CHAPITRE III
La glace était rompue entre le Palais-Royal et le Palais-Bourbon. C'était déjà beaucoup.
Mais, pour s'être laissé forcer la main dans cette circonstance du baptême, le vieux duc ne se montrait nullement disposé à changer sa manière d'agir à l'égard du duc d'Orléans. Tous les efforts de madame de Feuchères et toute sa diplomatie de courtisane pour établir une certaine intimité de rapports, échouèrent devant une répugnance bien marquée, car on la voit, six mois après, réduite à user de surprise pour amener une nouvelle entrevue des deux parents. A l'occasion de la Saint-Hubert, qui était une solennité régulièrement fêtée dans cette maison de grands chasseurs qu'avaient toujours été les Condé, elle fît envoyer, de son autorité privée, une invitation au duc d'Orléans. Le duc de Bourbon en manifesta une très vive contrariété ; mais il avait pris le pli de céder aux volontés de la dame ; il lui était d'ailleurs difficile de faire à son neveu une avanie formelle. Quant au duc d'Orléans, qui, dès sa jenesse, s'était posé en ennemi déclaré des plaisirs cynégétiques, il s'empressa d'accepter cette invitation, tout incorrecte qu'il la connût.
Il ne paraît pas toutefois que cela ait beaucoup avancé ses affaires. Pendant près de cinq ans, les relations entre les deux petites cours, semblent avoir été très froides et même à peu près nulles.
Dans cet intervalle, Tintérieur du Palais-Bourbon fut agité par quelques orages.
Ce fut d'abord la rupture du ménage de Feuchères.
Le mari, instruit de la vérité par une bravade de sa femme, écrivit au duc de Bourbon :
... Je prie Monseigneur de juger avec bonté ma cruelle position et de me rendre l'honneur, ou de permettre que je renonce à ses bienfaits.
Aussitôt, il quitta le Palais-Bourbon et quelque temps après, soit qu'il n'eut pas reçu de réponse, ou qu'il fût mal satisfait de la réponse reçue, il écrivit d î nouveau :
... Je me considère dès ce moment. Monseigneur, comme ayant ces<îé de faire partie de la maison de Votre Altesse, dans laquelle, pour le repos de tous, je n'aurais jamais dû sntrer.
La réponse du duc de Bourbon, malgré l'égoïsme vraiment un peu trop princier qu'elle révèle, est presque touchante par l'accent sincère du regret, du remords poignant qu'elle exprime et par l'aveu involontaire qu'elle renferme d'une sujétion complète et définitive. En voici les termes :
Mon clier Feuchères, car je ne vous parlerai jamais en tous lieux, en tous temps, en toutes circonstances, que comme à l'ami le plus sincère, le plus franc, au nom de Dieu, (le votre mère, de tout ce que vous avez de plus cher, venez me voir un moment, cela ne vous engage à rien et vous aurez la satisfaction d'avoir au moins par cette démarche soulagé le cœur d'un ami oppressé par les malheurs de tous genres qui l'accablent. Ne craignez pas de rencontrer votre femme malgré vous ; la malheureuse est dans son lit souffrante, et n'est pas instruite de la lettre que je vous écris en ce moment. Venez, venez, mon cher ; venez causer avec 7otre ami.
M. de Feuchères ne voulut pas franchir une fois de plus le seuil de cette maison, où il lui semblait
avoir laissé son honneur. Il écrivit au ministre de la guerre pour lui expliquer sa position.
L'affaire fit scandale. Louis XVIII fit signifier à la baronne de n'avoir plus à se présenter aux Tuileries. La fille du prince, Mme de Rully, lui ferma sa porte ; ce fut à ce moment qu'elle fut obligée de quitter la maison paternelle, dont le pauvre duc n'eut pas le courage de chasser l'insolente maîtresse.
