L.-Ph. d'Orléans
El en effet, comme un prince du sancf ne saurait avoir trop d'égards pour une personne comme Madame de Feuchères. il lui adressait, le même jour, une lettre composée avec soin et réflexion :
Paris, ce samedi 20 décembre 1829.
Je vais mettre dans ma poche. Madame, la lettre que vous avés bien voulu mécrire hier, afin de l'avoir toute prête
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lorsque je trouverai l'occasion de la montrer au Roi, et vous pouvés être sûre que je la saisirai avec empressement recliercherai. Nous avons encore parlé au Roi, Mme la duchesse d"Orléans et moi, de ce qui vous intéresse et nous avons fait de notre mieux ; cependant, nous n'avons pas encore obtenu une réponse à vous transmettre qui réponde, une réponse qui soit conforme à vos désirs et à nos instances, mais pourtant je ne désespère pas encore et .S. M. a encore permis que nous lui en reparlions [une autre fois] pourvu que ce soit après le jour de l'an. Je vous prie de ne pas dire que le Roi nous a dit cela, quoique cela ne soit pas bien important, mais les Princes et plus encore les Rois n'aiment pas qu'on répète ce qu'ils ont dit en confiance ce à quoi nous ne manquerons siu-ement pas.
Mes princesses seront bien sensibles à votre souvenir. Ma sœur a été bien souffrante d'un rhume, mais la lièvre l'a quittée et elle va se remettre tout à fait.
Veuilles faire toutes nos amitiés à M. le duc de Bourbon. N'ous avons été bien contrariés de toutes les sottises ce qu'ont dit les gazettes, mais j'espère que leur polémique n'ira pas plus loin et je le leur ai fait demander. J'ai été bien aise qu'ils aient été mal informés et que ce soit de Nemours dont ils aient parlé, puisque cela nous a mis à portée de le nier sans mentir. J'espère que cela a répondu aux désirs de iM. le duc de Bourbon.
Veuilles, Madame, recevoir l'assurance de mes sentimens bien sincères.
Louis-Philippe d'Orléans.
La proposition de quitter le Palais-Bourbon, dont le solliciteur princier avait \oulu être « armé », n'était, encore une fois, qu'une arme de comédie : ce qui se passa ensuite le prouve.
Le duc de Bourbon se résignait très bien à voir partir sa trop impérieuse maîtresse. Il faisait mieux (]ue s'y résigner : plusieurs de ses intimes, et le général Lambot lui-même, attestent qu'il envisageait ce départ comme une déli\rance pour lui. C'était au })rudent et défiant légataire, c'était aussi à la dame, (|ui « avait reçu de certains avis lui conseillant de ne pas quitter le palais », qu'il ne pouvait convenir de laisser le tesiatcur malgré lui livré à lui-même et affranchi d'une sur\eillance et d'une pression qui déjà rassuraient à peine contre le danger d'un co-
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dicille ou d'un nouveau testament. Il était évidemment bien entendu entre eux qu'un poste aussi nécessaire ne serait en aucun cas abandonné, et les mesures étaient prises pour que la complaisance inépuisable du roi en assurât le maintien.
Quelques jours plus tard, le duc d'Orléans put écrire à Madame de Feuchères :
Je ra"empresse. Madame, de vo;is annoncer que le Roi vient de me dire que Tordre du feu Roi à votre égard, allait être entièrement révoqué et effacé, que S. M. recevrait les dames au mois de février et que vous pourries y venir comme auparavant à cette réception, sans luie nouvelle présentation, ni rien de semblable. Le Roi m'a m"avant autorisé à vous en instruire, je ne veux pas pertb'e un instant à vnus transmettre une aussi bonne nouvelle. Je réserve les détails pour et il faut encore que je vous dise qu'ayant dit au Roi que vous étiez pràte à quitter le Palais-Bourijon et à habiter une maison particulière le Roi m'a pei'mis de vous dire de .sa part de n'en rien faire, qu'il regardait comme rendu à luimême le grand service que vous aviés rendu à toute la famille ; qu'il était charmé de vous le témoigner et quïl serait désolé de faire ce chagrin à ^^gr le duc de Bourbon et à vous. A.insi Madame Mme la duchesse d'Orléans et ma sœur qui étaient piésentes ei qui n'y ontpas été inutiles, me chargent de vous {éliciter de leur pari, et de vous parler du plaisir que cela leur cause, en attendant que le tems leur permette d'aller voir M. le duc de Bourbon à Chantilly. \'euillés en attendant, Madame, lui faire toutes nos amitiés et recevoir, Madame, l'assuranee de tous les sentiments bien sincères que je \uus garderai toujours l^).
