‹ La fortification du champ de batailleChapitre 6 sur 40 · PROFILS RATIONNELS · texte numérisé non relu

PROFILS RATIONNELS

1^ Abris pour tirailleurs.

L'abri avec tranchée à section triangulaire, admis en France et en Allemagne, nous semble peu pratique. L'expérience prouve, en effet, que le tirailleur, lorsqu'il doit se couvrir rapidement, creuse un trou et rejette la terre sur le bord. On obtiendra donc difficilement de lui qu'il fasse une excavation composée de deux talus, dont l'un trèsfaiblement incliné. Pour ce motif, nous donnerons la préférence aux 2® et 3® profils de la fig. 3, pi. IIP.

^ Il esl prouvé du reste que le tirailleur couché n'est pas moins exposé au feu des shrapnels que le tirailleur à genoux. Gela résulte d'une expérience faite en 1876, au champ de tir de Tegel, avec la pièce légère et la pièce lourde de campagne (modèle 1873). Voici les résultats de cette expérience :

A 1,000 et 1,100"00, on tira, avec la pièce légère, 8 obus et 36 shrapnels, contre une ligne de 200 tirailleurs couchés ou accroupis, dont la plupart étaient abrités. La dislance fut trouvée au 8^ coup d'obus. Ont été atteints, 37 tirailleurs à genoux et 43 accroupis.

A 1,050'»00, on tira, avec la pièce lourde, 9 obus et 21 shrapnels, contre 10 tirailleurs debout, 50 ^ genoux et 20 couchés. La distance fut trouvée au 8* coup. Tous les tirailleurs ont été atteints.

A 1,200*"00, avec la même pièce, on tira 11 obus et 18 shrapnels.

La hauteur de 1°^30 à laquelle, dans ces profils, la masse couvrante s'élève au-dessus du fond de la fouille, est admissible pour des tireurs isolés ou formant groupes, parce que les abris, dans ce cas, ne doivent pas, comme les tranchées ordinaires, être disposés pour le franchissement. Ces tranchées ayant besoin d'une berme et d'un talus intérieur incliné à 45 degrés, le premier rang de tireurs s'y trouve plus éloigné de la crête de la masse couvrante qu'il ne l'est dans les trous de tirailleurs, et c'est pourquoi il convient de n'élever leur crête qu'à 1™20 au-dessus du fond de la fouille.

La berme de la tranchée-abri est non-seulement nécessaire pour permettre aux troupes de se porter en avant rapidement et en bon ordre, elle est encore très-utile . pour empêcher que les terres du parapet ne roulent dans la tranchée.

La berme est paiement nécessaire aux tranchées

contre 30 tirailleurs à genoux et 30 couchés. Ont été atteints 24 tirailleurs à genoux et Sa couchés.

Il résulte de cette expérience que Tavantage pour le tirailleur couché est presque nul. Il est plus grand pour le tireur à genoux, comparé au tireur debout : témoin Texpérience suivante faite également à Tegel, en i876 :

A 800"K)0, avec le canon léger de campagne, on tira 20 obus et 18 shrapnels, contre 20 tirailleurs debout et 26 à genoux. La distance fut trouvée au 42* coup d*obus. Ont été touchés 18 tireurs debout et 16 à genoux.

de tirailleurs, quand celles-ci occupent, en avant d une ligne de bataille, un front assez étendu pour gêner les mouvements offensifs, si elles étaient mal profilées.

Il n en est pas de même des abris pour groupes de tirailleurs ou sentinelles doubles. Ceux-ci ne pouvant entraver les mouvements offensifs, il serait nuisible d'y ménager une banquette sur laquelle les hommes s'asseyeraient en tournant le dos à l'ennemi qu'ils ont pour mission d'observer.

Nous proposons de donner à la tranchée-abri une largeur minimum de 2 mètres, pour que l'on puisse y tirer sur deux rangs sans que les serrefiles — et les officiers, qui ont à surveiller les tireurs — soient obligés d'entrer dans le second rang ou de se serrer contre ce rang.

La hauteur de la masse couvrante, qui n'est que de 0™60 dans la tranchée-abri française, devra être portée à 0°^80, comme en Allemagne, pour que les hommes assis sur la berme soient préservés des balles et des éclats de projectiles. Cette modification ne présente d'ailleurs aucun inconvénient au point de vue des retours offensifs, puisqu'il est aisé de franchir un talus en terre fraîchement remuée, de 0"^80 de hauteur, incliné à 45 degrés.

Quant à l'épaisseur de la masse couvrante, elle

66 LA FORTIFICATION IMPROVISËE

dépendra nécessairement de la nature des terres ; mais elle devra dans tous les cas être suffisante pour arrêter les balles des fusils, les éclats des obus et les balles des shrapnels.

Il est admis en Autriche qu'une masse couvrante en terre ordinaire de 0"*40 d'épaisseur en crête, offre sous ce rapport toutes les garanties désirables. Voyons si cette donnée est exacte,

La balle du fusil d'infanterie de l'armée française (chassepot) pénètre à 0"*29 dans la terre fraîchement remuée, quand le tireur esta 200^00; à 0"^42, quand il est à 100°>00, et à 0°^50, quand il est à 28 mètres^

Ces chiffres doivent être considérés comme des maxima, car il résulte d'un tir fait en 1877 au polygone de Brasschaet avec le fusil belge (des troupes du génie) que, sur 10 balles tirées contre un parapet de tranchée-abri en terre sablonneuse, 1 balle pénètre à 0"^20 de profondeur, 3 à 0«^30, 3 à 0"^3d, 2 à 0°^40 et 1 seulement à 0°>42.

D'après ces données, une épaisseur de masse couvrante de 0"^50 en crête serait plus que suffisante. Mais arrêterait-elle aussi les balles des shrapnels et les éclats des obus ?

Pour les balles des shrapnels, il n'y a pas de doute.

Chiffres donnes par le capitaine Richard.

puisque la vitesse des balles du fusil belge est de 397"^00 à ^S'^OO de distance, tandis que celle des balles d'un shrapnel de 8^°* éclatant à 800°^00 de la bouche à feu, n'est que de SISSI'^OO.

Quant à la force de pénétration des éclats d'obus, elle a été déterminée comme suit par une expérience faite également au polygone de Brasschaet en 1877.

Un canon rayé de 8^°^ fut établi à 800'«00 d'une masse couvrante, en terre sablonneuse, de 1°*00 de hauteur.

Pour faire éclater les obus à distance convenable de cette masse couvrante, un panneau en madriers de 0™04 fut placé à 10"^00 en avant du talus extérieur, de sorte que les projectiles, après avoir traversé ce panneau faisaient explosion à 2^00 ou 3™00 en arrière.

La vitesse des obus au passage du panneau était de 312°^00.

On tira cinq coups qui donnèrent le résultat suivant :

Nombre d'ôclats. Profondeurs.

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