CHAPITRE II
Depuis rinvention du fusil rayé se chargeant par la culasse, la puissance de l'infanterie réside principalement dans le feu, et ce n'est plus à Tarme bl£uiclie que les batailles se décident.
Napoléon III pouvait dire, en 1859, à l'armée d'ItaUe :
« Les nouvelles armes de précision ne sont dange- ^ reuses que de loin; elles n'empêcheront pas la « baïonnette d'être, comme autrefois, l'arme terrible « de l'infanterie. »
Cela n'était plus vrai en 1866. Pendant la campagne de Bohême, on vit en effet dans plusieurs circonstances, les Autrichiens se jeter avec une bravoure
sans égale sur les lignes ennemies, comme les Français lavaient fait en Italie ; mais toutes ces attaques furent repoussées par le feu rapide et bien dirigé des Prussiens.
L'acci*oissement notable de l'action de la mousqueterie a nécessité des modifications profondes dans la tactique de toutes les armes, et a fourni un nouvel argument en faveur des retranchements improvisés qui mettent l'infanterie à l'abri des deux tiers des coups dirigés contre elle, sans lui enlever la faculté de prendre l'ofiensive au moment opportun.
Il est aujourd'hui plus que jamais nécessaire de tenir compte de ce précepte du maréchal Bugeaud : « Si le moment de combattre n'est pas arrivé, « tenez- vous hors de portée ou cachez vos troupes. »
Comme la difficulté de tenir les troupes hors de portée des projectiles augmente tous les jours, la nécessité de les cacher deviçnt de plus en plus évidente; or, pour cacher les troupes, il faut ou bien utiliser les abris naturels (plis de terrain, bois, clôtures, chemins creux, etc.), ou bien construire des abris artificiels. Quand le terrain est accidenté ou couvert, on peut facilement dérober les troupes à la vue et aux coups de l'ennemi ; il n'en est plus de même quand le terrain est plat et découvert. Aussi, la nécessité de donner des outils de terrassier à i'infan-
TRANCHËES-IBRIS 97
terie exîste-t-elle surtout pour les armées qui doivent opérer en pays plaines. Sous ce rapport les troupes suisses, italiennes et espagnoles se trouvent dans d'autres conditions que celles de l'Allemagne, de la Hollande, du Danemark et de la Belgique.
«r Les tranchées-abris, dit le capitaine du génie « Richard ^ ont pour objet principal de garantir les « troupes contre les feux de Tinfanterie, tout en <c offirant peu de prise aux coups de l'artillerie. Elles « peuvent accessoirement assurer les avantages sui- « vants :
« 1<> Rendre moins certain le tir de l'ennemi, qui « ne verra que diflScilement les pertes que son feu <c occasionne;
« 2^ Permettre à nos soldats, placés dans une posi- « tion relativement sûre, d'avoir un appui, de hau- « teur convenable pour leur arme, et par suite, de « fournir sans précipitation des feux ajustés. Ces « feux, qui doivent être préconisés non-seulement à ff cause de leur eflScacité, mais aussi à cause de la « faible dépense de cartouches qulls exigent, ne « peuvent guère être obtenus d'une manière certaine « en terrain découvert. »
* Des abris à improviser avant le combat, par M. JoÀCHm Richard. — Cette étude a été publiée dans la Revue militaire française^ numéro de février 1869.
Les trcmchées-abris sont utiles non-seulement pour les troupes de la première ligne, mais encore pour les troupes les plus exposées de la deuxième ligne. Les trandiées de cette ligne serviront d'appui aux troupes de la première, en cas de retraite.
On emploiera paiement avec succès des tranchées-abris pour couvrir les soutiens des batteries à proximité desquelles il ne se trouve pas de couverts naturels, pour abriter les réserves extérieures des redoutes, et pour prot^er les tirailleurs que, dans la plupart des cas, on établit en avant des postes fortifiés du champ de bataille K
Enfin les tranchées-abris sont très-utiles pour recueillir les blessés en attendant qu'on les transporte aux places de secorurs ou aux ambulances.
Lorsque la première ligne se portera en avant, pour exécuter un mouvemsent ofiensif, ses abris serviront à la deuxième ligne ou à la réserve. En cas d'insuccès, ils lui offriront un refuge où elle pourra se rallier, puis par des feux Wen dirigés arrêter l'ennemi, peut-être le mettre en déroute et reprendre roffensive.
