‹ La Fortune des d'OrléansChapitre 20 sur 46 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suivant l'ordre qu'il en avait reçu la veille, le valet de chambre de service, Lecomte, était à huit heures du matin à la porte du prince pour son lever. Contrairement à toutes ses habitudes, la porte était fermée au verrou. Lecomte avait frappé à plusieurs reprises : aucune réponse n'avait été faite ; il avait écouté : aucun bruit ne s'était fait entendre.

Ces circonstances anormales, cette porte verrouillée, ce silence sinistre étaient de nature à faire naître les filus vives inquiétudes. Le devoir du valet était tout indiqué : prévenir à l'instant le premier valet de chambre ou quelqu'un des officiers de la maison. Lecomte n'en avait rien fait ; il était rentré dans sa chambre et s'3' était renfermé jusqu'au moment où le chirurgien Bonnie \int l'y chercher pour le pansement quotidien. Ensemble ils étaient revenus à la porte, avaient de nouveau frappé et appelé sans obtenir aucune réponse. Ils s'étaient rendus chez M. de la Ville-Gonthier, qui, sorti dès six heures du matin, n'était pas encore rentré ; ils étaient alors descendus chez Madame de Feuchères, qui reçut la nouvelle dans son lit. « Je vais monter, — dit-elle, — quand il reconnaîtra ma voix, il me répondra. »

Elle se lève aussitôt, sort de sa chambre, les pieds nus dans ses pantoufles et à moitié Aêtue. Un escalier dérobé mettait son appartement en communication avec celui du prince. C'est par là qu'instincti-

LA FORTUNE DES d'oRLÉAN'S. 211

vement elle devait s'élancer, surtout puisque l'accès de l'autre côté était fermé. Par un calcul, — qui trahit maladroitement un plan prémédité, — elle préfère suivre le parcours officiel. Sa préoccupation dominante est de montrer le plus de calme possible. Eu montant le grand escalier entre Bonnie et Lccomte, « ce dernier pâle et tremblant », elle dit au chirurgien : « Si le prince ne répond pas, il faudra faire enfoncer la porte ; si c'est une attaque, une saignée pourra être utile ». A la porte du prince, elle frappe. « Ouvrez, — dit-elle, — Monseigneur, ouvrez : c'est moi. » Son appel reste sans réponse.

Il n'y avait plus qu'une chose à faire : enfoncer la porte — c'est ce qu'elle avait dit elle-même. Mais au lieu de s'y employer avec les deux hommes qui l'accompagnent, elle envoie chercher Manoury et c'est à lui qu'elle en donne l'ordre. Avec une masse de fer apportée par le valet de pied Dubois, Manoury fait sauter le panneau inférieur ; et par cette ouverture, Bonnie et les deux valets pénètrent dans la chambre.

« C'était h huit heures trois quarts du matin. Les volets étaient fermés, la chambre presque obscure. Une bougie, placée tous les soirs dans l'àtre du foyer, jetait une faible clarté. A sa lueur Manoury et M. Bonnie entrevoient le prince debout contre la fenêtre du Nord, la tête appuyée au volet, immobile et dans la position d'un homme qui écoute. M. Bonnie, en se jetant vers le prince, écarte une chaise placée à quelque distance de lui. Manoury saisit dans ses bras son maître, qu'il veut reporter sur son lit. Le corps, le visage étaient froids. Il ouvre précipitamment les volets de la chambre du LcA^ant. Alors on aperçoit le duc de Bourbon pendu par un mouchoir à l'espagnolette de la croisée, la tête inclinée sur la poitrine, le visage pâle et décoloré, les bras

212 LA FORTUNE DES d'oRLÉAXS.

roides contre le tronc, les genoux à demi ployés, l'extrémité des pieds touchant le tapis. Tout secours était inutile ; le prince avait cessé de vi\re (1)> »

L'alarme avait été donnée dans tout le château. Officiers et gens de service étaient accourus. Manoury leur ouvre la porte, mais retient Mme de Feuchères, qui vient se jeter sur un fauteuil du cabinet de toilette.

C'est là que l'abbé Pélier de la Croix, aumônier de la maison du prince, qui revenait à cet instant de dire sa messe à la paroisse, la trouva quelques instants plus tard, « assise près de la fenêtre, étendant le bras gauche vers ceux qui entraient ou sortaient, M. Bonnie, chirurgien, paraissant faire auprès d'elle l'office de consolateur, et M. de Préjean, debout, les larmes aux yeux » (2).

L'abbé cherche des yeux le prince ; Alanoury le tire par le bras et le fait entrer dans la chambre, et voyant qu'il se dirige vers le lit, le tire de nouveau vers la fenêtre et lui montre le corps suspendu en lui disant : Voilà Monseigneur ! »

Voulant s'assurer si tout secours était inutile, l'aumônier s'approche et porte la main sur la nuque et sur le cou, « qu'il xh rouges et découverts » ; il constate que le corps est déjà froid et rigide. Il se retire alors, « sans pouvoir, — déclare-t-il, — éloigner de son esprit le tableau qu'il vient de voir et les e/- [raiiantes pensées qu'il fait naître »,

Quelles étaient ces effrayantes pensées qui surgissaient ainsi au seul aspect du corps? On le comprendra sans peine, d'après les remarques faites dès le premier moment par l'abbé Pélier et plusieurs des assistants.

