trop grande étendue, on n'en retranche qu'une partie, en ayant soin de raser
OU de brûler les constructions dont Tennemi peut tirer parti dans l'attaque.
Il arrive souvent que sur le front d'une position se trouvent des villages composés d'une longue rue.
On ne retranche alors que la partie postérieure de ces villages, en ayant soin de déblayer en avant de la lisière un espace suffisant pour favoriser l'action de la mousqueterie.
Si les travaux de défense enveloppaient également la tête du village, on exposerait les batteries et les défenseurs de cette partie à être coupés par une attaque dirigée contre les flancs, nécessairement trèslongs et très-faibles.
Pour montrer comment doit être oi^anisée et combinée la défense des localités, nous considérerons deux cas :
1® Un village situé en plaine (les villages qui cou* vrent le front d'une armée se trouvent fréquemment dans ce cas) ;
^ Un village traversé par tm cours d'eau et dominé du côté de l'ennemi par des hauteurs dangereuses (à cette catégorie appartiennent quelquefois les villages qui servent d'appui aux flancs d'une armée et ceux qui forment la ligne extérieure d'un quartier d'hiver ou d'un cantonnement).