Dans la dernière guerre d'Amérique et notamment à la fin de cette guerre, on a vu des troupes con-
^ iln^lquefois aussi sm les établit devant les batteries, quand cellesci sont précédées d'un angle mort.
strnire plusieurs abris successife, soit parce qu'on leur avait assigné d'autres positions/ soit parce que Tarmée av«it dû opërer des changements de front en présiBiice de Fennemi.
On a proposé d'employer le havre-sac, pour couvrir les tirailleurs lorsqu'ils font feu étant couchés; mais cette propMitîon est inadmissible.
Le havre-sac est percé par la balle du fusil Tayé, même lorsqu'il est complètement garni. Des expériaices faites à Gand en 1869, ont prouvé que pour le rendre impénétrable aux balles, on doit remboiurrcir le dos m^ de l'étoupe et le renforcer par un grillage en fil de fer pesant environ 750 grammes.
Ce poids représente celui de la pelle à manche court, adoptée dahs plusieurs armfes,«tquiTendrait évidemment plus de services au fantassin que le sac converti en parslballes. En moins d'une minute, en effet, lé tirailleur formerait avec cet outil une levée de terre offrant plus de résistance axft projectiles que le sac posé obliquement sur le sol ou archonte par la baïonnette.
Bien souvent, d'ailleurs, il serait imprudent de faire ôter le sac i la troupe en présence de rennemî ; par exemple lorsqu'elle est menacée d'une attaque prochaine ou sur le point de se porter en avant, car, dans l'un et l'autre cas, les soldats pourraient être
40 LA FORTIFICAnON IMPROVISÉB
éloignés de leurs efifets et mis dans l'impossibilité de les reprendre.
«( Il est cinq choses, disait Napoléon i qu'il ne faut « jamais séparer du soldat : son fusil, ses cartouches, ce son sac, ses vivres pour quatre jours et un outil de a pionnier* d
Pour couvrir efficacement l'infanterie, il n'y a qu'un moyeui c'est de remuer la terre avec des outils portés par la troupe.
Les rifle-pits (tranchées de tirailleurs), construits par lei Américains» ressemblaient à des parallèles inachevées* On y abritait un grand nombre de tireurs, souvent des bataillons entiers avec de l'artilleriCé
Les tranchées-abris, telles qu'on les exécute aujourd'hui partout, permettent d'atteindre le même but avec plus d'ordre et en moins de temps. C'est le travail individuel, régularisé et perfectionné. .
Le profil des tranchées-abris doit être combiné de telle sorte que la masse couvrante ne gêne pas l'ofiensive. Cette condition est de la plus haute importance, car si les travaux de défense avaient pour résultat d'immobiliser les troupes ou de les attacher trop au terrain, il faudrait y renoncer, rien n'étant plus dangereux ni plus contraire à l'esprit de la tactique moderne.
Organiser les abris offensivemenl est donc le premier problème à r&oudre.
Les cheminements construits devant les places assiégées ne satisfont pas à cette condition. Il en est de même du retranchement eocpéditif (ûg. 1, pL I), que les troupes du génie exécutèrent en France, eu 35 ou 40 minutes, et qui se composait d un bourrelet de terre de 1"^00 environ de hauteur et de 3°*00 de base, formé par un double déblai.
Ce retranchement est difficile à franchir et sa construction exige trop de temps, lorsque c'est l'infanterie qui en est chaînée.
Le profil recommandé dans les termes suivants par une instruction française du 19 avril 1868, convient beaucoup mieux (voir fig. S, pL I) :
c< L'épaisseur du bourrelet est suflSsante contre la fusillade, et la hauteur totale de la tranchée-abri, qui n'est que de 1°*10, permet à deux rangs d'une troupe en armes, malgré la distance qui les sépare du bourrelet, de faire feu par-dessus celui-ci, à peu près dans les mêmes conditions que s'ils étaient sur la banquette d'un ouvrage de campagne. Quelques mottes de terre placées sur le bourrelet donneront aux fusils des appuis d'une hauteur convenable. En mettant genou en terre ou en s'asseyant sur la berme et sur le revers de la tranchée, les troupes seront à
Tabri de la fusillade ennemie et presque complètement garanties contre le tir à niitrâille. Quand elles seront debout, elles seront préservées environ des deux tiers des balles qu'elles auraient reçues à découvert.