(1) Plaidoirie Hennequin.

(2) Abbé Pélier de la Croix, Assassinat du dernier des Condé, p. 2.

« Le prince de Condé était attaché à l'espagnolette de la croisée du Nord par deux mouchoirs passés l'un dans l'autre. Ces mouchoirs étaient en toile, marqués d'un B surmonté d'une couronne, le premier formant un anneau aplati et allongé ; le second un ovale dont le bout supportait la mâchoire inférieure et qui a^■ait son sommet derrière la tête sur le haut (1). En dépit des affirmations contraires, le mouchoir de compression ne faisait pas nœud coulant ; il ne pressait pas la trachée-artère, il laissait la nuque à découvert, il se trouvait tellement lâche qu'entre les plis et la tête quelques-uns des assistants purent facilement passer les doigts : c'est ce ((ue firent Manour}-, Obrv, le concierge et l'abbé Pélier. La tête du vieillard penchait sur la poitrine ; son visage était dans son état ordinaire, plutôt pâle que coloré et les yeux à demi fermés. La langue ne sortait pas de la bouche et poussait seulement les lèvres. A la partie gauche du cou, près du mouchoir qui soutenait la mâchoire, on apercevait une ecchymose ou écorchure qui n'avait pas été faite par le prince lui-même, puisqu'elle était en dessous du lien suspenseur. Les mains étaient fermées, les genoux ployés et, par leur extrémité, les pieds portaient sur le tapis ; de sorte que dans les souffrances aiguës qui naissent des derniers efforts de la vie, le duc n'aurait eu pour échapper à la mort qu'à se dresser sur ses pieds en s'appuyant contre les volets de la fenêtre. Déjà cette disposition et les apparences du corps paraissaient étranges à la plupart de ceux qui avaient été admis à contempler ce désolant spectacle (2). »

H) « FAevé derrière la tête comme une anse h panier. » (2) A. de Lassalle, IIîsL et polit, de la {am. d'Orléans, p. 405.

214 I.A FORTUNE DES d'oRLÉANS.

Toutes les bouches étaient muettes ; mais la direction des regards, le jeu des physionomies, les mouvements, les attitudes, étaient épiés et surveillés par une vigilance anxieuse dont l'acuité pénétrante percevait infailliblement le sens des observations, au moment où elles frappaient l'esprit de chacun et le caractère des impressions à mesure qu'elles se formaient. ,

La baronne était une femme forte. Au milieu de la consternation générale, elle gardait tout son sangfroid ; elle n'avait pas un instant perdu de vue l'aumônier. A la façon dont il examinait le corps, d'après la nature des vérifications auxquelles il procédait, elle avait sans peine suivi le développement des ellrayantes pensées qui se condensaient en une conviction solide et indestructible. Le sentiment d'un danger urgent à conjurer l'avait saisie. Une prière rapide et pressante de cette héritière put seule déterminer le chirurgien Bonnie à quitter son poste de consolateur pour tenter un acte plus qu'inconsidéré de la part d'un homme de sa profession. Il s'élance pour couper les liens d'attache. L'incorrection était si flagrante qu'un subalterne, Manour}^ se grandit à prendre un rôle d'autorité. Il arrête Bonnie, en criant, d'une voix haute et émue : « IVon, Monsieur, c'est à la justice ; que personne n'y touche ! (1). »

Le comte de Choulot était entré à son tour ; presque tous les officiers de la maison étaient maintenant rassemblés et « se tenaient immobiles autour du cadavre comme des statues autour d'un tombeau ».

(1; L'abbé Pélier raconte l'incident dans des termes qui en marquent la grave signification. « Ces paroles, — dit-il, — 5'adressaient au chirurgien Bonnie, qui. vouant que l'aumônier avait examiné atteniifement ce spectacle d'une mort incroyable, accourait derrière lui pour couper les liens d'attache. »

LA fortunt: des d'orléans. 215

Enfin M. de la Ville-Gonlhier, le premier gentilhomme, qui était sorti depuis le matin, rentre. Il fait sortir tout le monde de la chambre, en fait fermer les portes et envoie prévenir les autorités locales ; il avise aussi par lettre le procureur du roi de Pontoise. ,

A neuf heures trois quarts, le maire de Saint-Leu arrive, accompagné de son adjoint et de deux notables de la commune et rédige, ou plutôt fait rédiger, — étant lui-même à peu près illettré, — un procèsverbal qui porte fortement la trace, et de l'inexpérience de ses rédacteurs, et du trouble complexe des témoins, car il est muet sur plusieurs particularités essentielles et contient, d'autre part, des mentions dont l'inexactitude a été plus tard incontestablement démontrée (1).

