‹ La fortification du champ de batailleChapitre 28 sur 40 · DEUXIÈME CAS · texte numérisé non relu

DEUXIÈME CAS

Supposons qu'il s'agisse de fortifier un village traversé par un ruisseau servant de ligne de défense à un quartier d'hiver. (f^otV fig. 2, pi. XIII.)

Le terrain au-delà du ruisseau se relève fortement jusqu'au plateau M N, qui domine l'agglomération bâtie.

On reconnaîtra tout d'abord que ce plateau doit être occupé fortement pour que la défense du village soit possible.

Nous y construirons, les redoutes 1 et % dont les faces seront disposées de façon à battre les routes A et B et les pentes du terrain. On coupera les arbres qui bordent ces routes, et on formera devant le village, une ligne d'abatis dont l'approche sera défendue par les redoutes et les retranchements élevés dans leur intervalle.

296 LA FORTinCATlON IMPROVISÉE

La droite du village sera couverte par un tracé en crémaillère 7-8-9-40. La branche 7-8 recevra 3 ou 4 pièces, pour battre la déclivité du terrain sur la gauche de la route B.

A partir du saillant 7, le retranchement traverse le vallon du ruisseau.

Un barrage à déversoir, construit au point A, permetti*a de tendre les eaux jusqu'à la cote 4.00 et de rendre impraticable le chemin C.

La gauche du village sera protégée par des retranchements analogues.

A cause de l'importance de la route D, et pour bat* tre le terrain entre cette route et la crête du plateau à gauche de la redoute S, on construira la redoute 3.

A droite et à gauche de ce dernier ouvrage, on formera une ligne d'abatis, avec des arbres coupés dans un petit bois situé à proximité. Cette ligne sera flanquée par les redoutes 3 et 4.

Les redoutes 4 et 5 et le retranchement r-«-f^ qui les relie^ défendront la gorge du village.

Bien que la partie située au delà du cours d'eau soit la plus exposée, cependant à cause de l'éloignément de l'armée, il se pourrait que l'ennemi envoyât une de ses colonnes sur l'autre rive, pour attaquer la gorge pendant que le gros de ses forces se porterait contre les redoutes 1 et 2.

LOCAUTÉS RETRANCHÉES 297

C'est pourquoi la goi^ doit être retranchée avec autant de soin que les flancs.

Ce n'est pas la seule différence qu'il y ait entre la défense de ce village et celle du précédent.

Ce dernier, se trouvant en avant d'une armée en bataille, doit être couvert par une ligne d'ouvrages à larges intervalles, qui rende facile le dé* bouché et la rentrée des colonnes; pour la même raison, ses principales rues doivent rester libres.

Un village occupé par un poste détaché, qui a pour mission de disputer le terrain le plus longtemps possible, n'exige pas ces précautions. Il sujffit que la partie la plus exposée soit couverte par une ligne d'obstacles continue, et qu'il y ait des barricades dans toutes les rues; on ne ménagera des ouvertures que du côté par où des secours peuvent arriver.

Le choix du réduit donne lieu à quelques observations.

L'église 6 est trop près du point d'attaque pour constituer un bon réduit. La maison communale, située sur la place e, conviendrait mieux; mais, en occupant ce bâtiment, on ne prot^erait pas deux ponts nécesscdres à la défense. On se retranchera donc de préférence dans la fabrique dj qui commande l'un des ponts, et dans le groupe de maisons t ij qui commande l'autre.

Toutefois, si l'ennemi, comme il faut le supposer, a de l'artillerie pour appuyer son attaque, ces deux postes ne feront pas une longue résistance ; aussi proposerons-nous de créer un réduit plus solide et plus facile à défendre, en réunissant les redoutes 4 et 5 par un retranchement u-v-w battant l'intérieur du village.

La réserve comprend 3 1/2 bataillons et 2 escadrons; on établira 1 bataillon sur la place publique Cj pour appuyer et rallier les postes de soutien aa aa (lesquels se retireront par des chemins pratiqués à travers les jardins); 1/2 bataillon organisera la défense du ruisseau, en crénelant les murs de la fabrique d et des maisons t i, et en prenant des mesures pour interrompre les communications au moment opportun; les deux derniers bataillons occuperont l'intérieur du réduit; enfin, les deux escadrons se tiendront l'un derrière le petit bois de la gauche, l'autre derrière la redoute 4.

Si le village à fortifier était entièrement isolé, s'il n'avait de secours à attendre d'aucun côté, et s'il pouvait être attaqué sur tous les points de son périmètre, le réduit devrait se trouver à l'intérieur du village.

Les deux exemples que nous venons d'exposer embrassent à peu près tous les cas, et font conncutre

les principales conditions auxquelles doit satisfaire la défense des villages dans Tétat actuel de l'art de la guerre.

Il va sans dire que les dispositions indiquées ci-dessus devraient subir d'importantes modifications, s'il s'agissait de fortifier des villages ayant, comme ceux de la banlieue de Paris, des châteaux et des parcs entourés de solides clôtures en maçonnerie. Dans ce cas, en effet, on utiliserait, pour l'oi^nisation de Tenceinte, les bâtiments et les enclos situés en arrière et sur les côtés du village, qui sont les parties les moins exposées aux feux de l'artillerie ennemie. On compléterait lenceinte au moyen de tranchées et d'abatis, et Ion ne renoncerait d'une manière absolue à l'appropriation des bâtiments que sur le front du village, où, selon nous, l'on doit employer exclusivement des retranchements en terre appuyés par des redoutes.

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