‹ La fortune des d'Orléans: origine et accroissementChapitre 18 sur 51 · L.-Ph. d'Orléans · texte numérisé non relu

L.-Ph. d'Orléans

Kt en effet, comme un prince du sang ne saurait avoir trop d'égards pour une personne comme Madame de Feuchères, il lui adressait, le même jour, une lettre composée avec soin et l'éflexion :

Paris, ce samedi 2() décembre 1829.

Je vais mettre dans ma poche, Madame, la lettre que vous avés bien voulu m'écrire hier, afin de l'avoir toute prête

lorsque je trouverai l'occasion de la montrer au Roi, et vous pouvés être sûre que je la saisirai avec empressement rechercherai. Nous avons encore parlé au Roi, Mme la duchesse d'Orléans et moi, do ce qui vous intéresse et nous avons fait de notre mieux ; cependant, nous n'avons pas encore obtenu une réponse à vous transmettre qui réponde, une réponse qui soit conforme à vos désirs et à nos instances, mais pourtant je ne désespère pas encore et S. M. a encore permis que nous lui en repariions [une autre foisj pourvu que ce soit après le jour de l'an. Je vous prie de ne pas dire que le Roi nous a dit cela, quoique cela ne soit pas bien important, mais les Princes et plus encore les Rois n'aiment pas qu'on répète ce qu'ils ont dit en confiance ce à quoi nous ne manquerons sûrement pas.

Mes princesses seront bien sensibles à votre souvenir. Ma sœur a été bien souffrante d'un rhume, mais la fièvre Ta quittée et elle va se remettre tout à fait.

Veuilles faire toutes nos amitiés ù, M. le duc de Bourbon. Nous avons été bien contrariés de toutes les sottises ce qu'ont dit les gazettes, mais j'espère que leur polémique n'ira pas plus loin et je le leur ai fait demander. J'ai été bien aise qu'ils aient été mal informés et que ce soit de Nemours dont ils aient parlé, puisque cela nous a mis à portée de le nier sans mentir. J'espère que cela a répondu aux désirs de M. le duc de Bourbon.

Veuilles, Madame, recevoir l'assurance de mes sentimens bien sincères.

Louis-Philippe d'Orléans.

La proposition de quitter le Palais-Bourbon, dont le solliciteur princier avait voulu être « armé », n'était, encore une fois, qu'une arme de comédie : ce qui se passa ensuite le prouve.

Le duc de Bourbon se résignait très bien à voir partir sa trop impérieuse maîtresse. Il faisait mieux que s'y résigner : plusieurs de ses intimes, et le général Lanibol lui-même, alteslent qu'il envisageait co départ comme une délivrance pour lui. C'était au prudent et défiant léuatairo, c'était aussi à la dame, (jui (( avait reçu de C(Mtaiiis avis lui conseillant de no pas quitter le i)alais », qu'il ne pouvait convenir do laisser le testateur malgré lui livré à lui-même et alïranchi d'une surveillance et d'une pression qui déjà rassuraient à peine contre le danger d'un co-

dicille ou d'un nouveau testament. Il était évidemment bien entendu entre eux qu'un poste aussi nécessaire ne serait en aucun cas abandonné, et les mesures étaient prises pour que la complaisance inépuisable du roi en assurât le maintien.

Quelques jours plus tard, le duc d'Orléans put écrire à Madame de Feuchères :

Je m'empresse, Madame, de vous annoncer que le Roi vient de me dire que roi'dre du feu Roi à voire égard, allait être entièrement révoqué et effacé, que S. M. recevrait les dames au mois de février et que vous pourries y venir comme auparavant à cette réception, sans une nouvelle présentation, ni rien de semblable. Le Roi m'a m'ayant autorisé à vous en instruire, je ne veux i)as perdre un instant à vous transmettre une aussi bonne nouvelle. Je réserve les détails pour et il faut encore que jo vous dise qu'ayant dit au Roi que vous étiez prête à quitter le Palais-Bourbon et à habiter une maison particulière le Roi m'a permis de vous dire de sa part de n'en rien faire, qu'il regardait comme rendu à luimême le grand service que vous aviés rendu à toute la famille ; qu'il était charmé de vous le témoigner et qu'il serait désolé de faire ce chagrin à Mgr le duc de Bourbon et à vous. Ainsi Madame Mme la duchesse d'Orléans et ma sœur qui étaient présentes et qui n'y ont pas été inutiles, mechargent de vous féliciter de leur part, et de vous parler du plaisir que cela leur cause^ en attendant que le tems leur permette d'aller voir M. le duc de Bourbon à Chantilly. Veuilles en attendant, Madame, lui faire toutes nos amitiés et recevoir, Madame, l'assurance de tous les sentiments bien sincères que je vous garderai toujours (1).