Il faut dire à la décharge de ces magistrats muni cipaux que, sur l'invitation sans aucun doute de ceux qui redoutaient les constatations matérielles, ils ne firent que passer dans la chambre mortuaire et s'installèrent, pour dresser leur acte, dans la pièce voisine, appelée salon rouge, hors la vue du corps. Il faut ajouter qu'ils opéraient dans une atmosphère de stupeur qui glaçait tous les esprits et paralysait toutes les langues.

« On se fuyait plutôt qu'on n'osait se parler. Pour comble de malheur, il n'y avait plus de chef dans la maison, ou plutôt une autorité qui eût dû ne jamais s'y montrer, une puissance usurpée sur la faiblesse et redoutée même jusqu'à ce jour, tel était le chef que la nécessité pour les uns, l'habitude pour les

(1) L'abbé Pélier de la Croix a relevé les erreurs et les inexactudes dont fourmille ce procès-verbal et les a démontrées d'une façon pérernptoire avec une lucidité et une force qui ne laissent place à aucune contradiction. — Assassinat du dernier des Condé. — V. le texte de ce procès-verbal Append. n° 8.

autres, reconnaissaient encore le 27 août dans le château de Sainl-Leu (1). »

Le fait du suicide était, dès le premier moment, affirmé d'une façon positive par la baronne et ses affidés, notamment par ce triste personnage, son secrétaire, l'abbé Briant, qui, pour le rendre plus vraisemblable, allait répétant que « depuis longtemps le prince radotait » ; que « ce vieux bonhomme avait complètement perdu la tète ». Les assistants subjugués n'avaient pas le courage de s'élever contre les explications fournies avec assurance et autorité par une voix qui était en possession d'imposer à toute la maison le respect et la crainte et dont l'audace présente, par son excès même, signifiait si hautement la certitude d'une protection puissante.

M. de Choulot pourtant ne put se retenir de dire que si le prince lui a envoyé, la veille et d'urgence, l'ordre de se rendre auprès de lui à huit heures du matin, ce ne pouA ait être expressément pour le faire assister à ce lugubre spectacle ; et le fidèle Manoury s'enhardit à déclarer que les projets du duc de Bourbon, confiés à M. de Choulot et à lui, étaient des projets de retraite hors de France.

« Prenez garde, — s'écrie d'un ton menaçant la baronne, — de telles paroles pourraient vous comprometlre auprès du roi ! »

Peut-on conce\oir quelque chose de plus énorme que ce nom jeté comme un défi à la sincérité des témoignages et à la justice des lois ?

Rien ne donne mieux la note du sinistre leii moliv imposé à l'enquête.

Forte de l'effrayant prestige conquis par la crâne rie tragique de son attitude, l'insolente baronne pro-

(1) Abbé Pélier de la Croix, Assassinat du dernier des Condé, p. 72.

I A l'OHTi nl; dl;s d"ori.éAi\s. 217

cède, avec une aisance qui fait frémir, à la prise de possession du logis pour prévenir toutes investigations et toutes révélations dangereuses.

« Tout ici appartient à Madame de Feuclières », — déclarait son âme damnée, l'abbé Briant. En conséquence, il recommandait à M. Dauvert, chef de l'argenterie, de veiller soigneusement sur cette partic de l'héritage ; il furetait partout, comme pour faire un inventaire visuel des richesses acquises.

La baronne jetait aussi des regards sur toutes choses ; mais superbement maîtresse d'elle-même, elle savait feindre des préoccupations pieuses et touchantes. Elle se lamentait de ce qu'il ne se fût pas trouvé « une lettre d'adieu, un mot suprême que le [)rince ne devait pas avoir oublié de laisser pour elle ». D'une voix brisée, elle disait : « Ah ! quelle ingratitude de n'avoir rien laissé pour moi qui l'aimais tant ! »

Ce dont elle s'inquiétait en réalité, c'était des papiers.

Dans les dernières semaines, depuis quinze jours surtout, le duc avait beaucoup écrit et avait pris de grandes précautions pour lui cacher ce qu'il écrivait. C'est ce qui l'avait tourmentée pendant cette dernière période ; c'est ce qui avait motivé, quelques jours aupara\aiit, cette irruption soudaine dans la chamjiro où le prince pouvait, en raison de l'heure matinale, se croire ;\ l'abri de son espionnage.