En recevant la nouvelle d'une fa\cur à laquelle elle attachait un si haut prix, la baronne fut au comble de la joie. Elle profita du premier jour de réception pour se présenter aux Tuileries. « Elle fut rc-
(1) Le brouillon de cette lettre ne purle pas de date ; mais une circonstance curieuse permet d'y suppléer. Pour épargner la folle dépen.se d'une feuille blanche ( dans une grande maison il n'y a pas de petites économies), Louis-Philippe l'a écrite sur le dos d'une feuille jjortant ces lignes, de la main de Casimir Delavigne : — « M. Casimir Delavigne désire beaucoup que Monseigneur veuille bien lui accorder une loge pour demain à l'opéra italien — Ce 13 jamier. »
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çue par le Roi, Al. le Dauphin et Aime la Dauphiiie. Quant à Mme la duchesse de Berry, soit accidentellement, soit par calcul, elle était allée à la Comédie. S. A. R. exprima a\cc chaleur son chagrin de ce que la baronne a^ait été reçue à la cour. « Comment, — - disait-elle, — sans a\oir quitté le Palais- Bourbon ! Si du moins elle s'en était retirée, comme cola aurait dû être ! » On fit entendre à la princesse que c'était par la volonté du roi et on lui répéta les expressions mêmes de S. AI. : « Je ne veux pas faire à M. le duc de Bourbon un chagrin inutile. » S. A. R. n'objecta plus rien et reçut plus tard Aime de Feuchères (1).
La Dauphine elle-même n'avait cédé que contrainte et forcée. S'il faut en croire AI. de Belleville, elle avait fini par « se résumer dans cette réflexion juste et modérée : « Au fait, ce ne sera qu'une canaille de (( plus, nous en rece\ons tant d'autres... » Il semble bien que cette réflexion « juste et modérée » visait spécialement les zélés patrons de la nouvelle admise.
Dans le public et parmi les courtisans, où la véritable raison qui forçait la complaisance royale ne pouvait être connue ou soupçonnée que d'un très petit nombre de personnes, celte réception fit scandale ! Le vicomte Sosthèue de La Rochefoucauld crut devoir se faire l'interprète du sentiment général. Il écrivit à Charles X :
Au Roi
Paris, 8 février, 1830.
.\hne de Feuchères, qui a le plus triste renom à Londres, la maîtresses aflichée de M. le duc de Bourbon, a été reçue par le prince le plus pieux !...
Pardonnez, Sire, ce cri d'indignation et de douleur h celui
(i; Général Lambot, Trois ans au Palais-Bourbon, p. 70.
vie tous vos sujets qui vous est le plus sincèrement dévoué ; car il vous chérit assez tendrement pour ne jamais vous taire la vérité, pour ne pas craindre même de vous déplaire, .'ji toutefois un esprit aussi élevé que le vôtre n'était pas assez grand pour apprécier le motif qui me fait agir.
Et qu'on vienne donc parler honneur, conscience, religion, morale dans un pays où la cour donne un pareil Lxemple !... (1).
Une fois les grands résultais obtenus, la correspondance entre les associés est devenue probablement moins active ; il existe encore cependant quelques lettres et billets relatifs à un certain projet de visite du duc d'Orléans à Chantilh^ qui paraît avoir donné lieu à des hésitations et à des difficultés assez sérieuses. 11 faut croire que le bon oncle se montrait peu désireux de recevoir son cher ne\eu. Ces lettres portent aussi sur ce qui est devenu la question intéressante pour les légataires impatients de \oir s'ouvrir la succession : la santé du testateur.
La dernière pièce qu'on possède est du 7 février, jour de la fameuse présentation. La récipiendaire, « toute en émoi et pres(iue tremblante en pensant au grand événement de ce soir », conseille au duc d'Orléans de remettre encore son voyage à Chantilly et exprime le regret « de n'avoir pas l'honneur de faire sa cour à Leurs Altesses Royales Madame la duchesse d'Orléans et Mademoiselle ».
On voit d'ailleurs par le récit du général Lambot, que, lui aussi, était en situation d'en\oycr au Palais-Royal des bulletins fréquents sur la santé de l'oncle à héritage.
Le pauvre duc de son côté, n'était pas sans en
'1! Le même avait écrit, le 1" mars 1S25, une lettre à Charles X pour lui signaler lintimité « honteuse » de M. de Talleyrand avec « cette abominahle Mme de Feuchères ». et ajoutait : « On ne se donnerait pas cette peine sans un but, et il importe que le roi le sache po^ir être prêt contre quelque sourcte menée... »
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a\"oir quelque souci, mais à un point de vue particulier. « ...Si la joie est si grande chez la favorite, si l'on se montre si heureux au Palais-Royal, il n'en est pas de même chez le testateur. Dans son intimité, le prince ne peut parvenir à dissimuler la mélancolie qui s'est emparée de tout son être depuis qu'il a cédé aux obsessions de la baronne. On l'entend dire, en revenant sur ses craintes de 1827 : « A présent quils ont obtenu ce quils désirent, mes jours peuvent courir des risques (1). »
(1) A. Nettement. Vie de Louis-Philippe, p. 54.