« La berme, d'environ 0°^30 de largeur, forme un gradin de franchissement très-utile quand les troupes auront à se porter en avant; elle retient, en outre, les mottes de terre qui roulent toujours au pied d'un remblai fait rapidement ; enfin elle atténue les effets de la poussée du bourrelet sur le talus intérieur D, qu'il faut tenir aussi roide que possible et même retailler à pic si le temps le permet, pour diminuer la distance des tireurs à la ligne de feu A ^ »
Sur les parties découvertes de la première ligne de bataille, on construit autant d'abris qu'il y a de bataillons et on les sépare par des intervalles de trente pas, afin que les troupes de toutes armes puissent se porter en avant.
La tranchée-abri française n'exige que 20 ou 30 minutes de travail.
L'instruction citée plus haut affirme que le soldat assis sur la berme et sur le revers n'a rien à craindre de la fusillade. Cette assertion est inexacte. Il résulte
Revue militaire française, vol. I, pp. 335 et suiv. (1869.)
d'une série d'expériences faites à Anvers en 1871, par les troupes du génie, que la tête de l'homme qui s'assied sur la benne dépasse de Q^W Le sommet de la masse couvrante, et qu'alors même qu'il appuie les coudes sur les genoux, en tenant la tête dans les mains, la partie supérieure de son sac est vue de loin,
La tranchée-abri française présente im autre défaut que le général Faidherbe a signalé dans les termes suivants ^ :
« La largeur du fossé n'étant que de 1™10 au « fond, les hommes n'y sont pas trop à l'aise sur « deux rangs et il n'y a pas de place poiu* les serre- « files, etc.
ce Cet inconvénient *est assez grave ; le parapet est « du reste suffisant pour prot^er contre la fusillade, « et le temps que nécessite son exécution n'est certes tt pas exagéré. Malheureusement cela doit se faire au « moyen d'outils portés non par les hommes eux- « mêmes, mais par des voitures suivant chaque a division ; et dès lors ce système nous semble à peu « près illusoire.
« En efiet, un bataillon qui s'attend à être attaqué « veut-il se couvrir, il faut d'abord qu'il demande
1 Revue militaire française, kxfùi 186^.
<c au général de division de donner Tordre au génie ce de cette division de fournir les outils, etc. »
Suppossmt que chaque homme reçoive un outil et qu'il apprenne à s'en servir aussi bien que du fusil, le général Faidherbe propose d'adopter le profil suivant :
« La fouille n'a que 0°^25 de profondeur, mais a « 4°^00 de largeur, de sorte qu'il s'y trouve de la c< place pour les officiers, les serre-files, les tam- « bours et clairons, etc. Voici le détail :
« Chaque homme est muni d'un outil et les pelles ce sont en nombre double des pioches. Le bataillon ce occupe sa place de bataille et veut s'y couvrir; on ce lui fait faire demi-tour, huit pas en avant, armes à ce terre, demi-tour, huit pas en avant. On commande ce ensuite : Deuxième rang^ quatre pas en arrière. «c Dans chaque peloton^ dans chaque rang^ numé- « rotez-vous j files paires deux pas en arrière.
<t Les hommes se trouvent alors en quinconce, à <c deux pas les uns des autres dans tous les sens, ce qui ce permet à chacun d'eux de travailler autour de lui.
ce On commande ensuite : Prenez vos outils j en ce action.
ce Tous ces mouvements prennent une minute; ce quinze minutes après, la fouille est creusée et le «t pai^apet élevé à 1™00 de hauteur. »
TRÂNCHÉES-ABRIS 45
Ce résultat a été obtenu en Afrique.
Nous ferons observer que le profil du général Faidherbe exige Temploi de pelles à long manche, tandis que celui de Tinstruction du 17 avril 1868 peut être exécuté avec des pelles à manche court. D'un autre côté, un parapet de l'^OO de hauteur oppose plus de difficultés au frcmchissement que celui de là tranchée réglementaire. Ces raisons suffisent pour condamner le nouveau profil; la première surtout est décisive.
