L.-H.-J. de Bourbon prince de Condé
P. S. Je demande à être enterré à \incennes près de mon infortuné fils.
Cette pièce ainsi reconstituée tant bien que mal, on voulut y voir un adieu et par conséquent un
a\eu du suicide. « Mais mille et mille preuves, — constate un historien, — vinrent bientôt démontrer que ce système ne saurait prc\aloir » : En effet, ■ — ajoute-t-il, — « si le prince avait tenu à laisser un mot sur son suicide, il était loyal, il l'aurait fait en termes précis et non équivoques ». Mais surtout, il aurait nécessairement laissé le papier en évidence et on ne l'aurait pas retrouvé en morceaux.
Il était donc évident au premier abord que ces fragments n'étaient pas ceux d'un écrit rédigé en vue d'un suicide.
Un témoin d'ailleurs a fait connaître à quel moment et dans quelles circonstances il avait pu être fait. M. Hostein, dentiste du duc de Bourbon, qui lui témoignait beaucou"}) de confiance, a affirmé que, dix jours auparavant, le prince, mis en inquiétude sur sa sûreté par l'annonce, qui du reste était fausse, de mouvements hostiles dans la commune, avait eu l'idée de préparer un avis pour recommander le respect de ses propriétés et qu'il lui avait alors montré et lu ce papier. Cette explication répondait à tout et faisait comprendre comment la crainte du danger ayant disparu, l'écrit avait dû être déchiré.
Mais il y avait bien des circonstances qui devaient immédiatement attirer l'attention dans un autre sens et faire naître les plus graves soupçons.
Pendant toute la journée du 27, la chambre mortuaire avait été visitée et examinée en tous sens par les officiers, les gens de service, les magistrats municipaux, le juge de paix, les membres du parquet et leurs médecins, les envoyés privés de Louis-Philippe, les représentants de la Chambre des Pairs. Quelles que pussent être leurs préoccupations diverses, il n'était certainement pas un de ces visiteurs dont l'esprit ne fût tendu à rechercher les moindres indices propres à éclaircir le mystère de
la catastrophe ; et aucun d'eux n'avait aperçu ces fragments tranchant par leur blancheur sur le fond sombre de la cheminée, où l'on avait remarqué, le matin, une bougie non encore éteinte. Plusieurs lémoins, M. de Clioulot. Manoury, Tabbé Pélier ont déclaré y avoir spécialement regardé et n'y avoir rien vu. Le valet de pied. Romanzo, lui-même, qui avait été chargé, le 27, de se mettre dans la cheminée pour voir si elle n'avait pu donner passage à un assassin, n'avait rien aperçu de ces papiers qu'on lui faisait retrouver le 28.
La découverte des autres fragments était plus extraordinaire encore. Il était certes inexplicable qu'ils eussent échappé à l'attention de celui qui avait la veille, recueilli les premiers morceaux. Mais de plus, il a été établi « qu'on avait fait du feu pendant la nuit du 27 au 28 dan^. la chambre funèbre pour les gens qui veillaient (déposition de AT. de Belzunce). Or, comment ce feu, entretenu pendant toute la nuit, aurait-il épargné les fragments Ccinq ou six) trouvés le lendemain. 28. par le témoin Romanzo ? C'est \h un mystère dont je demande l'explication à celui qui a le don de les expliquer. Qu'il ne dise pas que M. Guillaume a déposé qu'il en avait rejeté le 27 au soir dans la cheminée du salon. — mais non dans celle de la chambre. Or ces cinq ou six fraorments découverts le 28, en ohtempérant. dit le témoin, au désir de M. de Rumir/n]i. aAaient été incombustibles pendant la nuit, ou ils ont été jetés sur l'âtre dans la journée du 28, avant que M. de Bumignif exprimât le défiir qu'on en fît la recherche (1). »
Le dilemme est forcé, en effet.
En raison des circonstances, il était impossible
(!) Abbé Pélier de la Croix. Assassinat du dernier des Condé, p. 48.
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que ces morceaux n'eussent pas été rapportés depuis la mort et même depuis les premières recherches.
Et alors par qui ? Et pourquoi ?
Il sautait aux yeux que c'était de ce côté que devait être dirigée l'enquête et qu'elle ne pouvait manquer d'aboutir immédiatement à l'explication de tout le mystère.
« Là était la vérité » : le mot du procureur générai était juste. Tout le monde en eut à l'instant le sentiment; mais tout le monde vit avec stupeur et indignation celui qui avait prononcé ce mot replier en sens inverse le fil si manifestement indiqué pour conduire à la vérité.
Aujourd'hui que les lettres de M. Pasquier et de M. de Rumigny sont connues ; aujourd'hui qu'on sait que l'absence de tous papiers avait été constatée par eux et que le suicide leur paraissait inadmissible, ce n'est plus seulement de négligence ou d'aveugleraent qu'on peut taxer les agents du roi Louis- Philippe. Il n'est plus possible de supposer que la supercherie des papiers rapportés leur ait échappé. Et quand on voit que c'est Lecomte qui retrouve les premiers fragments et le général de Rumigny qui fait, chercher les autres là où normalement ils ne pouvaient se trouver, il est impossible d'éluder cette effrayante conclusion que la supercherie était concertée avec eux et qu'ils allaient jusqu'à faire le jeu de ceux à qui elle était nécessaire.
Tant il était « imporlant quon ne puisse accuser personne en qui le leslament vienne (aire accueillir des soupçons ».
Sans doute, pour ces consciences, tout cela était justifié et commandé par une certaine conception de la raison d'État.