Bien plus, la drôlesse, en dédommagement des affronts qu'elle souffrait pour son dearest iriend, obtint le don testamentaire des domaines de Saint-Leu et de Boissy, avec jouissance anticipée des revenus. C'était un cadeau considérable. L'année suivante, en 1825, elle se fit faire encore divers dons montant au chiffre d'un million, puis y fit ajouter celui de la forêt d'Enghien. Mais tout cela ne comblait pas encore ses désirs.
L'infamie désormais publique de cette misérable femme n'avait entraîné aucune altération de ses bons rapports avec les d'Orléans. Bien au contraire, c'est à ce moment qu'ils se resserrent et prennent un caractère marqué de confiance et de cordialité.
On recevait la baronne au Palais-Royal et à Neuilly ; on lui faisait fête ; on la choyait. La vertueuse Marie-Amélie, la mère de famille modèle, pour qui le renom d'austérité était la parure portée avec le plus de fierté et d'ostentation, souffrait, voulait que ses filles se fissent aimables et prévenantes pour cette femme perdue.
Les Altesses Royales rendaient visite à la drôlesse. « Marie-Amélie et Mlle Adélaïde lui amènent l'adoptif . La duchesse pose le bambin sur les genoux de la gueuse. — Madame, fait-elle d'un ton câlin, embrassez donc votre protégé.
« Un autre jour, Marie-Amélie et Adélaïde prennent la protectrice du duc d'Aumale, chacune par
un bras, comme elles auraient fait de Tamie la plus intime. La vierge des d'Orléans s'extasie sur les charmes de cotte courtisane et ne se lasse pas de répéter : « Mon Dieu, qu'elle est belle ! Mais regardez donc ma sœur, s'il est possible d'être plus jolie (1) ! »
Puis c'est le prud'homme du Palais-Royal, Louis- Philippe, qui se met en frais de galanterie et se force à jouer les Lauzun. Revenant d'Angleterre, il se présente chez la baronne, chargé d'un volumineux paquet dont il ne souffre pas qu'on le débarrasse. Il étale devant la dame une collection de belles peaux anglaises pour souliers. « Ce sera pour moi, lui dit-il, un moyen d'être toujours à vos pieds. »
Le madrigal sentait bien un peu son lourdaud. Mais offert par une Altesse Royale, il était de force à griser cette fille ramassée dans les ruisseaux de Londres ; et c'est ce que cette noble famille se proposait.
On sentait la nécessité d'agir promptement.
Le duc vieillissait. Et d'autre part, quelques personnes de son entourage, qu'il avait mises dans la confidence des pénibles conditions de son existence, cherchaient les moyens de fournir à sa faiblesse un prétexte pour rompre les liens dont il aurait voulu être délivré. On avait même songé à lui faire contracter un nouveau mariage (2).
(1) Oiienot, les Orléans, princes et princesses, p. 297.
(2) Le duc était devenu veuf par la mort de la duchesse de Bourbon, survenue le 10 janvier 1822. La succession de cette princesse avait accru de plusieurs millions la fortune du duc d'Orléans qui était son neveu. Elle avait, il est vrai, fait écrire h la Convention, le 18 novembre 1793, « qu'elle léguait à la Nation tous ses biens montant à 11 millions. Pour prix rie ce sacrifice, elle ne demandait que sa liberté, avec la liquidation de ses dettes et des indemnités pour ses serviteurs ». — On pense bien que Louis-Philippe ne perdit pas de temps à examiner ce que ce legs pouvait conserver de
Le renvoi de la concubine s*en serait suivi ; et les projets basés sur son concours eussent été irrémédiablement perdus.
A partir de ce moment, on ne laisse pas un instant de repos au pauvre prince.
Une série de lettres trouvées aux Tuileries, après la fuite de Louis-Philippe, en 1848, dans un dossier portant cette mention de la main de Marie-Amélie : « Affaire de M, le duc de Bourbon », permet de suivre la marche des travaux de circonvallation conduits autour de sa volonté par Tinsolente baronne et dirigés de loin par le plus méprisable Louis-Philippe.