La nature de ce travail auquel le prince s'était livré, dans les derniers jours, avec une assiduité inaccoutumée et dont il avait visiblement cherché à lui dérober la connaissance, elle l'avait soupçonnée d'abord ; elle avait fini par en être informée. Le duc de Bourbon, avant de s'expalricr définitivement, avait voulu mettre ordre à ses affaires ; il avait fait un tes tament nouveau en faveur de Henri de France (comie

de Chambordj cl de Mademoiselle (sa sœur). Le fait a été « assuré », dit un écrivain sérieusement inloi-mé, (( par des honmies bien placés pour connaître toute cette affaire » (1). Et l'on n'en saurait doutei (|uand on voit l'abbé Pélier, après avoir publiquement protesté contre le refus fait par Louis-Philippe en personne et par la justice d'entendre ses révélations, formuler cette déclaration : « Ce n'est que devant les magistrats qu'on peut entrer dans le détail... des bruits qui couraient qu'il avait change son testament, de ses regrets et de ses pleurs sur la famille déchue ; de sa tendresse pour les deux enfants exilés, qui n'avaient rien fait, disait-il, pour être ainsi traités et qu'il aimait de la même affection qu'il aimait leur infortuné père... Ce que nous pourrions établir sur tous ces points étonnerait peut-être le lecteur... »

Ce fut évidemment la question de ce testament qui donna lieu à la scène violente du 26 août, racontée par Manoury et qui motiva la dépêche affolée : « Enipèchez-le de partir à tout prix. »

Ce fut le refus de le révoquer et de renoncer au départ qui détermina la résolution de l'assassinat.

Il est impossible que les auteurs du crime aient négligé l'enlèvement immédiat de l'acte d'exhérédalion, qui devenait entre leurs mains un formidable supplément de garantie contre toute défaillance de la protection nécessaire. Madame de Feuchères s'en était effectivement emparée et le tenait en lieu sûr. Mais il pouvait rester quelque brouillon, quelque note accessoire, qui fût un indice de la suppression.

(1) Alf. Nettement, Vie de Louis-Philippe, p. 96. — Il paraît certain qu'il devait remeltre ce testament à M. de Choulot, et ce fut la volonté de Tacliever avant de quitter la France qui fut la véritable raison des ajournements mis à son départ.

LA FORTUNE DES d'oRLÉANS. c19

Ou se hâtait de parer à ce dernier danger avant l'arrivée de la magistrature judiciaire.

A une heure, le juge de paix d'Enghien se présente. Il est immédiatement circonvenu. La première chose que fait ce magistrat est vraiment incroyable. Il oi'donne ce que iManoury avait pu empêcher le matin : malgré les observations et les protestations, il fait détacher le corps. — « Ah ! quel hoi^rible spectacle ! — - s'est-il écrié ; et ce sublime de sensibilité a privé la justice d'un des moyens de constatation les plus précieux (1). »

Rien ne prouve mieux à quel point les constatations étaient redoutées et de quel ascendant disposaient ceux qui obtenaient un acte aussi extraordinaire.

On attendait les magistrats du parquet de Pontoise. Quand à trois heures arrivèrent M. Vinet, juge auditeur (en remplacement du jjrocureur du roi absent) et AI. Soret de Boisbrunet, juge d'instruction, avec les docteurs Deslions et Godard, il y avait deux heures que le corps avait été replacé sur le lit.

Le juge de paix n'avait plus aouIu s'occuper que d'apposer les scellés.

Il semble pourtant qu'il ait regretté sa complaisance inconsciente ; il paraît, dans tous les cas, avoir refusé de la pousser plus loin.

Au moment de son arrivée, le procès-verbal du maire n'était pas encore clos.

« Une Aoix oflicielle déclare que le prince est mort d'une attaque cVapoplexie, qu'il faut le placer dans son lit et dresser le procès-verbal en conséquence : uri procès-verbal étant l'expression rigoureuse do la véi-ité calmera les esprits et empêchera les passions

(li Extruit dos nijles ilii juge (rinstniclion de Paris. M. do la Huproye, par M. Billaiilt de Gérainville.

^:iO LA rORTLNE DLS DORLLANS.

d' exijloilcr celle caiaslrophe. Celte logique ne convainquit ni l'honnête juge de paix d'Engliien, ni les personnes de la maison. La justice maintint ce qu'elle avait écrit ; et les serviteurs du duc de Bourbon ne signèrent que ce qu'ils avaient \ u (i). »

On parvint loulei'ois à ne pas laisser constater tout ce qu'ils avaient vu. Le général Lambol, à son aîri\ée a Saint-Leu, eut soin «d'en faire éliminer toutes les circonstances de nature à compromettre la baronne, notamment l'ordre qu'elle avait donné d'aller chercher Alanoury pour enfoncer la porte... » (2).

Car le général Lambot était arrivé de Paris de bonne heure, — et il n'était pas venu seul.

Il ne pouvait convenir au roi-citoyen que les règles et les formes applicables à tous les citoyens fussent suivies dans une affaire où il y allait pour lui de si gros intérêts et de si terribles responsabilités, ni que le soin des constatations légales fût laissé aux magistrats civils et judiciaires compétents.

Aussitôt l'avis reçu de la catastrophe, — et avec une célérité telle qu'il en résulte presque la nécessité matérielle d'admettre l'épouvantable hypothèse d'î mesures prises eji raison d'un avis antérieur à la découverte du cadavre par les gens de la maison, — Louis-Philippe avait expédié à Saint-Leu son aide d3 camp de confiance, celui qui était à la tête de sa police particulière, le général do Uumigny, et l'un de ses secrétaires, attaché spécialement aussi à ce service de police, M. Guillaume.

