LE BOURGET
Pour donner une idée de la manière dont les Allemands ont retranché les villages, durant la guerre de 1870-1871, nous mettrons sous les yeux de nos lecteurs le plan du Boui^t. Ce village, situé à 2,000°^00 environ de la ligne de blocus au nord de
Paris, avait été retranché partiellement par les Français. Une division de la garde prussienne s'en rendit mmtre le 30 octobre, après un combat opiniâtre dans lequel 33 officiers et 444 hommes de cette division furent mis hors du combat. Les pertes des Français s'élevèrent à 1,100 ou 1,S00 hommes tués» blessés et faits prisonniers.
Après cette journée, Le Bourget fut retranché complètement, {roir fig. 1 , pi. XIV.) Dans cet état, il eut à soutenir, le 21 décembre, une vigoureuse attaque des Français, faite par les brigades Lavoignet, Lamothe-Tenet et Hanrion (celle-ci formant la réserve).
L'action commença à sept heures du matin, après une violente mais trop courte canonnade. A neuf heures et demie, la colonne Lamothe-Tenet occupait toute la partie nord-ouest du village. La colonne Lavoignet, dirigée sur la partie sud, avait rencontré une plus vive résistance. Après la prise de la gare du chemin de fer, elle se trouva arrêtée par l'usine du Mur blancj d'où partait une fusillade terrible. <c En un instant, dit le général DucrotS les morts, les blessés s'entassent, quelques braves vont de l'avant, mais ils se brisent contre cette muraille où aucune brèche na été faite... Entre les deux colonnes se trouvait un grand intervalle. Un eflfort dirigé de ce
^ La défense de Paris, T. UI, p. 455 et suivantes.
côté, aurait eu très-probablement raison des défenseurs du Mur blanc, presque entièrement isolés entre les troupes du commandant Lamothe-Tenet et celles du général Lavoignet; malheureusement les réserves restèrent inmiobiles. »
Vers dix heures, le général Trochu fit avancer une batterie de IS, pour faire brèche dans le Mur blanc. En même temps la colonne Hanrion se porta au secours de la brigade Lamothe-Tenet. Mais les Allemands, établis solidement dans la partie est de la grande rue, opposèrent aux attaques des Français une inébranlable résistance. « Fusillés à bout portant par une terrible mousqueterie de la ligne des maisons de l'autre côté de la rue, assaillis par une pluie d'obus, obus prussiens, obus français, tombant dans tous les sens, venant de toutes les directions, soldats et marins ne pouvaient pousser plus avant. . . » <( Cependant, dit le général Ducrot, notre artillerie continuait à canonner énergiquement l'usine du Mur blancj les waggons blindés étaient venus même joindre leur feu à celui des canons de 12; mais, sauf quelques obus âbréchant le mur, la plupart des projectiles tombaient dans Le Bourget et faisaient autant de mal aux marins de Lamothe-Tenet qu'aux Prussiens; le fortd'Aubervilliers, qui tirait sur les réserves ennemies, envoyait paiement ses coups trop courts
au milieu du village... Vers onze heures, Lamothe* Tenety décimé par notre canon autant que par celui de l'ennemi, ne se sentant pas soutenu et se voyant menacé d'être enlevé par les masses allemandes, se décide à ordonner la retraite. »
Le général Hanrion, qui avait reçu l'ordre de l'appuyer, arriva juste à temps pour protéger cette opération.
Si les troupes de la division Berthaut et les francstireurs de la division Courty, établis à Drancy et derrière le chemin de fer, en arrière de la droite (côté est) du village, au lieu de rester inactifs, avaient, entre dix et onze heures, attaqué ce côté. Le Boui^et eût été probablement pris. L'échec des Français est le résultat de plusieurs fautes qu'on peut résumer ainsi : attaque mal préparée par l'artillerie — intervention tardive, inopportune et dangereuse de cette arme — emploi défectueux de la brigade Hanrion — inaction coupable des troupes massées autour de Drancy.
Cette journée coûta aux Français 983 hommes tués, blessés et faits prisonniers. Du côté des Âlle«^ mands, il n'y eut que 445 hommes mis hors de combat.
A cause de la grande distance qui séparait Le Bourget de la ligne de blocus, les Allemands
lavaient retranché de tous les côtés, en prévision d'une attaque enveloppante. Ici, comme dans les autres villages retranchés de la banlieue de Paris, ils tirèrent un excellent parti des murs épais qui servent de clôture aux parcs et aux jardins.
Peu de localités, en Europe, se trouvent sous ce rapport dans les mêmes conditions. On ne pourrait donc pas s'appuyer sur l'exemple du Bourget, de Bagneux, de Bourg-la-Reine, de l'Hay, de Dugny, etc., pour condamner les dispositions que nous avons recommandées plus haut, et qui visent les localités ordinaires, composées d'habitations rurales, clôturées par des murs minces, des haies ou des parois en planches.
Il faudrait prouver, du reste, que ces dispositions, appliquées même aux villages de la banlieue de Paris, n'eussent pas donné de bons résultats, ce qui serait, pensons-nous, fort difficile. Nul ne contestera, en eflTet, — pour ne citer que l'exemple du Boui^et — que la construction de deux redoutes sur les flancs du village n'en eût considérablement augmenté la valeur défensive, en empêchant l'ennemi de s'établir derrière la 2® ligne, et de pousser ensuite son attaque au delà du ruisseau, contre le gros du village.
On doit considérer aussi que les dispositions prises
304 LA FORTinCATION IMPROVISÉE
pour la défense du Bourget et, en général, pour tous les villages compris dans les lignes de blocus de Paris et de Metz, ne seraient pas applicables aux localités servant de points d'appui & une position pour la mise en état de défense de laquelle on ne dispose d'ordincûre que de douze à trente-six heures. En effet, la plupart des villages retranchés par les Allemands ont exigé plusieurs semaines de travail et le concours des troupes du génie.