En homme qui ne veut pas être pris au dépourvu, celui-ci. s'était muni à l'avance de tous les engins nécessaires, et, pour les avoir sans défauts, il les «avait commandés aux meilleures fabriques. Il avait depuis longtemps pour conseil, pour homme à tout faire, un jurisconsulte éminent M® Dupin aîné. Il lui avait demandé un projet d'adoption du duc d'Aumale, qui fut tout prêt et bien en règle pour le jour où l'on pourrait arracher une signature au duc de Bourbon.
M® Dupin n'avait fait aucune difficulté de servir les intentions de son auguste client et lui avait adressé le projet en question, avec la lettre d'envoi suivante:
A Monseigneur le duc d'Orléans.
Monseigneur,
Voici le projet que V. A. R. m'a chargé de dresser avant son départ pour Londres.
Pour observer fidèlement le secret que V. A. R. m'avait imposé, je vous envoie ma seconde minute écrite de mn main, n'ayant pas voulu la confier à une main étrangère.
valeur en 1822. En réalité, c'est peut-être la seule partie de sa fortune qui lui soit advenue à peu près légitimement.
Le motif de discrétion abaolve (1) m'a empoché d'en conférer avec d'autres jurisconsultes que j'aurais aimé à consulter, mais que V. A. K. sera toujours à môme d'interroger quand il lui plaira, si elle le juge convenable.
F^éduit à mes seuli's forces, j'ai fait de mon mieux ; y ni cherché à assurer pleinement les nobles volontés de S. A. H. M. le duc de Bourbon et pour qu'elles ne fussent en aucun cas illusoires, ni susceptibles détre attaquées par des tiers, toujours disposés à faire procès en pareil cas, j'ai joint à la disposition relative à l'adoption, celle d'une institution formelle d'héritier que j'ai jugée indispensable à la solidité de Vacte entier.
J'ai l'honncïur....
Diipin aîné (2).
11 paraît cependant que les nobles volontés du duc (le Bourbon étaient aussi peu prononcées que possible dans le sens des dispositions que M® Dupin aîné cherchait à assurer pleinement. L'acte avait été confié aux bons soins de la précieuse baronne ; mais cela ne marchait pjis ; elle est obligée d'en faire l'aveu î\ son digne associé et de l'appeler à la rescousse.
Elle lui écrit :
Saint-r.eu, le 2 juillet 1827.
A S. A. H. Monseigneur le duc d'Orléans.
Monseigneur,
Je n'iii ])as trouvé \me occasion favorable pour remettre ie projet d'ndoption, h notre prince que lundi dernier ; ce
(1; Los lUwix mois : « discrétion absolue » sont soulignés dans l'original.
(2) On voit U'A Dupin prêter son ministère à la préparation du testament. l*lus tanl, dans ses Mémoires, il a tûchô d'innocenter Mme (i(; Ftuichères. II est intéressant de constater que lorsqu'il of'ciipn, comme président de la (Ihandwe, le I*aiais-Hourbon, Muk; iU\ Koiichrres, qui demeurait dans les appartements (la feu duc de Hourbon, ne i)ut obtcjnir malgré des instances i)r(!Ssantos, d'êlre aduu'se aux bals de la Présidence. l)<'s dénia r'chos réitérées h cet effet auprès de M. Dupin, (le la i)art de jx-rsonnes qui s'autorisaient, pour insistcîr, de la réception de Mme de Feiichôres aux Tuileries, n'obtinrent de lui (pie celle réplique : « Le roi a le droit de faire grâce ; moi je ne l'ai pas. » {Bingr. Firmin Didot.)
projet est entre ses mains depuis ce jour, mais il ne m'en a pas parlé depuis et comme il ne me paraît pas vouloir rien presser, je crois qu'il serait bien que Votre Altesse nous fît une visite avec Monseigneur le duc d'Aumale.