M. de Rumigny avait amené dans sa voiture le général Lambot.

(1) Comte de Choulot. — Quelques pages sur Mgr le duc de Bourbon, p. 28.

[i) Billault de Gérainville, HiJt. de Louis-Philippe, t. III,

LA FORTUNE DES DuRl-ÉANS. 'S^L

Derrière eux, le roi des Français a\aiL en\03é un de ses l)ons compères du coup de Juillet, le baron Pasquier, son nouveau président de la Chambre des Pairs ; une autre de ses créatures, son nouveau procureur général, Bernard (de Rennes), puis M. de Semonville, grand référendaire, et M. Cauchy, secrétaire de la Chambre des Pairs.

On vient de voir dans quel sens avaient agi, dès leur arrivée, M. de Rumigny et M. Lambot.

M. de Rumigny ne craint pas de montrer que c'est lui. le représentant du légataire, qui \a prendre la direction de toute l'affaire.

« Le corps étant déjà placé sur son lit, — rapporte l'abbé Pélier, — on a crié : Que tout le monde sorte (de la chambre fatale) ! Je suis sorti ainsi que d'autres personnes. Alors sont entrés deux hommes connus dans l'instruction. MM. Guillaume et de Rumigny. N'étant ni magistrats ci\ ils, ni magistrats judiciaires, quel intérêt avaient-ils à faire évacuer la chambre, s'ils ne venaient que rendre un devoir ! «

Quant aux représentants de la plus haute magistrature du royaume, ils ne laissèrent voir ni embarras, ni scrupules, ni souci des convenances, à se trouver ainsi ostensiblement pilotés par les agents d'une partie notoirement intéressée.

Nul d'entre eux n'a paiu même songer à dissimuler qu'ils étaient venus, moins pour remplir un office d"; haute justice, que pour servir les combinaisons abominables d'un client maître du pouvoir.

Leur conduite et leurs agissements l'allestent suffisamment. Mais pour leur parfaite confusion, deux lettres subsistent, qui sont des pièces à conviction irrécusables et indestructibles.

Le baron Pas(juier éci-it :

Sire En arrivant à Saint-Leu, je trouve la fin tragique de Mon-

seigneur le prince de Condé connue de tout le pays avec ses plus effrayantes circonstances. Je trouve un procès-verbal dressé par le maire avec toute rautlienticité possible. Le juge d'instruction et un procureur du roi sont déjà arrivés et se disposent à instrumenter. Les circon.stances de la mort sont trop extraordinaires pour qu'elles ne motivent pas une instruction très approfondie, et je pense qu'il pourrait être utile que le Roi fit partir sur-le-champ deux médecins comme les docteurs Marc et Marjollin. lesquels ont l'habitude des vérifications que ce fatal événement commande.

Je vais, en attendant, dresser l'acte de décès suivant les formes prescrites, puis je procéderai à l'apposition des scellés et aurai l'honneur, avant la fin de la journée, de rendre compte au Roi de la fin de l'opération.

De Votre Majesté le très iuimble et très obéissant serviteur et sujet,

Pasquier.

P. S. — On répand déjà qu'on n'a pas trouvé un seul papier, ainsi il y a déjà été regardé.

Saint-Leu, vendredi 27 août, 4 h. du soir.

Celte lettre est un chef-d'œuvre d'habileté épistolaire. Pas un mot n'est au clair, et pourtant tout est d'une précision parfaite ; rien n'est omis de ce qui peut répondre aux diverses préoccupations du légataire couronné. Les plus aflreuses circonstances de la mort sont connues de tout le pays : impossible d'imposer la ^■e^sion de l'apoplexie ; Vinstruction est commencée : il n'y a plus moyen de l'empêcher ; les circonstances de la mort sont trop extraordinaires pour qu'on n'en recherche pas les causes : il importe que cette recherche ne soit faite que par des médecins choisis, ceux du roi lui-même ; enfin il na pas été trouvé un seul papier, il y a delà été regardé : c'est-à-dire qu'un certain papier, le seul qu'on eût mission spéciale de retirer... a déjà été soustrait.

Il y a de plus un avis important : l'acte de décès va être dressé, en attendant, pour que ce soit chose faite avant toute vérification.

LA FORTUNE DES d'oRI.ÉANS. 223

M. Pasquier tenait les pouvoirs à cet effet d'une ordonnance royale de ce jour même, qui lui attribuait « provisoirement les fonctions d'officier d'état civil de la maison royale, précédemment attribuées au chancelier » (1).

Il avait été bien positivement nommé ad hoc. Le roi des Français, chef suprême de la justice, avait bien choisi l'homme qu'il lui fallait.

Le général de Rumigny, moins exercé ou moins habile aux sous-entendus, s'exprime plus crûment :

Sire,

Je pense que ma présence est indispensable pour ce premier moment ; je ne partirai que si le Roi m'envoie un ordre positif.