L'élargissement de la tranchée répond à un besoin qui a déjà été plusieurs fois signalé, notamment dans les procès-verbaux de la commission d'Anvers de 1871. Voici comment s'exprime cette commission: (c La largeur de la tranchée française est suffisante pour masser deux rangs de soldats et une ligne de serre-files, mais à la condition de renoncer à la surveillance que ceux-ci doivent exercer, et à toute espèce de mouvement de la part des hommes qui ne pourraient, conséquemment, y exécuter commodément le maniement de l'arme pour les charges et les feux. >3
Il a été reconnu toutefois dans ces mêmes expériences, que le défaut de largem» des tranchées françaises n'ojffre plus d'inconvénients lorsque les hommes du premier rang s'asseyent sur la berme, en
46 LA FORTIFICATiaff IMBiQVISËE
y appuyant la cuisse gauche, et font le coup dfi feu» Tarme posée sur la plongée. Alors le deuxième rang et les serre-files ont toute la place nécessaire; mais, pour tirer ainsi, on doit espacer davantage les hommes, ce qui augmente le travail et diminue rinten^fé des feux.
Le capitaine du génie Richard expose, dans les termes suivants, le mode de construction et les moyens d'exécution de la tranchée^abri française, conforme à l'instruction de 1868 (pi. I, fig. 2).
<sc Deux compagnies du bataillon, munies d'outils, à raison de deux pelles rondes pour une pioche, se formeront sur un rang, à trois pas en arrière du tracé de l'alignement D^ Les travailleurs déposeront leur fusil et leur sac derrière eux et viendront, s'ils sont pelleteurs, placer leur pelle le long du tracé. Sous la surveillance des officiers et des sous-ofiSciers des deux compagnies, on formera des ateliers, composés de deux pelleteurs et d'un piocheiur. Chaque atelier constitué C'D'D"G" commencera à travailler sans commandement; il devra fouiller, sur environ
1 Le tracé est fait comme suit : un officier par bataillon, aidé d'un sous-officier, place comme jalonneurs, sur le bord de Texcavation, du côté de Tennemi, quelques sapeurs, clairons ou tambours (à 40"K)0 environ Tun de Tautre). Puis il fait creuser à la pioche une rainure entre les jalonneurs. Une seconde rainure, creusée de la même manière, à 1^30 de la première,' marque le bord de la tranchée.
TRANGHËES-ABRIS 47
0°^50 de profondeur, un fossé de la longueur de deux pelles placées bout à bout, et d'une largeur, dans le haut, égale à la longueur d'une pelle, soit un fossé de S1°^0 de longsur 1°^30 àb la^ge.
« Les officiers et les aous-offîciers des deux compagnies indiqueront avec précision aux travailleurs lafouiUeàfôDécuter,.le bourrelet à élever, la benne à ménager, etc. Ils feront d'abord jeter les terres de manière à augmenter simultanément l'^aissem* et le relief de Tabri, afin que, méine inachevé, celui-ci puisse rendre des services dans le cas d'une attaque soudaine.
« Dans l'hypothèse d'un terrain de consistance moyenne (terre à un homme et demi), foisonnant 1/10 et dont le talus naturel serait à 43 degrés, chaque travailleur devra fouiller
OmgA
de terre rassise, et jeter devant lui, à moins d'un relais :
O'-SSO + ^ (0"»520) = 0«572
de terre remuée.
« Le travail pourra donc être achevé en vingt minutes environ, si Ton admet qu'un mètre cube et demi de terre peut êlre fouillé et déblayé en une
heure par un homme qui ne doit travailler que pendant une courte pause. Quoique peu habitués aux travaux de terrassement, des soldats d'infanterie, qui n'auront pas le temps de se fatiguer, arriveront à cette vitesse d'exécution, car ils auront tout intérêt à se mettre rapidement à couvert.
ff L'abri construit par deux compagnies mesurera en étendue le front d'un bataillon de six compagnies, car deux ateliers où six travailleurs exécuteront une longueur d'abri de 5™20, qui correspond à peu près au front de neuf files ou à dix-huit hommes (chaque file occupant dans le rang environ 0°^58). Ainsi, un bataillon de six compagnies pourra être abrité en vingt minutes par le travail de deux de ses compagnies seulement, ou, d'une manière plus générale, le tiers de l'eflTectif d'une troupe d'infanterie improvisera en vingt minutes la tranchée-abri de la troupe entière.
« La facilité du chargement et du tir du fusil, dans les trois positions : debout, à genoux et couché, pourra être utilisée derrière les couverts artificiels.
<c La fig. 2, pi. I, donne un profil établi pour le tireur debout. Ce profil, inachevé et n'ayant encore qu'une hauteur de 0°^65 environ, comme le montre la fig. 3, pi. I, garantira d'une manière convenable des tireurs à genoux dans la tranchée. C'est
TRANCHÉKS-ABRIS 49
cette position que prendront ordinairement les deux rangs d une troupe surprise par une attaque brusque de Fennemi, avant Tachèvement du profil des tranchées-abris.