Monseigneur m'a répété plusieurs fois dans une longue conversation que j'ai eue avec lui, qu'il vous verra toujours avec le plus grand plaisir. Je prie Votre Altesse Royale d'être bien persuadée de mes sentiments de respect et de dévouement,
avec lesquels je suis
Sa très humble et très obéissante servante,
S. Dawes, baronne de Feuchères.
Le duc de Bourbon ne voulait rien presser, mais le duc d'Orléans, qui, lui, voulait presser, s'empressa de suivre le conseil de son associée : il se mit en mesure de venir faire la visite recommandée. Seulement il n'osa pas amener le duc d'Aumalc avant d'avoir présenté son fils aîné ; il craignit sans doute que cela ne donnât à la démarche une signification trop apparente. Il écrivit au duc de Bourbon :
Neuilly, ce 13 juillet 1827.
Il y a si longtemps, Monsieur, que je n'ai eu le plaisir de vous voir, que je regretterais doublement de n'avoir pas été vous chercher avant d'entreprendre le voyage que je vais faire en Auvergne, où ma sœur est allée nous attendre ; je pars mercredi prochain, 20 de ce mois, et comme je sais que vous ne chassez pas le dimanclic, je me propose d'aller vous voir avec mon lils aîné, que je suis depuis longtemps impatient de mener chez vous ; si cependant nous devons vous causer le moindre dérangement pour cette visite, je vous demanderais seulement de vouloir bien me le dire tout bonnement ; et alors je différerais encore, mais si vous ne me faites rien dire de contraire, ce sera pour nous une véritable satisfaction de vous trouver à Saint-Leu et de vous renouveler de vive voix l'expression de tous les sentiments que je vous porte et celle de mon inaltérable attachement.
La façon dont cette visite était annoncée ne laissait guère au duc de Bourbon la possibilité de ne pas la recevoir. Sa réponse, cependant, fut plutôt froide :
Ce jeudi (1-4 juillet).
Je n'ai reçu votre lettre, Monsieur, qu'aujourd'hui à Paris, où j'étais depuis quelques jours ; demain et samedi, j'ai partie de chasse arrangée dans vos états de Brie ; mais je serai positivement à Saint-Leu dimanche toute la journée.
Madame de Feuchères jugea qu'il serait vraiment trop difficile au duc d'Orléans de prendre cela pour une invitation. Elle ajouta de sa main :
Et charmé, comme vous pouvez bien le penser, de vous y ;*ecevoir, ainsi que M. le duc de Chartres, soit à déjeuner, soit à dîner, ou à tous les deux, si cela peut vous être agréable.
L'entrevue eut lieu ; on ne s'étonnera pas qu'elle n'ait pas produit de résultat bien décisif.
Mais le prince de Talleyrand avait pris en main la conduite do cette affaire ; il était un maître assez expert en fait d'intrigues pour qu'on s'en tînt à ses conseils. 11 alla se concerter avec la dame de Feuchères et lui apporta comme encouragement, des avances amicales de la part de la duchesse d'Orléans. Car dans cette honorable famille, quand il s'agissait de travailler à l'accroissement du patrimoine commun, l'entente était exemplaire et chacun payait de sa personne. La digne épouse du puritain I.ouis-Philippe, la pieuse Marie-Amélie, n'avait éprouvé ni scrupules, ni embarras à entrer, à son tour, en rapports d'amitié avec la drôlesse du Pa lais-Bourbon.
Le prince de Talleyrand, fier sans doute du suc ces de sa noble ambassade, rapporta à la duchesse d'Orléans la lettre suivante :
Palais-Bourbon, ce 6 août 1827.
Madame,
\c)[vo AUesse Royale daignera-t-elle me permettre de lui exprimer ma reconnaissance pour la bienveillance avec laquelle olle a bien voulu accuci-llir les sentiments de dévoiio
mont et le respect que j'aurai toujours pour son auguste famille.