En recevant la nouvelle d'une faveur à laquelle elle attachait un si haut prix, la baronne fut au comble de la joie. Elle profita du premier jour de réception pour se présenter aux Tuileries. « Elle fut re-

(1) Le brouillon de cette lettre ne porte pas de date ; mais une circonstance curieuse permet d'y suppléer. Pour épargner la folle dépense d'une feuille blanche ( dans une grande maison il n'y a pas de petites économies), Louis-Philippe la écrite sur le dos d'ime fouille portant ces hgnes, de la main de Casimir Delavigne : — « M. Casimir Delavigne désire beaucoup que Monseigneur veuille bien lui accorder une loge pour demain fi l'opéra italien — Ce 13 janvier. »

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çuc par le Uoi, M. le Dauphin et Mme la Dauphine. Quant à Mme la ducli<îssc de Herry, soit accidentcllcmont, soit par calcul, elle était allée à la Comédie. S. A. K. exprima avec chaleur son chagrin de ce que la liaronne avait été reçue à la cour. « Commiîut, — (lisait-ell(ï, - - sans avoir quitté le Palaisliourbon ! Si du moins elle s'en était retirée, comme cela aurait dû être ! » On fit enlench-e à la princess(î que c'était pîir la volonlé (hi roi et on lui répéta les expiassions mômes de S. M. : « Je ne veux pas faire à .\1. 1(^- duc de Hourhon un cliaijrin inulihî. » S. A. K. n'ol)jechi plus ri(Mi et re(;ut plus tard Mnie de J^'euchères (1).

La l)au[>liine (îlle-môme n'avait cédé que contrainhî et forcée. S'il faut vu croire M. de Belleville, elle avait fini i)ar « se résumer dans cette réflexion juste et modérée : « Au fait, ce ne sera qu'une canaille de « plus, nous en r(»(^(n()ns lant d'autres... » 11 semble l)ien (\\\r ((MIc réflexion «juste et modérée» visait spéciahMn(»nl hîs zélés patrons de la nouvelle admise.

Dans h\ [)ublic et parmi les courtisans, où la vérilahle raison (jui fonj-iiit la complaisance royale ne pouvait être connue ou soupçonnée que d'un très petit nombre de pei sonnes, cette réception fit scandale ! L(^ vicomte Sostliène de La Jlochefoucauld crut (hnoir s(^ Hiire l'interprète du sentiment général. 11 écrivit à ('lia ries X :

Au Hoi

Paris, 8 f('»vH(M-, 1830.

Mm<? (lo ImmicIktos, qui a lo plus fi'iste renom îi Londres, l.'i inMilr«"s>;(\s Mf!i('li(M» de» M. in dur, do Hourhon, a OÙ) ivc.\u\ par h', pririrc 1<» plus pi<'u\ !...

P/inloiuit'/.. Sir'c, cr cri d'indi''nnfion et d(î (ioulcMir h celui

(I^ riérural Lainbot, Trois ans au Palals-Dourbon, p. 70.

vie tous vos sujets qui vous est le plus sincèTcment dévoué ; car il vous chérit assez tcndreriient pour ne jamais vous taire la vérité, pour ne pas craindre même de vous déplaire, yi toutefois un esprit aussi élevé que le vôtre n'était pas assez grand pour appréci«'r le motif qui me fait agir.

Et qu'on vienne donc i)arlcr lionncur, conscience, religion, morale dans un pays où la cour donne un pareil 3xcmp]e !... (1).

Une fois les grands résultats obtenus, la correspondance entre les associés est devenue probablement moins active ; il existe encore cependant quelques lettres et billets relatifs à un certain projet de visite du duc d'Orléans à Chantilly, qui paraît avoir donné lieu à des hésitations et à des difficultés assez sérieuses. Il faut croire que le bon oncle se montrait peu désireux de recevoir son cher neveu. Ces lettres portent aussi sur ce qui est devenu la question intéressante pour les légataires impatients de voir s'ouvrir la succession : la santé du testateur.

La dernière pièce qu'on possède est du 7 février, jour de la fameuse présentation. La récipiendaire, « toute en émoi et presque tremblante en pensant au grand événement de ce soir », conseille au duc d'Orléans de remettre encore son voyage à Chantilly et exprime le regret « de n'avoir pas l'honneur de faire sa cour à Leurs Altesses Rovah^s Madame la duchesse d'Orléans et Mademoiselle ».

On voit d'ailleurs par le récit du général Lambot, que, lui aussi, était en situation d'envoyer au Palais-Royal des bulletins fréquents sur la santé de l'oncle à héritaiïe.

Le pauvre duc de son côté, n'était pas sans en

(1) Le même avait écrit, le 1" mars 1825, une lettre à Charles X pour lui signaler l'intimité « honteuse » de M. de Talleyrand avec « cette abominable Mme de Feuchcres »>. et ajoutait : « On ne se donnerait pas cette peine sans un but, et il importe que le roi le sache pour être prêt contre quelque sourde menée... »

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avoir quelque souci, mais à un point de vue particulier. « ...Si la joie est si grande chez la favorite, si Ton se montre si heureux au Palais-Royal, il n'en est pas de même chez le testateur. Dans son intimité, le prince ne peut parvenir à dissimuler la mélancolie qui s'est emparée de tout son ôtre depuis qu'il a cédé aux obsessions de la baronne. On l'entend dire, en revenant sur ses craintes de 1827 : « A présent quih ont obtenu ce qu'ils désirent, mes jours peuvent courir des risques (1). »

(1) A. Neltcinent, Vie de Louis-Philippe, p. 54.

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