« Enfin, quand le temps ou les outils manqueront et quand on voudra abriter des tirailleurs en avant d'une ligne de bataille, ou des tireurs de position, on pourra improviser une emhiscade-ahri^ d'un profil cmalogue à la fig. 4, pi. I, établie pour garantir un tireur couché. En quelques minutes, celui-ci pourra de la sorte se dérober presque entièrement au feu do l'ennemi et tirer avec précision, en se servant comme appui de ses deux coudes ou de son coude gauche seulement. »
En avant de l'embuscade on plantera des branches, pour la soustraire aux vues de l'ennemi.
Les profils fig. 3 et 4, pi. I, peuvent être transformés facilement en profils de tranchées-abris, comme l'indiquent les trciits pointillés.
Les tranchées-abris fig. 2, pi. I, ont été exécutées, dans les camps français, en SIS minutes quand la terre était ordinaire^ en 35 minutes quand elle était très-forte et ensemencée de luzerne, dont les racines offi^nt de grandes difiîcultés à la fouille (camp de Saint-Maur, 1868).
Les profils recommandés par l'instruction de 1868
50 LA FORTHICATION IMPROVISÉE
ont subi de légères modifications dans VÉcole de fortification de campagne j approuvée en 1875 et publiée en 1877. (C'est un manuel à l'usage des troupes du génie.)
Les fig. 7, 8 et 9 de la planche VI sont extraites de ce manuel. La première représente la tranchée-abri ordinaire. « Pour faire feu, les hommes du premier « rang s'asseyent sur la berme en y appuyant la « cuisse gauche, et posent leur arme sur la crête du c( parapet; la tranchée est assez large pour que, c< dans ces conditions, le deuxième rang puisse ce se loger et, s'il est nécessaire, faire feu debout. » Ce type de tranchée-abri n'est exempt d'aucun des défauts que nous avons reconnus au type de
VÉcole de fortification de campagne indique dans les termes suivants les modifications que l'on peut apporter au profil fig. 7 : « Quand on en a le loisir, on peut perfectionner ce profil en approfondissant le déblai du côté du revers et donnant au fond une pente régulière, de façon à rassembler les eaux de pluie dans la partie approfondie; on peut aussi roidir le talus intérieur du parapet et tailler un gradin dans le revers, en se rapprochant du profil indiqué fig. 8, pL VI. On peut encore renforcer à volonté les tranchées-abris en aiig-
(c mentant la largeur de l'excavation et donnant au « parapet une épaisseur au sommet de 0™80, suflS- « saute pour arrêter la mitraille et les éclats de pro- « jectiles. Quand les terres sont suffisamment corna pactes, on peut en même temps recouper la « berme. » (Fig. 9, pi. VI.)
Ce dernier profil est défectueux en ce qu'il ne permet pas de sortir rapidement de la tranchée pour marcher à Tennemî.
Les abris pour tirmlleurs couchés, prescrits par le manuel de 1877, ne diffèrent du type de 1868 (fig. 4, pi. I) qu'en ce que la largeur de la berme est portée de 0°^30 à 0™40 et la hauteur du bourrelet de terre, de O-^aS à 0«^35.
Quant aux embuscades, ce même manuel, pour un poste de 5 hommes, leur donne les dimensions suivantes : profondeur de la tranchée, 0"^80 ; longueur au fond, S'^gO; largeur au fond, 0"^80. Gradin de 0™60 de largeur, taillé dans lé revers. Masse couvrante de 0™40 de hauteur, bordant la tranchée et se repliant en crochets le long de ses côtés. Largeur totale de la tranchée à la surface du terrain naturel, 1°^70.
On ne comprend pas pourquoi, dans l'embuscade j)Our 2 tirailleurs, le manuel donne au bourrelet de terre 0™65 de hauteur et réduit la profondeur de la tranchée de 0°^80 à 0°^6S.
Il eût été préférable, selon nous, d'adopter pour lexcavation de toutes les embuscades la profondeur uniforme de 0°*60, p6irce que les tranchées plus profondes ont Imconvénient d offrir un abri aux tirailleurs ennemis.
Tranchées-abris italiennes.
L'armée italienne a construit, en juillet 1868, au camp deFojano, des tranchées-abris avec des troupes non exercées. Voici les résultats qu elle a obtenus* :
150 hommes du 26* de ligne, dont 100 munis de pelles et 50 de pioches, ont exécuté en 25 minutes une tranchée de 93™00 de longueur, dam une prairie de terre argileuse. La distribution des outils avait été faite en 10 minutes.