D'apriis la conversation que fai eue avec M. le Prince de Talleyrand, je prends la liberté de réitérer à Votre Altesse Royale le désir extrême que j'ai de voir l'adoption de Monseigneur le duc d'Aumale par Monseigneur le duc de Bourbon, mais Votre Altesse Hoyalo sentira que, malgré le vif désir de voir réaliser im projet qui perpétuerait le nom de Monseigneur le duc de Bourbon et comblerait les vœux de toute la France, je ne puis que par degrés toucher le cœur de mon bienfaiteur, sur un sujet qui réveille toujours des souvenirs pénibles, je puis assurer néanmoins Votre Altesse Royale que je mettrai toute ma sollicitude à obtenir un résultat qui remplirait ses vœu,r, et à entretenir le tendre intérêt que Monseigneur le duc de Bourbon porte déjà à Monseigneur le duc d'Aumale.
Votre Altesse Royale me permcttra-t-elle de saisir cette occasion pour lui faire part du prochain maiùage de ma nièce avec M. le marquis de Chabannes. Sa famille ayant l'honneur d'être alliée à la maison de Bourbon, il serait doux pour moi de présenter ma nièce à Votre Altesse Royale, ainsi qu'à son auguste familb', et de solliciter personnellement leur appui et leurs bontés.
Je suis avec le plus jjrofond respect,
Madame, De Volie Altesse Royale, la très humble et la très obéissante servante.
S. D. Bne do Feurhères.
Et quatre jours après, l'Altesse Royale répondait :
Neuilly, ce 10 août 1827
.l'ai reçu. Madame, par M. le Prince de Tallcyrand, votre lettre du 6 de ce mois, et je veux Vous témoigner moi-même combien je suis touchée du désir que vous m'exprimez si positivement de voir mon fils le duc d'Aumale adopté par M. le duc de Bourbon. J'étais delà instruite de Votre intention d'engager M. le duc de Bourbon à faire cette adoption, et puisque Vous avez cru devoir m'en entretenir directement, je crois devoir à mon tour, ne pas Vous laisser ignorer combien mon cœur maternel serait satisfait de voir perpétuer dans mon fils ce beau nom do Condé si justement célèbre dans les fastes de notre maison, et dans ceux de la monarcliie française. Toutes les fois (jue nous avons entendu parler de ce projet d'adoption, ce qui est arrivé plus souvent que nous ne l'aurions voulu, nous avons constamment témoigné, M. le duc d'Orléans et moi, que si M. le Duc de Bourbon se déterminait à le réaliser, et que le Roi daignât l'approuver,
nous serions empressés de seconder ses vues, mais nous avons cru devoir à M. le duc de Bourbon, autant qu'à nousmêmes, de nous en tenir là et de nous abstenir de toute démarche qui pourrait avoir Vapparence de provoquer son choix ou de vouloir le presser. Nous avons senti que plus cette adoption pouvait présenter d'avantages pour celui de nos enfants qui en serait l'objet, plus nous devions observer à cet égard le respectueux silence dans lequel nous nous sommes renfermés jusqu'à présent. Les douloureux souvenirs dont Vous me parlés et dont il est si naturel que notre bon oncle soit tourmenté sans cesse, sont pour nous un motif de plus à continuer à l'observer [malgré la tentation que nous avons quelquefois éprouvée de le rompre dans l'espoir de contribuer à l'adoucir, mais nous avons cru mieux de toutes manières] (1) de nous borner à attendre ce que [son] excellent cœur de M. le duc de Bourbon et l'amitié qu'il nous a constamment témoignée ainsi qu'à nos enfants, pourra lui inspirer à cet égard.