Le procès-verbal a été fait par le soin de M. Laville-Gonthier, aui a agi aussi maladroitement que possible. Les soupf'ons ne oortent sur personne encore, mais qui sait ce qu'on apprendra, car je dois dire que la mort n'a pas l'air d'avoir été un suicide.

Il est important qu'on ne puisse accuser personne en qui le testament ne vienne faire accueillir des soupçons.

J'attendrai l'enquête des docteurs Marc et Marjollin pour quitter Saint-Leu.

Le tout dévoué serviteur et sujet,

Théo, de Rumigny.

Il a la main lourde, le fidèle aide de camp. Signaler la maladresse de M, de la Ville-Gonthier, parce (|ue celui-ci s'est refusé à faire rédiger le procès-verbal dans le sens de l'apoplexie, est d'un beau zèle.

(1) Un fait très curieux est celui-ci : l'acte de décès du duc de lioui'bon fut effectivement dressé par le baron I-'asquier, « conformément à l'ordonnance du Hui (Louis XX'Ill). du 23 mars 1816 » ; et la mention qui en est faite au Moniteur du 27 août 1S30 (partie ofliciellel vise aussi cette ordonnance dt! J810. Mais elle est immédialemont suivie au Moniteur, d'une ordonnance du jour ménic, 27 aoùl. conférant au liai'on l'as(|uier ces fnnctiuns d'oflicier d'état civil de la maison roviile. qu'il venait de reuii)lir commi' les tenant d'une ordon- Pii'nce reconnue évidemment .sans effet. — V. Append. n" 9.

A[ais il aurait fallu ne pas écrire lui-même avec une maladresse cent fois plus grave. Il" est vrai qu'il croyait sa missive destinée à ne jamais voir le jour : c'est par un hasard impossible à prévoir, ou plutôt c'est par un effet de la justice providentielle, qu'elle a échappé à la destruction et s'est retrouvée, pour servir devant la postérité de preuve accablante contre le grand coupable ù qui elle fut adressée.

Les précautions de langage du circonspect magistrat sont, du reste, tout aussi significatives que les déclarations brutales de l'homme d'épée (1).

Sous leurs formes différentes, les deux lettres révèlent de la façon la moins équivoque, que les instructions emportées de Paris par les envoyés du roi Louis-Philippe étaient de tout faire pour établir l'apoplexie ou le suicide. Et le fait ainsi constaté de cette préoccupation antérieure à tout examen et à tout rapport accuse, avec plus de force même qu'un aveu, la connaissance préalable de l'assassinat et la terreur galopante des responsabilités encourues.

C'est qu'en effet il devenait malaisé au roi des Français de s'en dégager. Cette chaîne des complicités, déjà solidement formée par tant d'anneaux honteux, l'atroce génie de sa terrible associée venait

(1) Conçoit-on que M. de Ixiiinigny, aprè.s nvoir écrit cotte terrible lettre, a eu le courage de déposer dans l'insfruclion « qu'il est parti do Paris avec l'impression morale que la mort du prinoe était le résultat d'un crime (aveu qui. venant fie lui, est important à rofonir) et que tout ce qu'il a vu et entendu à Saint-Leu a substitué à cette pensée la conviction profonde du suicide » . — Aux lettres de MM. Pasquier et de Rumigny. il faut ajouter un propos de M. de Semonville : « Enfin, lui dit le duc do La Rochefoucauld, comment est mort M. le duo de Rourbon ? — Il a été pondu. .Monsieur. — Mais enfin la-t-il été volontairement ou involontairement ? — .Te vous dis, Monsieur, qu'il a été pondu. » Jamais il ne fut possible d'en tirer une parole de plus. » (Mém du vicomte de La Rochefoucauld, t. XIII, p. 54.)

de la river indestructiblement par le coup de l'assassinat.

« Maîtresse du testament (en faveur du duc de Bordeaux) après la sinistre nuit de Saint-Leu, elle n'avait pas laissé ignorer au duc d'Orléans que le jcur où elle serait en cour d'assises, le testament serait produit en public (1). »

Est-ce là une im^ention, une supposition gratuite d'adversaires passionnés ?

« Qu'on relise le post-scriptum de la lettre de M. Pasquier. Comme le dit très justement un historien, « toute l'intrigue s'y trouve dessinée ». « On répand delà qu'on n'a pas trouvé un seul papier, ainsi il y a delà élé regarde. » Calculez un peu la valeur que de telles paroles prennent en tombant de la plume de M. Pasquier. Il a déjà été regardé aux papiers ! Aux papiers ! Mais cette investigation n'a pu avoir lieu qu'au momcnit où la victime cessait de vivre. Quoi de plus évident ? C'était à cette heure-là seulement que les clefs du prince se trouvaient, selon l'habitude, placées sur la cheminée de sa chambre à coucher ; c'était à ce seul moment qu'on avait la possibilité d'agir et de chercher à loisir et sans témoins. On sait, en effet, que depuis huit heures et demie qu'on a trouvé le duc de Bourbon accroché à l'espagnolette, nul n'a touché à quoi que ce soit et que d'ailleurs il y a toujours eu des surveillants nombi-eux dans les appartements. Oui, les papiers avaient élé soustraits et. parmi ces papiers, un second testamont postérieur à celui fait en faveur du duc d'Aumale et de la favorite; tout cela avait été enlevé sans le moindre doute pendant la pei-pétralion du crime (2). »