La tranchée avait les dimensions suivantes :
Longueur OB'^OO
Profondeur O'-aî
i»30 + i™50 / 42»»300 environ.
Largeur moyenne -*
D OÙ il résulte que chaque groupe de trois hommes avait remué en moyenne :
La masse couvrante avait l'^85 de base et 0"^60 de hauteur.
' Rivista militare, aoDt 1869.
Ce résultat est inférieur de moitié à celui qui a été obtenu au camp de Châlons^; on doit l'attribuer à la différence du terrain.
Une autre expérience fut faite par le 25® de ligne. 80 hommes munis de pelles et 48 de pioches exécutèrent en 30 minutes une tranchée de 100^00 de longueur, dans un terrain cultivé^ composé de sable argileux.
La tranchée avait les dimensions suivantes :
Longueur iOO«00
Profondeur O^ôS
l^SO + i^îO [ 88»»300 environ.
Largeur moyenne
La masse couvrante avait 2™80 de base et 0^76
de hauteur.
Dans les deux cas, le parapet était séparé du fossé
par une berme.
Une instruction officielle, publiée en 1873 par le
ministère de la guerre d'Italie*, démontre comme
suit l'utilité des tranchées-abris, ou tranchées de
bataille.
« Étant admis le principe tactique que les troupes
doivent tirer parti des ondulations du terrain des
1 A Ch&lons, chaque homme a déblayé i'^s^o par heure, et au camp de Fojano, 0"^72 seulement.
* Istruzioni pratiche speciali per gli zappatori di fanteria^ etc.
bois, des lignes d'arbres et, en général, de tous les accidents et couverts naturels qui peuvent être utilisés soit pour lofiTensive, soit pour la défensive, ridée de créer des obstacles artificiels se présente naturellement lorsque le terrain est exposé aux vues et aux feux de lennemi.
« Ordinairement ces obstacles improvisés sont en terre et reçoivent le nom de tranchées de bcUaille. L'emploi de ces tranchées, judicieusement combinées — si c'est possible — avec les obstacles naturels, sera particulièrement utile aux troupes obligées de rester quelque temps sur un terrain découvert ou de défendre une position contre des forces supérieures. »
La fig. 3, pi. II, représente une excavation pour tirailleurs couchés et pour tirailleurs debout (traits pointillés). La fig. 8 est un profil de tranchée-abri ordinaire pour deux rangs de fusiliers. Le talus intérieur du parapet a 1 de base pour â de hauteur. <c Quand la nature des terres le permet, on diminue « cette base, pour que les tireurs puissent s'appro- « cher le plus possible de la ligne de feu. »
Cette prescription, appliquée à la tranchée-abri renforcée fig. 7 et 6, serait contraire à la condition que les couverts artificiels ne doivent pas créer d obstacle à Toflensive; il est reconnu, en efiet, qu'un
talus raide de 0°*70 de hauteur ne peut pas être franchi aisément par une troupe formée sur deux rangs.
« Quand on doit rester longtemps sur un terrain découvert, dit l'instruction italienne, on renforce le profil pour qu'il puisse résister à la mitraille et aux éclats d'obus. (Voir fig. 7, pi. IL) A cet effet, on élai^it la trcmchée de O'^SO et on épaissit le parapet de 0^20, en même temps qu'on l'exhausse de 0°^10.
« S'il arrive que le terrain par lequel doit s'avancer l'ennemi domine celui sur lequel on a construit la tranchée-abri ordinaire, il convient, pour mieux couvrir les défenseurs, d'approfondir l'excavation de 0™30 en jetant les terres sur la plongée et le talus extérieur. » On obtient alors le profil de tranchée renforcée que représente la fig. 6, pi. IL
Tranchées-abris et retranchements autrichiens.
Le profil fig. 5, pi. I, est celui des retranchements que les Autrichiens construisirent à Chlum-Nedelist, en juillet 1866. Il permet d'abriter deux rangs de tireurs.
Le colonel baron de PidoU recommande, pour les
travaux à exécuter rapidement, le profil fig. 6| pi. I, et pour les abris de tirailleurs, le profil fig. 7, pi. I.
En plaçant les travailleurs sur deux rangs et à 1^00 d'intervalle, on peut employer au plus quatre hommes par mètre courant pour le profil fig. 5, et deux pour les profils fig. 6 et 7.