Je suis bien sensible. Madame, à ce que Vous me dites de votre sollicitude d' amener ce résultat que Vous envisagés comme devant remplir les vœux de M. le duc de Bourbon. Je Vous assure que je ne l'oublierai jamais et croyés que si j'ai ]e bonheur que mon fils devienne son fils adoptif. Vous trouvères en nous, dans tous les tems et dans toutes les cvrcous lances, pour V^ous et pour tous les vôtres, cet appui que Vous voulés bien me demander et dont la reconnaissance d'une mère doit Vous être un sûr garant.
Je vous remercie, Madame, de la part que Vous voulés bien me faire du mariage de votre nièce avec M. le marquis de Chabannes. Je crois que le Roi et les Princesses mes aînées recevront sa présentation avec tous les égards qui sont dus à la famille dans laquelle elle va entrer ; mais je dois Vous faire observer que nous ne pouvons pas nous écarter des règles établies à la Cour pour les présentations. Nous ne i)ouvons les recevoir que de la même manière qu'elles ont été reçues par le Roi et par la Reine, lorsqu'il y a une Reine, ou par Mme la Dauphine et par les Princes et Princesses qui nous précèdent dans l'ordre de primogéniture et il ne dépend pas de nous de choisir les Dames par qui les présentations nous sont faites. J'éprouve bien du regret, Madame, de me trouver obligée d'entrer avec vous dans ces détails dont la demande qui termine votre lettre ne m'a pas permis de me dispenser. Croyés au moins, Madame, que les formes dont ma position m'interdit de m'écarter, ne changent rien à tous les sentiments que je viens de Vous exprimer et dont je Vous réitère. Madame, l'assurance bien vive et bien
^^"^^^^- Marie-Amélie.
(1) Les mots en caractères gras dans cette reproduction sont biffés dans le brouillon ; ceux qui sont placés entre les
La noble famille du Palais-Royal ne s*était pas trompée en calculant que l'intervention de la vertueuse matrone serait d'un puissant effet pour stimuler le zèle de la femme perdue. Celle-ci s'empresse d'assurer qu'elle ne perd pas de \iie l'entreprise qui lui vaut ces flatteuses et utiles relations.
Château de Saint-Leu. ce 14 août 1827.
Madame.
La bonté avec laquelle Votre Altesse Royale a daigné répondre elle-même à ma lettre m'a si émue que je ne puis résister au besoin de mon cœur de lui en témoigner ma respectueuse reconnaissance.
La résene que Votre .\ltesse Royale croit devoir s'imposer vis à vis de M. le duc de Bourbon, me laisse une tâche douce à remplir et je puis assurer Votre Altesse Royale que rien n'égalera mon bonheur, plus que de pouvoir lui prouver mon dévouement et de réaliser ses vœujc de tendre mère : en engageant mon bienfaiteur à conserAcr son nom à la postérité, je sens même que je lui donne une marque de ma gratitude.
Je supplie Votre Altesse Royale de daigner agréer de nouveau l'expi'ession de mon respectueux dévouement.
Je suis avec le plus profond respect, de Votre Altesse Royale, la très humble et très obéissante sei'\ante.
S. Dawes, Baronne de F'euchcrcs.
M. de Talleyrand venait, à ce moment, de remporter personnellement un de ses plus beaux succès diplomatiques. M. de Chabannes avait été agréé comme époux de Mademoiselle Dawes. « Aucune de ces consciences faciles qui travaillaient chacune dans son intérêt ne fut effravée de cette alliance monstrueuse, — constate un auteur contemporain (1), — et le mariage eut lieu (2). »
signes [: sont ajoutés en interligne dans le même brouillon. 11 en est de même pour les lettres suivantes.
(1) Duchesse d'Abrantès. Mém. sur la Restauration, t. III. p. 315.
(2) M. le marquis de Chabannes devint, après 1830, aide de camp de Louis-Philippe.
L\ FORTUNE DES d'oRLÉANS. 149
Le prince de Talleyrand eut la joie atrocement exquise de s'asseoir à la table de Thomme dont il avait fait assassiner le fils.