Ainsi l'aveu en est écrit de leurs propres mains :

{Vi Alfred Neltemonf. Vir dr Louis-Philippe, p. 97. (2) A. de Lassalle, Hist. de Louis-Philippe, p. 422.

les premières conslatations de MM. de Rumigny et Pasquier sont celles des faits qui rendent le crime patent et indubitable et dos circonstances qui en désignent l'auteur. Et leurs premiers actes, aussi bien que leurs premières communications à leur mandant prouvent qu'ils ont reçu à l'avance charge de les nier et pleins pouvoirs de tout oser « afin qu'on ne puisse accuser personne eu qui le testament ne vienne faire accueillir des soupçons » (1).

Aucun des hauts fonctionnaires qui vinrent les rejoindre ne refusa de s'associer à cette œuvre d'escamotaofe judiciaire.

Jamais aussi on n'y mit moins de scrupules et justice. Ce sont les représentants de la plus haute cour de justice qui opèrent, et ils ont licence, commission expresse, du roi, chef suprême de la justice.

Jamais aussi on n'y mit moins de scrupules et moins de façons.

Les serviteurs du prince, les témoins de sa vie, les confidents de ses pensées et de ses projets, les assistants à la découverte du cadavre, on les écarte.

Ils se sont unanimement récriés contre la proposition de déclarer la mort par apoplexie.

Il] M. Ernest Daudet « croit, d'après les Mémoires du baron Pasquier. que le prince a mis fm à ses jours volontairement. — Que le baron Pasquier ait essayé de donner, dans ses Mémoires, quelque apparence à cette version plutôt favorable à sa mémoire, cela .se comprend : il est probable qu'il n'eîlt pas pris ce soin s'il avait pu prévoir la divulgation de =;a lettre et de celle de son acolyte : mais qu'un historien dont le sens critique devrait être affiné par une longue pratique de son métier, préfère donner créance à des explications suspectes de tendances justificatives plutôt qu'à des confidences inspirées par la vue des faits : que sa perspicacité ne lui ait pas même fait apercevoir, dans le texte de ces explications, la trace de remaniements posthumes assez inconséquents et souvent maladroits, voilà ce qui ne se comprend auère ! En tout cas il est évident que si l'opinion de M. E. Daudet est fondée sur les Mémoires du baron Pasquier, elle est contraire à l'opinion du baron Pasquier.

Il en est parmi eux, comme M. de Choulot et Manoury, qui se sont monti'és dépositaires de preuves morales contre l'hypothèse du suicide ; d'autres, comme l'abbé Pélier, qui ont fait sur le corps des constatations matérielles qui excluent cette hypothèse.

Il en est comme Lecomte qui, par le trouble extraordinaire de leur contenance et par des propos singuliers, ont laissé voir qu'ils avaient surpris de terribles secrets.

Tout indique que quelques interrogations, quelques confrontations feraient immédiatement jaillir la lumière.

On prescrit, on organise le silence des témoins ; on interdit même leur présence.

Les héritiers du sang, les collatéraux directs, les princes de Rohan, devaient, ne fût-ce que par décence, être avertis les premiers et requis d'assister aux constatations.

On les tient à l'écart.

Les médecins du prince étaient ceux qu'il convenait d'appeler pour l'examen médical et l'autopsie.

On se hâte d'en charger d'autres médecins et ce sont les propres médecins du roi légataire qui sont désignés ; et tant est commandé le mépris de toutes les règles et de toutes les formes par l'urgence d'assurer l'étouffement, qu'à l'incorrection judiciaire de leur nomination, ils ajoutent l'incorrection professionnelle de ne pas inviter leurs confrères à les assister (1).

fl) Le procès-verbal fut rédigé par MM. Marc, Marjollin et Pasqiiier fils ; aucun autre n'y fut appelé, et lorsque M. Ronnie voulut entrer avec eux dans la chambre où cette rédaction devait se fnire, M. Marjollin lui ferma la porte. (Dépos. faite i>ar M. de lîel/.unce, le 8 avril 1831, devant le juge d'instruction de Bayonnc).