Le profil fig. 5 exige 4™^00 de déblai par mètre courant, le profil fig. 6, 3"*^00, et le profil fig. 7,
Des travaux de campagne exécutés en Autriche par 6,000 terrassiers militaires, sous la direction du colonel baron de PidoU, ont fourni la preuve que le soldat, travaillant sans interruption toute une journée, déblaye par heure 14 pieds cubes, soit
Ce cube augmenterait d un tiers si les hommes étaient fréquemment relevés, et de moitié s'ils travaillaient sous l'empire de la surexcitation que produit un danger imminent.
Le manuel du pionnier allemeuid évalue à 1"**00 ou 1°^^20 par heure, le travail d'un homme non exercé qui fouille pendant peu de temps une terre légère (n'exigeant pas l'emploi de la pioche), à 0"^^75,
1 En imposanl celte tâche aux hommes, le colonel de Pidoll a constaté qu'ils gagnaient 2 ou 3 heures par jour et qu'ils travaillaient avec plus d'agrément.
le travail dans une terre moyenne (exige6Uit quelquefois râide de la pioche), et à 0"*'40, le travail dans une terre forte (ne pouvant être détachée (losgear-beitet) qu'avec laide de la pioche) .
Pour les tranchées-Éd^ris d'un faible profil qui s'exécutent en moins d'une demi-heure, on peut admettre, comme donnée pratique, que chaque homme fouille par heure 0"^^60 de terre forte, l^û'OO de terre moyenne et 1"^^40 de terre légère, lorsque les travailleurs sont quelque peu stimulés.
Ces évaluations comme les précédentes reposent sur l'emploi de la pelle à long manche.
Nous verrons, dans le chapitre suivant, quelles modifications y doivent être apportées lorsqu'on emploie la pelle à manche court, qui tend à se généraliser dans les armées européennes.
Les tranchées-abris exécutées actuellement en Autriche dîfiêrent de celles que nous venons de décrire. On en trouve la preuve dans Texcellent ouvrage publié récemment par le capitaine du génie von Brunner^ Les profils qu'il donne comme profils officiels {normirt) se distinguent par l'emploi de bonnettes en terre, dont l'utilité a été démontrée par des expériences con-
Leiifaden zum Unterrichte in der Feldbefestigung. Vienne, 4877.
cluantes. Il résulte, en effet, de ces expériences qney pour préserver les défenseurs d une tranchée-abri de la moitié des coups dangereux, il suflBt d'établir sur la masse couvrante un bourrelet en terre de 0™25 de hauteur et de 0°*40 d'épaisseur en crête (fig. 7, pi. III).
Dans ces bonnettes on ménage des créneaux, en forme d'embrasure, espacés de 0"^75, d'axe en axe, (6g. 8, pi. III).
Généralement on se contentera d'élever sur la plongée de petits monticules en terre à base arrondie (même figure).
Lorsque Ton n'a pas de feux d'artillerie à craindre, on peut, si on a le temps et les éléments nécessaires, remplacer les bonnettes par des sacs à terre ou par de petits gabions de 0°^50 de hauteur et OHi de diamètre.
Nous sommes d'avis que l'emploi des bonnettes n'est avantageux que dans les tranchées-abris destinées à être défendues par un seul rang de fusiliers. La masse couvrante entre les créneaux a, en effet, une hauteur trop forte (l'"45) pour que les hommes du second rang puissent tirer efficacement par-dessus. Le capitaine von Brunner et le règlement des pionniers autrichiens le reconnaissent si bien, qu'ils prescrivent de placer au second rang
les hommes de forte taille, ce qui est un palliatif insuffisant et une dérogation à la prescription réglementaire en vertu de laquelle les deux hommes les plus grands de chaque compagnie forment la file de droite et les deux hommes les plus petits, la file de gauche.
Le profil le plus simple admis en Autriche est celui que représente la fig. 9, pi. III. Il est suffisant pour abriter un tireur assis ; mais le moindre couvert ou le moindre accident de terrain empêche, dans ce cas, de voir ce qui se passe au loin. Il faut donc élever davantage la crête de la masse couvrante pour fi^voir des feux efficaces.
Le trait bordé de hachures de la fig. 7 représente un abri poiu* tireiu-s debout. Quand Tartillerie de l'ennemi est seule en action et que les autres troupes sont encore hors de portée, les défenseurs s'asseyent sur le fond de la tranchée, vis-à-vis des marions et le plus près possible de la masse couvrante.