Tout cela a\ait été arrangé dès le matin et le choix des médecins concerté entre Louis-Philippe et ses envoyés, a^ant le départ de ceux-ci. Il est absolument impossible d'en douter quand on voit la concordance vraiment remarc[uable des avis donnés sur ce point par le Itaron Pasquier et M. de Rumigny. Le premier a pris le soin de donner à la désignation des noms l'apparence d'un prétexte : « Il pourrait être utile que le roi fît partir sur-le-champ deux médecins comme les docteurs Marc et Mariollin, lesquels ont l'habitude des vérifications que ce fatal événement commande. » Comme il ne manquait pas à Paris de médecins ayant « l'habitude des vérifications que ce fatal événement commande », et comme il y avait toute convenance à ce que la mission fût donnée à tout autre qu'aux médecins particuliers du roi. la précaution du baron Pasquier ne fait en somme que mettre en relief ce qu'il veut pallier. M. de Rumigny, lui, n'y fait point tant de façons : « J'attendrai l'enquête des docteui's Marc et MarjnJlin yjour quitter Saint-Lou. »

Il était donc, bien é\idemmonl. entendu à l'avance que la commission serait donnée exclusivement aux docteurs Marc et Marjollin, c'est-à-dire précisément à ceux qui, en raison de leur situation particulière auprès du roi légataire, auraient dû être éliminés et auraient dû se récuser (1).

fl) En veut-on une preuve de plus? Cesi à quatre heures que M. Pasquier écrit au roi pour ron/ieiller Venrni des docteurs : or, dès tiois heures, il a fait insérer cette mention dans le procès-verbal du jufîe d'insfrudion : « ... ladite visite (celle des docteurs Godarf et Deslions) n'étant néanmoins que préliminaii-e et en attendant Taj-rivée de MM. les docteurs Marc et Marjollin que M. le baron Pasquier. président de la Chambre des Pairs et M. le marquis de Semonville. grand référendaire de ladite Chambre, venus pour constater le décès du prince, ont requis de se tran.sporler à Saint-Leu.

LA FORTUNE DES d'oRLÉAXS. 229

Si Ton n'en a\ait déjà maintes autres preuves, ceci suffisait à démontrer que le fait de l'assassinat était connu de Louis-Philippe avant le départ de ses premiers envoyés.

Les docteurs commis laissèrent bien voir d'ailleurs qu'ils suivaient des instructions conformes à celles du Président de la Chambre des Pairs, de l'aide de camp et du secrétaire. Leur attention se porta principalement à écarter tout ce qui aurait pu les éclairer sur la cause de la mort. L'abbé Pélier donne à cet égard un renseignement précis : « Lors de la visite du corps par les médecins de Paris, à neuf heures du soir, ordre encore de sortir, et à dix heures, pour l'apposition des scellés, même ordre à tous ceux qui étaient inutiles. Hélas ! j'étais toujours du nombre. Cependant j'aurais pu dire à ces messieurs ce que j'avais vu à la nuque, etc. (1). »

Sûrs ainsi de ne voir que ce qu'ils voudraient voir, ces médecins purent conclure au suicide, dans un rapport, qui fut. du reste, bientôt après, magistralement réfuté par les sommités médicales du temps, les docteurs Gendrin et Dubois (d'Am.iens).

La version officielle du suicide s'établissait ainsi par force, mais sans s'imposer aux serviteurs du prince, qui, presque unanimement, s'y montraient phis ou moins réfrnctaires.

On sentit le besoin de la corser un peu.

Dans cette même soirée du 27 août, le secrétaire policier de Louis-Philippe. M. Guillaume, en passant de\ant la cheminée de la chambre mortuaire, tinu\a un fragment de papier, dont la blancheur ressortait sur le fond noir du foyer. « Il s'apjiroche, — dit Louis Blanc, — et sur ce fragment que sou-

(1) AbW' Potier rie la Croix. Assassinat du dernier des Condé, p. 49.

tenaient des cendres de papier brûlé, il lit ces mots : « Roi... Vincennes... infortuné fils... » Le lendemain, « sur les instances de M. de Rumirjnu, aide de camp du roi, un témoin, le valet de pied Romanzo, chercha, là où il n'avait rien trouvé la veille et trouva cinq ou six autres fragments de même genre ; il en fut trouvé également (par Lecomte), le même jour 28, dans l'âtre de la cheminée du salon. »

Quand le procureur général Bernard (de Rennes) arriva le 28 à Saint-Leu, on lui remit ces fragments. « La vérité est là », s'écrie aussitôt le procureur général (quelle admirable soudaineté !) et, à l'aide des personnes présentes, il réunit ces fragments de manière à recomposer les deux écrits que voici :

Saint-Leu appartient au Roi

Ptiilippe

ne pillés, ni ne brûlés

le château ni le village

ne faites de mal à personne

ni à mes amis, ni à mes

gens. On vous a égarés sur mon compte, je n'ai urir en aiant cœur le peuple .Saint-Leu et ses dépend vl resf)oir du

appartient à votre roi honhour do ma patrie

Philippe ; ne pillés ni ne brûlés le village

ne mai à personne

ni es amis, ni à mes gens

On vous a égarés sur mon compte, je n'ai qu'à mourir en souhaitant bonheur et prospérité au peuple français et à ma patrie

Adieu pour toujours

Page 1