La longueur d'un abri de tirailleurs est calculée à raison de 1^50 (ou 2î pas) par homme (sous-officiers compris) .
En espaçant les créneaux de 0"^75, on permet aux soutiens de venir renforcer la ligne des tirailleurs au moment voulu.
Le trait pointilfé (le la fig. 7 représente un abri pour deux rangs de tireurs. Comme, dans ce cas, Tartillerie a deux fois plus de chances d'atteindre les défenseurs, il sera souvent utile de mettre ceux-ci à l'abri d'une partie des feux en donnant au parapet une épaisseur de 3™00.
Lorsqu'on en aura le temps, on renforcera encore ce profil en élargissant la fouille et en exhaussant le parapet, comme l'indique la fig. 10. Toutefois, pour diminuer de moitié la durée du travail, on emploiera un nombre double de pelleteurs, et on fouillera le terrain en avant et en arrière du parapet.
Les deux rangs se mettront à l'abri des feux plongeants, tirés sous Tangle de 1/3, en s'asseyant, le premier sur le gradin x et le second sur le fond de la tremchée, en y.
Le défaut de toutes les tranchées autrichiennes est de ne pas offrir assez de facilités pour le franchissement, et de méconnaître ainsi une des conditions les plus importantes de la fortification du champ de bataille, celle de favoriser la défensive active.
Tranchées-ahris allemandes.
Les traducteurs français du livre publié par le capitaine Goetze : Opérations du corps du génie
allemand pendant la campagne de 1870-1871, décrivent comme suit la tranchée-abri prussienne : « On « commence la tranchée en fouillant le sol sur « 1™00 de largeur et 0^40 de profondeur, et en <c jetant les terres du côté de l'ennemi. On obtient « ainsi le profil fig. 1, pi. III.
« On continue en s'élargissant et en s approfondis- <c sant progressivement, jusqu'à ce qu'on ait atteint <c le profil fig. 2, pi. III.
« Enfin, quand on a le temps, on garnit la crête « du remblai de créneaux en sacs à terre. »
Cette dernière prescription n'est évidemment applicable qu'aux tranchées-abris faisant partie de lignes d'investissement ou de blocus. Une preuve, en eflTet, que le capitaine Goetze n'a pas considéré le cas des tranchées-abris du champ de bataille, c'est qu'il dit (t. I, p. 174) : « Les tranchées-abris de faible « profil que l'on amène successivement au profil « des tranchées de siège et dont on interdit les ap- « proches par des défenses accessoires, paraissent « préférables aux ouvrages de campagne propre- « ment dits. »
Nous ferons remarquer cependant que les profils fig. 1 et 2, pi. III, ne diffèrent pas sensiblement de ceux qui se trouvent dans le nouveau Manuel du pionnier j publié récemment à Berlin. (Voir fig. 4 et S, pi. III.)
62 LA FORTinCATION IMPROYISÉË
Ce manuel prescrit toutefois de reculer la masse couvrante et de former une b^nne de 0"^25 de largeur, lorsqu'il est nécessaire de faciliter le franchissement du parapet (fig. 4, pi. III).
D'après ce même manuel, les retranchements pour tirailleurs sont profilés comme l'indique la fig. 3, pi. III. Le profil minimum n'exige que 0™30 de profondeur de fouille et 0"^30 de hauteur de masse couvrante. Il couvre l'homme tirant couché. Le 2® profil a une tranchée de 0°^40 de profondeur et un parapet de O'^SO de hauteur : il couvre l'homme tirant à genoux. Le 3® profil a une tranchée deO^oO de profondeur et un parapet de 0°^80 de hauteur : il couvre l'homme tirant debout.
Lorsque les abris de tirailleurs ont un grand développement, il convient de reculer le parapet de 0°*25, pour qu'il n'entrave pas les mouvements offensifs du gros de la troupe.
Dans des cas particuliers, il peut être utile d'établir derrière la banquette du tir une communication où les hommes soient à l'abri des vues de l'ennemi.
Pour ces cas, le manuel allemand recommande le profil fig. 5, pi. III, qui a, selon nous, le défaut de ne pas se prêter aux retours offensifs. Indépendamment des rampes ou des bouts de gradins qui faci-
litent la descente dans la tranchée, il faudrait une berme qui permît de franchir aisément le parapet.